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Brésil : « du pain et des jeux », la révolution tropicaliste (1967-68)

19 min
À retrouver dans l'émission

Avec Dominique Dreyfus , chercheuse et documentariste spécialiste des musiques brésiliennes, co-réalisatrice de La révolution tropicaliste (2003).

Le contexte

Tropicália (1968) (Compilation)
Tropicália (1968) (Compilation)

Le 31 mars 1964, l’armée brésilienne lance le golpe , le coup d’État qui va renverser le Président Goulart. C’est le début de 21 ans de dictature militaire.

En pleine guerre froide, le rapprochement qu’a entamé João Goulart avec les pays du bloc soviétique est très mal perçu par la bourgeoisie brésilienne, comme par Washington, principal investisseur étranger au Brésil. Ses projets de réforme agraire et de nationalisations lancés en 1963 ont fini de retourner l’élite économique du pays contre lui.

Le Brésil vit alors une modernisation accélérée portée par une forte croissance depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le slogan de l’ancien Président Kubitschek, résume l’état d’esprit du moment : « faire avancer le Brésil de 50 ans en cinq ans ».

Comme souvent dans les pays en voie de développement, cette réussite bénéficie surtout aux plus riches tandis que les pauvres s’entassent dans les favélas. Le golpe  va accélérer la mutation de la bossa nova entre les puristes, opposés à toute politisation, et ceux qui se battent pour une société plus égalitaire et qui créent la musique populaire brésilienne.

Le tropicalisme Au milieu de l’été 1968 sort Tropicalia ou Panis et Circensis  - la faute serait volontaire -, un disque qui va faire date dans l’histoire musicale du Brésil. C’est l’œuvre collective d’une bande de jeunes gens emmenés par Caetano Veloso et Gilberto Gil. Leur objectif : faire valser les codes de la musique populaire brésilienne (MPB), qu’ils trouvent trop repliée sur elle-même, et parvenir à la synthèse entre rock, MPB et musique avant-gardiste.

Ce petit groupe tire son nom d’une installation du célèbre plasticien Helio Oiticica titrée Tropicalia et exposée au printemps 1967 au Musée d’art moderne de Rio. Le tropicalisme, qui mêle littérature, théâtre, poésie, arts plastiques et cinéma, s’inscrit dans la lignée des mouvements d’avant-gardes brésiliens, qui mêlent éléments de culture dite savante avec des références populaires et même folkloriques locales.

L’idée même du Tropicalisme, comme avant lui du Modernisme, c’est justement la juxtaposition entre la culture de masse et celle des élites. Il faut aussi rappeler que les tropicalistes rejettent la culture académique, qu’ils assimilent à la culture européenne et donc à la culture coloniale. Dans son manifeste anthropophage, publié en 1928, le poète Oswald de Andrade proposait de dévorer les éléments culturels européens et de renverser le processus de colonisation culturelle.

Le durcissement de la junte militaire fin 1968 avec la promulgation de l'Acte institutionnel 5 va avoir raison du tropicalisme. Caetano Veloso et Gilberto Gil sont emprisonnés puis condamnés à l'exil. En à peine un an d'existence, ce mouvement foutraque aura eu le temps de poser les bases de la future musique populaire brésilienne, mêlant répertoire traditionnel et influences internationales modernes.

Pour en savoir plus : Tropicalisme Culture savante, industrie culturelle et culture populaire dans la musique, la littérature et le cinéma brésiliens

Écoutez notre playliste spéciale

Couverture Playliste Tropicalia
Couverture Playliste Tropicalia

Chronologie :

  • 1500 : Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil, qui devient possession portugaise
  • 1822 : indépendance et proclamation de l'empire du Brésil par Pierre 1er
  • 1888 : abolition de l'esclavage
  • 1889 : la monarchie est renversée par l'armée qui établit une République fédérale
  • 1930 : la crise économique entraîne la chute du régime. Getulio Vargas est nommé Président
  • 1937 : Getulio Vargas instaure un régime dictatorial, l'Estado Novo (État nouveau)
  • 1956-1961 : présidence de Juscelino Kubitschek : Brasilia devient la capitale du Brésil, vaste programme de modernisation du pays
  • 1964 : coup d'état militaire
  • 1968-1973 : période de forte croissance économique, qui entraîne un endettement colossal
  • 1985 : fin de la dictature militaire dans un contexte de crise économique et d'hyperinflation
  • 1988 : adoption du suffrage universel et instauration d'un régime présidentiel
  • 2002 : Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula, ancien syndicaliste de la métallurgie et opposant à la dictature militaire, est élu Président

Repères :

  • Superficie :  8514877 km2
  • Population :  205,7 millions d'habitants
  • PIB/habitant :  11900 $
  • IDH :  0,718

Le Brésil reste le pays du monde où les inégalités sont les plus fortes. Les 10% des ménages les plus riches disposent de la moitié des richesses alors que les 50% des ménages les plus pauvres n'en détiennent que 10%. Dans la plupart des pays, le rapport du revenu moyen des 20 % les plus riches à celui des 20 % les plus pauvres, est inférieur à 10 (8 en France). Au Brésil, il est de 32. Pour en savoir plus : Pauvreté et inégalités au Brésil

Homme-clé : Général Artur da Costa e Silva

Intervenants
  • chercheuse et documentariste spécialiste des musiques brésiliennes
L'équipe
Production
Réalisation
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