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En protégeant l’identité de son frère qu’elle renomme Gaspard, Elisabeth de Fontenay invite la fiction dans le réel et évite l’écueil du pathos, déroulant ses réflexions et pensées philosophiques

"Gaspard de la nuit", ce frère handicapé qui habite l’œuvre d'Elisabeth de Fontenay

51 min
À retrouver dans l'émission

En protégeant l’identité de son frère qu’elle renomme Gaspard, Elisabeth de Fontenay invite la fiction dans le réel et évite l’écueil du pathos, déroulant ses réflexions et pensées philosophiques au fil de ses souvenirs de famille.

En protégeant l’identité de son frère qu’elle renomme Gaspard, Elisabeth de Fontenay invite la fiction dans le réel et évite l’écueil du pathos, déroulant ses réflexions et pensées philosophiques
En protégeant l’identité de son frère qu’elle renomme Gaspard, Elisabeth de Fontenay invite la fiction dans le réel et évite l’écueil du pathos, déroulant ses réflexions et pensées philosophiques Crédits : Brendan Maher - Getty

Dans cette émission, Alain Finkielkraut reçoit Elisabeth de Fontenay, essayiste et philosophe, et l'accueille par ces mots :

"Obstinément absent à lui-même, Gaspard est obstinément présent dans la vie et l’œuvre de sa sœur" a écrit Jérôme Garcin dans l'Obs, au sujet d'Elisabeth de Fontenay. En effet la dernière page du Silence des bêtes est une adresse magnifique à celui que vous appelez Pollinis : "Et toi mon pauvre enfant, qu'aiment les animaux et qui, depuis si longtemps semble ne plus rien vouloir. Ce livre, n'est qu'un pont vers toi Pollinis, survivant des combats que les bêtes n'ont pas mené". Paraît aujourd'hui, vingt ans tout juste après Le Silence des bêtes, Gaspard de la Nuit, un livre non plus seulement dédié mais consacré à ce frère handicapé. Malgré vos hésitations, vos réticences, vos scrupules, vous avez jugé le moment venu d'écrire sur lui. Pourquoi maintenant, Elisabeth de Fontenay ?

La philosophe explique ce qui l'a poussée à écrire ce livre aujourd'hui :

Auparavant, je ne pouvais pas. Maintenant, il a fallu. C'est une sorte de nécessité, d'obligation. Parce que c'est nos fins de vie à l'un et à l'autre, nous sommes des personnes âgées. (...) J'ai pensé qu'il fallait donner maintenant la pleine signification à l'existence de mon frère, et au lien de son existence et de la mienne. Elisabeth de Fontenay 

Tout au long de son ouvrage, l'essayiste appelle son petit frère "Gaspard", qui n'est pas son vrai prénom. 

J'aime beaucoup ce prénom. (...) "Gaspard de la nuit", cela m'a semblé très éloquent, la nuit désignant, en ce qui le concerne, et en ce qui nous concerne, un enfermement en soi, une coupure totale de la réalité. En appelant mon frère Gaspard, je fictionnais ce récit, même si je n'aime pas ce mot. J'ai essayé de mettre un peu de poésie, dans la prose de son existence. Elisabeth de Fontenay. 

Il y a, dans cet ouvrage, un souci constant d’exactitude. Tout au long de ce récit, Elisabeth de Fontenay interroge la nature de la maladie de son frère : 

Le mot qui est donné par les médecins pour nommer cette maladie, c'est la psychose infantile. C'est très important pour moi, parce qu'une psychose est un événement, quelque chose qui arrive dans une vie. Je ne sais pas quand c'est arrivé dans la vie de mon frère. C'est une maladie qui survient, qui surgit et qui change la donne. Elisabeth de Fontenay 

En raison de son comportement parfois violent, le frère cadet de la romancière est interné dans une institution en Suisse, où il subit de lourds traitements. 

Il a des symptômes caractéristiques de l'autisme. Et en lisant des choses sur l'histoire de la psychiatrie, je découvre que le concept d'autisme est assez récent, il date des années 1950. A l'époque on pensait que l'autisme était une forme de schizophrénie, ce qui faisait très peur à mes parents (...) Il est ce qu'on appelle "sans empathie". Il ne se représente pas, et ne se représente pas ce que l'autre ressent. Elisabeth de Fontenay. 

Ce handicap a parfois été un moteur pour Elisabeth de Fontenay, notamment dans sa vie professionnelle. Elle confie à ce sujet :

Gaspard a été une sorte de maître intérieur pour moi. Il est à la fois ce qui m'est le plus extérieur, mais aussi mon maître intime. Il m'a empêché d'écrire beaucoup de bêtises, il m'a donné à réfléchir. Je n'aurais peut être pas fait de philosophie s'il n'avait pas été ce qu'il est. Je ne dirais pas comme De Gaulle, qui, pour parler de sa fille handicapée, disait qu'elle était "la grâce de Dieu", mais Gaspard m'a empêché de m'égarer. 

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