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Le BCG a d'autres effets qui sont constatés de longue date, notamment la protection contre d'autres types d'infections respiratoires, et une augmentation globale de la résistance à d'autres maladies, comme l'asthme, ou le diabète de type 1.

Vaccin BCG : une arme centenaire contre la Covid-19

4 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur le vaccin BCG, nouvel espoir qui pourrait prévenir contre les formes graves de la Covid-19.

Le BCG a d'autres effets qui sont constatés de longue date, notamment la protection contre d'autres types d'infections respiratoires, et une augmentation globale de la résistance à d'autres maladies, comme l'asthme, ou le diabète de type 1.
Le BCG a d'autres effets qui sont constatés de longue date, notamment la protection contre d'autres types d'infections respiratoires, et une augmentation globale de la résistance à d'autres maladies, comme l'asthme, ou le diabète de type 1. Crédits : Guido Mieth - Getty

Vous avez certainement entendu au détour d'un journal télévisé ou dans la presse ce nouvel espoir qui naît d'un bien ancien remède : le vaccin BCG contre la tuberculose développé il y a plus d'un siècle et qui pourrait prévenir contre les formes graves de LA Covid-19 - on me répète qu'il faut parler au féminin, puisqu'il s'agit de l'acronyme de Coronavirus Disease 2019, traduit donc maladie à coronavirus 2019, maladie étant féminin, je m'y tiendrai donc désormais et vous aussi Guillaume : la Covid-19.

Revenons à nos moutons. 

D'où vient ce nouvel espoir suscité par le vaccin BCG ? 

Espoir d'autant plus surprenant que le SARS-CoV2 est un virus, comme chacun sait et que la tuberculose, elle, est provoquée par un bacille, donc une bactérie. Les deux n'ont strictement rien à voir. Pourquoi un vaccin contre une bactérie pourrait-il protéger contre une infection virale ?

Tout commence, comme souvent, par des constats épidémiologiques. En Italie, et précisément en Lombardie, il a été constaté que les ressortissants hors Union Européenne avaient tendance à développer nettement moins de formes sévères que les populations locales. Quelle différence entre ces deux groupes ? Eh bien en Italie, comme en France d'ailleurs, le vaccin BCG n'est plus obligatoire depuis plusieurs années. Or il l'est strictement pour tout migrant entrant sur le territoire européen. Les ressortissants hors-UE sont donc vaccinés, là où les italiens, et surtout  les personnes les plus âgées, n'ont plus eu de contact avec le vaccin depuis parfois plusieurs décennies.

Voici donc un indice, parmi d'autres, qui ont attiré l'attention des scientifiques sur le BCG et sur l'immunité liée à ce vaccin. A vrai dire, ce n'est pas tout à fait une surprise puisque l'on sait depuis longtemps que le BCG a un effet protecteur au delà de la seul vaccination contre la tuberculose. 

Comment fonctionne le BCG ?

Le BCG, pour vaccin bilié de Calmette et Guérin, est un vaccin vivant. Il est obtenu à partir de l’atténuation d'une souche de bacille tuberculeux bovin que l'on injecte, en général au nourrisson dans sa première année.

Or, si le vaccin est loin d'être parfait, puis qu'il ne prévient « que » 60% des cas de tuberculose chez l'enfant en moyenne, il a d'autres effets qui sont constatés de longue date, notamment la protection contre d'autres types d'infections respiratoires, et une augmentation globale de la résistance à d'autres maladies, comme l'asthme, ou le diabète de type 1.

Certaines études montrent que l'année suivant son injection, le BCG peut prévenir jusqu'à un tiers des infections liées à tous les pathogènes connus, et principalement les infections respiratoires et néonatales.

Les réponses immunitaires de l'organisme 

Comment cela se fait-il ? Pour bien le comprendre, il faut revenir un instant sur les deux temps de la réponse immunitaire. Lorsque votre corps est confronté à un agent pathogène, la première réponse immunitaire est la réponse innée : pour le dire vite, ce sont de gros globules blancs qui attaquent et détruisent jusqu'à 99% des agents infectieux. Dans un deuxième temps intervient l'immunité « acquise », à savoir le recrutement d'autres globules blancs, les lymphocytes T et B, qui vont produire des anticorps spécifiques.

Normalement, la vaccination sert à amorcer l'immunité acquise, en injectant dans le corps des petits bouts de pathogènes inoffensifs que le système immunitaire va reconnaître, pour produire les anticorps correspondants qui seront « à disposition » si jamais l'organisme rencontre le véritable pathogène virulent.

Revenons au BCG. Etant un vaccin « vivant », il stimulerait la première immunité, l'immunité innée, on parle « d'immunité innée entraînée ». Cette immunité à très large spectre aurait aussi une forme de mémoire, à plus courte échéance mais disons qu'elle serait en quelque sorte dopée par ces vaccins vivants puisqu'il s'agit de véritables agents pathogènes, même affaiblis.

Et cet entraînement aurait pour conséquence d'aider l'organisme à mieux réguler sa réponse immunitaire globale. Vous vous souvenez que dans la dernière phase de l'infection, la Covid-19 provoque certainement une « tempête de cytokines », c'est-à-dire un dérèglement du système inflammatoire qui finit par avoir des réactions en chaîne catastrophique pour l'organisme.

Eh bien cette immunité innée « entraînée » permettrait d'éviter cette réaction en chaîne négative, et donc, d'éviter une partie des cas graves ou sévères de la maladie. En résumé, ce n'est pas l'effet direct du vaccin contre la tuberculose qui est recherché, mais l'effet secondaire de l'introduction d'un pathogène vivant dans l'organisme.

Des tests sont en cours au Pays-Bas et en Australie pour confirmer cet effet, un essai Inserm va débuter en France. une fois de plus attention à l'emballement médiatique, il faut bien comprendre que si ces tests sont concluants, ils seront à destination en premier lieu du personnel soignant qui sont les premiers à risquer de développer les formes graves de la maladie, et qu'en l'attente de preuve formelle, rien ne sert de se ruer chez votre pharmacien pour demander des doses de BCG. Les premiers résultats sont attendus d'ici 3 à 4 mois.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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