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Le malade, l'équipe médicale et la fin de vie

La question de l’euthanasie et le suicide assisté

51 min
À retrouver dans l'émission

Alors que la proposition de loi du député Olivier Falorni sur la fin de vie "libre et choisie" n'a pas été adoptée en avril dernier, Alain Finkielkraut reçoit Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique et auteur du rapport "Penser solidairement la fin de vie" en 2012.

Le malade, l'équipe médicale et la fin de vie
Le malade, l'équipe médicale et la fin de vie Crédits : Fanatic Studio / Gary Waters - Getty

Le 8 avril dernier devait être discuté à l'Assemblée nationale un texte ouvrant le droit à une assistance médicalisée active à mourir pour des personnes souffrant d'une maladie incurable. Des députés du parti Les Républicains ayant déposé plusieurs milliers d'amendements, le débat n'a pas pu avoir lieu. Mais ce n'est sans doute que partie remise, car la question de la fin de vie hante notre société, marquée à la fois par les progrès spectaculaires de la médecine et les nouvelles limites qu'elle rencontre. Le professeur Didier Sicard, ancien président du Conseil national consultatif d'éthique, est invité à nourrir notre réflexion et je lui demanderai, pour commencer, de se transporter par imagination, sur les bancs du Palais Bourbon. Dans l'article 1 de la proposition de loi visant à affirmer le libre choix de la fin de vie et assurer un accès universel aux soins palliatifs en France, il est écrit "Toute personne majeure et capable en phase avancée ou terminale, même en l'absence de diagnostic de décès à brève échéance, qui se trouve dans une situation d'affection accidentelle ou pathologique avérée, grave, incurable et/ou à tendance invalidante et incurable, lui infligeant une souffrance physique ou psychique qu'elle juge insupportable ou le plaçant dans un état de forte dépendance qu'elle estime incompatible avec sa dignité, peut demander à bénéficier d'une aide active à mourir". Si vous étiez un élu de la nation, professeur Sicard, auriez vous voté ce texte ? 

Légiférer et préserver l'humanité

Alain Finkielkraut évoque ce qu'il appelle "la solidarité du médecin" et la question de la morale appliquée au domaine médical.  

Il ne faut pas demander à la loi de vouloir résoudre les problèmes existentiels. Je suis tout à fait d'accord avec l'existence d'une béance dans la loi actuelle sur la difficulté de certaines fins de vie jugées insupportables par la personne et par les familles. Mais ce n'est pas avec trois lignes qu'on résout une question aussi complexe ; au fond, on la détourne. Didier Sicard

La mort est désocialisée. Les rites habituels, qu'ils soient religieux ou laïques, ont été remplacés par des rites médicaux, par des rites de protocole. (...) Des petits-enfants qui se souviendront toute leur vie, non pas de la personne, mais de sa mort. Et que la mort finit par être la pierre d'angle de la vie... Didier Sicard

Faire le deuil avant la mort, est une situation malheureusement très banale ; l'entourage pense d'abord à la mort plutôt qu'au vivant. Didier Sicard

Une société qui concilie liberté et respect de la volonté

Le débat est dans cette petite zone très escarpée qui est que la société n'impose pas une sorte de pression et en même temps permette une liberté. Arriver à concilier : le respect de la volonté de quelqu'un de ne pas parcourir un chemin de vie insupportable et en même temps, de ne pas donner le message que la vie de l'autre est devenue insupportable pour soi, et elle ne l'est pas forcement pour le malade. Didier Sicard

Pour aller plus loin

Didier Sicard sur la fin de vie : "Légiférer en force est indigne", Libération, 8 avril 2021.

Quand la médecine engendre des handicapés, Une nouvelle Némésis médicale par Anne-Laure Boch, Le Débat, 2013. 

Michel Houellebecq : "Une civilisation qui légalise l’euthanasie perd tout droit au respect", Le Figaro, 5 avril 2021.

Quelque 300 députés de tous bords exhortent Jean Castex à poursuivre les débats sur l’euthanasie, Le Monde, 7 mai 2021.

Loi sur la fin de vie : "Qui parle de l’écrasante majorité des personnes qui ne demandent pas à accélérer les choses ?", Le Monde, 8 avril 2021.

La fin de vie : un débat nécessaire, éditorial, 7 avril 2021.

Intervenants
  • Médecin, ancien président du Comité consultatif national d’éthique, professeur émérite de médecine à l’Université Paris Descartes.
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