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Où en sont les études sur l'hydroxychoroquine ?

Et l’hydroxychloroquine dans tout ça ?

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Sciences |Nicolas Martin revient aujourd'hui sur les dernières études sur la molécule de l’hydroxychloroquine.

Où en sont les études sur l'hydroxychoroquine ?
Où en sont les études sur l'hydroxychoroquine ? Crédits : MOLEKUUL/SCIENCE PHOTO LIBRARY - Getty

Concernant cette molécule, rien n’est simple. Beaucoup d’études bâclées, des biais méthodologiques à gogo comme si la conviction intime de certains avait pris le pas sur la méthode scientifique. D’aucuns essayant de démontrer que leur point de vue est le juste, au mépris parfois de l’intégrité scientifique ou de la démonstration rationnelle.

Si je vous en reparle aujourd’hui, c’est parce que plusieurs études circulent, avec des conclusions différentes et que chaque groupe, pro ou anti, se les jette au visage pour tâcher de se prouver que c’est lui qui a raison.

Reprenons donc ces travaux, d’un œil le plus objectif possible, et voyons ce qu’il est possible d’en conclure. Tout d’abord, une vaste étude observationnelle : c’est-à-dire qui recense les cas a postériori à partir du dossier médical de patients ayant déjà été traités. Elle a été publiée dans une revue très sérieuse, donc fiable, qui est le New England Journal of Medecine.

Les auteurs ont utilisé les dossiers de 1376 patients, suivis sur une moyenne de 22,5 jours, 58,9% d’entre eux ont reçu de l’hydroxychloroquine, dans les 24 à 48 heures après leur entrée à l’hôpital, les 41,1% restant constituant le groupe de contrôle. Pour se substituer à la randomisation – importante dans une étude clinique, les auteurs ont utilisé un outil statistique qui permet de faire correspondre deux individus qui présentent les mêmes caractéristiques. La dose étudiée est la dose standard, similaire à celle utilisée dans les protocoles de l’IHU de Marseille.

Il faut noter que les patients qui ont été traités avec l’hydroxychloroquine étaient plus sévèrement atteints au départ, que ceux qui n’en ont pas reçu – ce qui peut constituer un biais important.

La conclusion de cette étude est que les taux d’intubation et de mort des deux groupes, hydroxychloroquine ou groupe contrôle, son quasiment similaires, et qu’il n’y a pas de différence dans l’évolution de la maladie.

Je fais un aparté ici, suite à une précision qui me semble importante et que nous a apportée Bernard Bégaud, qui est professeur de pharmacologie à l’Université de Bordeaux et chercheur Inserm. Il rappelle que le critère de jugement, le « point de sortie » - c’est-à-dire l’élément que l’on choisit pour évaluer de l’évolution favorable ou défavorable d’un patient, est très important. En l’occurrence, l’intubation ou le décès. Cela permet de mesurer, très concrètement, si plus de personnes évoluent vers un état défavorable, dans un groupe ou dans l’autre. Les points de contrôle que sont « la baisse de la charge virale », ou « la disparition des symptômes » sont selon lui non pertinents. Il a une phrase pour résumer cela : « dans une guerre, on compte les morts ».

Ca c’est pour la première étude, il y en a une deuxième. Toutes deux  sont des « méta-études ». C’est-à-dire des études qui examinent l’ensemble de la littérature scientifique sur un même sujet et qui en tirent des conclusions statistiques. Elles ont toutes deux été pré-publiées ces derniers jours sur le site medRxiv avec un premier problème : le nombre d’études disponibles est très faible, trop faible même pour fournir une méta-étude significative. Pour la première d’entre elles, sur 274 publications, les auteurs en ont écarté 257 jugées inappropriées – soit 17 articles pour une méta-analyse, les auteurs eux-mêmes juge que c’est un nombre faible. La deuxième en retient encore moins : 12.

Que disent ces méta-analyses ? La première – qui a sélectionné dans son corpus l’un des essais de l’équipe de Didier Raoult, estime que l’hydroxychloroquine pourrait présenter des avantages dans la disparition virale mais qu’aucune conclusion statistique significative ne peut pour le moment être rapportée. Elle précise que l’association avec l’antibiotique azythromycine semble montrer un effet synergique – c’est à dire un effet amplifié grâce à leur association, et que l’administration d’hydroxychloroquine est associée à une mortalité accrue – possiblement à cause des effets secondaires cardiaques.

L’autre méta-analyse aboutit à des conclusions inverses – on pourra noter que contrairement à la première, elle ne sélectionne que des études observationnelles ou avec groupe de contrôle c’est-à-dire un groupe témoin comparatif. Elle conclut également à un taux de mortalité plus élevé, 1,7 fois par rapport aux groupes témoins, à des risques accrus d’effets indésirables, et in fine, à aucun avantage clinique significatif du traitement hydroxychloroquine, avec ou sans azythromicine. 

La conclusion de tout ça : c’est avant tout qu’il faut poursuivre les essais clinique randomisés en double aveugle, qui sont en effet plus long, mais qui seuls apporteront une preuve formelle et définitive de l’effet, ou non, de ces molécules mais qu’à l’heure actuelle, il n’y a toujours aucune preuve formelle, évidente, significativement incontestable, de l’efficacité de ces médicaments que l’on a qualifié de « remède miracle »C

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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