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Les réseaux sociaux en thérapie

3 min
À retrouver dans l'émission

Chacun le sait : les réseaux sociaux favorisent certains travers comportementaux. Mais seraient-ils aussi les vecteurs de troubles psychiques sévères ? C'est la thèse défendue par un groupe de chercheurs à propos d'un phénomène de mimétisme observé en Allemagne.

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. Crédits : Justin Paget - Getty

Sous le coup de la pandémie, les réseaux sociaux ont permis de franchir un nouveau tabou. Désormais, ceux qui souffrent, ceux qui sont déprimés n’hésitent plus à s’y exprimer tout en gardant parfois l’anonymat. Sur Instagram, comme le révèle le site Uzbek et Rika, le hashtag #depression culmine à 23,7 millions de publications, et celui de #bipolar à 2,5 millions. À tel point que les psychologues en font désormais un lieu d’information et de promotion incontournable. Sur Reddit, le sous-groupe R/anxiety permet aux utilisateurs de partager leurs expériences de dépression.  

Tik Tok aussi recueille de plus en plus de confessions intimes comme celles de 'Kandryle', une jeune française qui parle de son Trouble Obsessionnel Compulsif. Son dernier post mis en ligne lundi recueille déjà 62 000 likes. 

Mais rien n’indique que ces modes d’expressions poussent ceux qui souffrent vers la quiétude. Bien au contraire. On sait depuis longtemps que l’utilisation des réseaux impacte le moral des jeunes en particulier.  

Cependant, de nouveaux phénomènes apparaissent. 

Depuis 2019, à Hannovre en Allemagne, la chercheuse Kirsten Müller-Vahl constate l’arrivée dans une clinique spécialisée d’un nombre “remarquablement élevé” d’individus pré-diagnostiqués avec le syndrome Tourette, c’est-à-dire avec des tics complexes impliquant plusieurs groupes musculaires. 

«Les symptômes étaient identiques. Pas similaires: identiques», a expliqué la scientifique à la revue américaine Wired, qui a publié une enquête sur le sujet. 

En fait comme le raconte la revue Slate, ces tics semblaient tous calqués sur ceux d'un YouTubeur allemand, Jan Zimmermann, atteint du syndrome Guillaume de la Tourette. Sur sa chaîne YouTube, il fait de l'humour et raconte sa maladie à plus de 2 millions d'abonnés. Or, parmi les cinquante patients de la chercheuse allemande, beaucoup affirmaient regarder les vidéos publiées par Zimmermann. 

La chercheuse et 3 autres docteurs en psychiatrie se sont alors lancés dans une étude approfondie dont les résultats viennent d’être publiés dans la très sérieuse revue scientifique Brain. Le phénomène observé chez les jeunes allemands serait une hystérie de masse provoquée par le visionnage des vidéos du YouTubeur allemand. Les patients ont simplement ‘nommé’ leur mal sans diagnostic clinique. Surtout, après vérification du diagnostic, les symptômes ont disparu chez la plupart des patients. 

Les chercheurs allemands racontent aussi qu’un phénomène d’hystérie de masse avait déjà été observé en 2012 chez des jeunes étudiantes américaines de l’Etat de New York. A l’époque, une tempête médiatique s’était abattue sur ces jeunes. On avait cherché les causes des troubles dans la qualité de l’air ou celle des sols, bien loin du réseau social que tous ces jeunes fréquentaient. Il avait fallu du temps pour comprendre que les étudiantes américaines étaient atteintes d’une sorte de psychose collective provoquée par “un stress extrême et soudain au sein d’un groupe très proche”. En conclusion, les chercheurs allemands affirment que les réseaux sociaux pourraient remplacer le contact direct comme courroies de transmission des psychoses collectives. 

Le mimétisme comme transmission de “maladies sociales” pose alors une question de santé publique. Et les grandes plateformes ne sont visiblement pas passés à côté de l’article des chercheurs allemands. Au Royaume-Uni, une nouvelle réglementation à destination des enfants vient justement d'être adoptée, comme l’a noté La dépêche. 

« Le Children's Code réglemente la manière dont les plateformes de réseaux sociaux, de jeux ainsi que les sites de streaming vidéo et musical partagent et utilisent les données personnelles des enfants. L'objectif des autorités britanniques est d'empêcher les enfants de recevoir des dommages physiques, émotionnels ou encore financiers en naviguant sur Internet. » 

Preuve que l’heure de la régulation est bien entamée.  

Instagram a récemment annoncé l'obligation de fournir sa date de naissance, Google a introduit une série de changements de confidentialité pour les mineurs utilisant YouTube. Et TikTok a commencé à limiter les capacités de messagerie directe des comptes appartenant à des jeunes de 16 et 17 ans, tout en offrant des conseils aux parents et aux soignants sur la façon de soutenir les adolescents lorsqu'ils s'inscrivent. 

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