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Les leçons de MeToo

Les leçons de #MeToo

51 min
À retrouver dans l'émission

La révolution #MeToo et ses promesses est-elle une bonne nouvelle pour le féminisme et pour la société toute entière ? Faut-il se réjouir de cette tant attendue libération de la parole sans même questionner le bien-fondé du mouvement ? Sabine Prokhoris et Clotilde Leguil ouvrent le débat.

Les leçons de MeToo
Les leçons de MeToo Crédits : Iryna Khabliuk / EyeEm - Getty

Alain Finkielkraut s'entretient avec la philosophe et psychanalyste, Sabine Prokhoris, auteure de l'essai, Le Mirage #MeToo, et Clotilde Leguil, psychanalyste, philosophe et professeur au département de psychanalyse de l’université Paris 8, qui publie Céder n'est pas consentir. Un débat  autour de la question de la révolution #MeToo et de ses multiples déclinaisons.

La psychanalyste Clotilde Leguil consacre plusieurs pages de son livre au mythe de Philomèle. Ovide, dans les Métamorphoses, raconte que cette jeune et belle femme fut violée par son beau-frère Térée à l’abri des regards. Stupéfaite et terrorisée, Philomèle cède à la situation mais, une fois l’acte accompli, retrouve ses esprits et invective Térée en le menaçant de la vengeance des mots : "C’est moi-même foulant au pied toute pudeur dirai ce que tu as fait ; si je suis retenue captive dans ces forêts, de mes plaintes, j’emplirai les forêts et saurai émouvoir ces rochers mes confidents. Puissent entendre ma voix l’éther et les Dieux s’il en est, ne fût-ce qu’un, qui l’habite". Par ces paroles, Philomèle déchaîne la colère de Térée. Celui-ci la punit de la pire des façons : sa langue protestait encore, continuait à invoquer le nom de son père lorsque Térée la coupa d’un brutal coup d’épée. 

L’affaire Weinsten éclatait le 5 octobre 2017 quand 80 femmes portaient plainte contre le producteur américain pour agressions sexuelles et viols. Quelques jours plus tard, l’actrice Alyssa Milano publiait un tweet : "Si toutes les femmes ayant été sexuellement harcelées ou agressées écrivaient "nous aussi" nous pourrions peut-être montrer l’ampleur du problème". Ainsi naquit le mouvement mondial #Metoo. Faut-il voir dans cet hashtag historique la vengeance de Philomèle ? Les femmes abusées sexuellement nous disent-elles aujourd’hui que le temps du mutisme est révolu ? Jamais plus vous nous couperez la langue ; ni la peur, ni la honte, ne nous réduiront au silence " (Alain Finkielkraut)

Clotilde Leguil

Je distingue le temps collectif et politique #MeToo, que j’interprète comme un cri de colère qui dit "non", qui succéda à un second temps, où l’on retrouve plutôt l’interrogation autour de l’ambiguïté d’un "oui" dans l’aventure amoureuse et sexuelle.

"Le temps du #MeToo a un effet politique mais il gomme la singularité de chaque expérience"

Il est apparu avec le récit de Vanessa Springora et nous fait entrer dans un registre plus intime. Il nous fait également explorer les ressorts du consentement en nous arrachant à une perspective d’une "guerre des sexes" pour nous faire réfléchir sur la différence entre l’amour et l’expérience de l’abus.

Sabine Prokhoris

Si un silence peut s’installer lors d’un traumatisme sexuel, l’usage du terme "traumatisme" pose question. 

"Je trouve qu’il n’est pas acceptable que la mesure de vérité soit le ressenti traumatique des victimes" 

En effet, accorder de la valeur à une parole ne signifie pas enfermer la personne qui parle à l’adhésion de la version de son histoire. Il est nécessaire d’écouter sans scepticisme mais il faut que la personne se décolle de l’idée que ce qui lui est arrivé crée un destin.

Clotilde Leguil

'Il n’y a pas de solution politique à des problèmes personnels', disait Marguerite Duras. En effet, il ne suffit pas de gagner une procédure judiciaire pour se sortir d’une expérience traumatique. Il faut aussi se plonger dans ce qu’il y a de plus singulier dans l’expérience traumatique afin de trouver une langue à soi - dire ce que personne d’autre ne peut dire à ma place.

"Les romans ont quelque chose à nous apprendre sur l’amour. Les hommes ont longtemps fait leur cour pour obtenir les faveurs de la femme. Dans le roman de Léon Tolstoï lorsqu’Anna Karinne cède à Vronski, elle est folle amoureuse de lui. Quand on dit "céder n’est pas consenstir", c’est peut-être s’orienter vers une lecture où nous dirions finalement Vronski a violé Anna Karinne. Pourtant, il y a un moment où céder voulait dire quelque chose. " (Alain Finkielkraut)

Sabine Prokhoris

Consentir cela ne veut pas dire savoir tout, c’est savoir assumer que l’on prend un risque et que l’on se confie à. Il y a une illusion que #MeToo libère la parole de la femme. Je pense que c’est un enregistrement de la parole sur un mode conformiste. 

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant ICI, et sur l'antenne de France-Culture, tous les samedis de 9:07 à 10:00, ou sur l'application radio-France.

Intervenants
  • Psychanalyste.
  • professeure au Département de psychanalyse de Paris 8 Saint Denis, philosophe et psychanalyste de l’Ecole de la Cause freudienne
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
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