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La dexaméthasone, un remède miracle… encore ?

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L’essai britannique Recovery assure avoir obtenu de très bons résultats avec le repositionnement d’un corticoïde, la dexaméthasone. Il semblerait que cette molécule permette de réduire la mortalité de patients placés sous respirateur artificiel, donc de cas très graves.

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. Crédits : Matthew Horwood - Getty

Depuis mercredi, on n’entend plus parler que de ça, à croire que quatre mois de crise sanitaire n’ont vraiment pas fait beaucoup progresser la connaissance scientifique de nos confrères. Même si, comme vous allez le voir, les indices sont encourageants, on est bien loin d’un remède miracle.

Qu’est-ce que c’est que cette dexaméthasone ? C’est un bras – c’est-à-dire une sous-partie, de l’essai clinique britannique Recovery, qui a testé plusieurs molécules, via des essais cliniques randomisés contrôlés double aveugle, dont l’hydroxychloroquine d’ailleurs, bras qui a été arrêté faute de résultats suffisants, le tout sur l’ensemble du territoire britannique, dans 175 hôpitaux du NHS, le National Health Service.

Or avant-hier, les responsables de l’étude ont publié un communiqué de presse pour annoncer que les résultats obtenus étaient particulièrement bons, et que la dexaméthasone allait devenir la norme de soin chez les patients hospitalisés avec une forme grave – et il faut bien insister là-dessus, au vu de ces résultats.

Que dit ce communiqué ? Qu’un peu plus de 2000 patients hospitalisés, 2014 exactement ont reçu pendant 10 jours une faible dose de dexaméthasone, qu’ils ont été comparés à un groupe contrôle de 4321 patients recevant des soins habituels – le standard care. Les patients sous dexaméthasone étaient répartis en trois groupes : un groupe nécessitant de la ventilation mécanique, un groupe sous oxygène et un groupe sans aucune aide respiratoire. Pour le groupe dans l’état le plus grave, sous ventilation mécanique, 41% des patients du groupe contrôle sont morts, 25% dans le groupe sous oxygène et 13% dans le dernier groupe.

Voici ce que dit le communiqué quant au résultat : chez les patients intubés, la mortalité a été réduite d’un tiers et d’un cinquième chez les patients sous oxygénothérapie. Aucun bénéfice, en revanche sur le groupe sans assistance respiratoire.

Donc a priori, la réduction de la mortalité est bien significative. 

Certes mais plusieurs signaux d’alerte ont déjà probablement sonné dans votre esprit. Tout d’abord, parce qu’il ne s’agit que d’un communiqué de presse. On ne dispose pas, à l’heure actuelle, du détail de l’étude – et d’un certain nombre de précisions qui sont pourtant, comme vous allez le voir, assez importantes.

Ensuite, parce que 41% de mortalité dans le groupe sous ventilation mécanique et 25% dans le groupe oxygène, c’est un taux de mortalité très élevé et c’est précisément là qu’il manque des données. Pourquoi une mortalité si haute ? Quel est le profil de ces patients ? C’est vraiment important de le savoir pour comprendre l’efficacité de cette molécule.

Enfin, et surtout : parce qu’on ne parle que de réduction de la mortalité dans des cas critiques : on le voit bien : la dexaméthasone semble efficace pour les patients les plus gravement atteints et ce n’est pas anodin !

La dexaméthasone est un corticoïde stéroïdien, c’est-à-dire un anti-inflammatoire un peu comme la cortisone si vous voulez. Or, si vous administrez un anti-inflammatoire trop tôt au début de la maladie, lorsqu’elle est encore en phase virologique, vous empêchez votre système immunitaire de faire le boulot, et de lutter efficacement contre la réplication virale.

C’est pour cela qu’il faut être très prudent avec l’usage de la dexaméthasone, et l’administrer au bon moment – soit dans la 2ème phase de la maladie, la phase de dérèglement du système inflammatoire, avec la fameuse tempête de cytokines, et au bon dosage, pour ne pas complètement paralyser le système immunitaire.

C’est un peu si vous voulez comme des pompiers sur un incendie. Si les pompiers ne mettent pas assez d’eau, l’incendie continue et détruit la maison. Si vous en mettez trop, l’incendie est éteint mais la maison est totalement dévastée par l’inondation.

Cette avancée est donc intéressante, pour les cas cliniques les plus graves, et sous contrôle hospitalier strict d’autant que le protocole de l’essai clinique est solide, de type « gold standard » - ce qu’il faudra vérifier une fois que les données seront rendues disponibles et d’autant plus qu’il s’agit d’une molécule « repositionnée », donc à un coût très bas mais on est bien loin d’avoir trouvé un médicament « miracle », qui permette d’éviter aux patients ayant contracté la maladie de développer une forme grave, et de contenir l’infection virale et donc, in fine, d’améliorer le pronostic vital.

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