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Guinée : le génie mandingue aux ordres de Sékou Touré (1958-84)

20 min
À retrouver dans l'émission

Avec Florent Mazzoleni , spécialiste des musiques africaines et afro-américaines, il est l'auteur de l'Épopée de la musique africaine publié aux éditions Hors Collection et d'Afro-Pop, l’âge d’or des Grands Orchestres Africains aux éditions Castor Music.

Le contexte

Clone of République de Guinée : sons nouveaux d'une nation nouvelle
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À peine revenu au pouvoir, le Général de Gaulle entame fin août 1958 sa première tournée des colonies françaises d’Afrique. L’objectif : s’assurer qu’elles voteront « oui » au référendum sur la constitution qu’il vient d’élaborer. Elle prévoit la mise en place d’une communauté fédérale, avec une relative autonomie pour les possessions françaises d’outre-mer.

Après un accueil triomphal à Madagascar, au Congo et en Côte d’Ivoire, le Président du Conseil français atterrit le 25 août à Conakry. Là, il est cueilli à froid par Sékou Touré, le chef du gouvernement guinéen, qui prononce un discours très offensif : « Je préfère la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. »

Cette phrase, restée célèbre, préfigure toutes les indépendances africaines qui suivront. Furieux, De Gaulle lui rétorque : « l’indépendance est à la disposition de la Guinée », puis poursuit d’un ton glacial : « la métropole en tirera, bien sûr, des conséquences ».

Le 28 septembre, la Guinée vote massivement « non » au référendum, et obtient officiellement son indépendance quatre jours plus tard, le 2 octobre. C’est le premier État d’Afrique francophone à se libérer du joug colonial, et le deuxième de tout le continent noir, un an après le Ghana.

« L'authenticité » L'indépendance est vécue comme une humiliation par les Français. Ils quittent la Guinée en emportant tout ce qu'ils peuvent ; l'objectif : pousser Sékou Touré à céder et à revenir dans le giron de la France. Le pays est exsangue, mais le Président guinéen choisit de poursuivre la voie panafricaine qu'il promeut depuis ses débuts en politique, et se tourne donc vers le Ghana de son ami Kwame N'Krumah.

Pour redorer la fierté nationale, Sékou Touré décide de miser sur la culture locale. Il met en valeur le patrimoine séculaire guinéen tout en lui offrant des moyens modernes de création et de diffusion. « Notre activité culturelle et artistique doit rompre avec les chémas hérités du passé. Notre musique doit s'élever d'un monde qui l'a corrompue au travers de la domination coloniale et affirmer les pleins droits du peuple », explique-t-il devant l'Unesco en 1979.

Il met très vite ses promesses en pratique, appliquant les préceptes de sa politique socialisante. Les orchestres privés sont dissous et les musiciens deviennent des fonctionnaires. Une régie d'État est créée en 1967, le label Syliphone, qui produit environ 150 références jusqu'à sa disparition en 1983.

Le succès de la musique guinéenne est alors exceptionnel : elle rayonne dans toute l'Afrique et les artistes se produisent régulièrement dans les pays amis de Conakry (principalement du bloc communiste). Pour favoriser l'exportation de cette musique, Sékou Touré a misé sur le patrimoine mandingue, commun à toute l'Afrique de l'Ouest, ce qui a eu pour effet de marginaliser les autres ethnies.

Pour en savoir plus : Indépendance et musique : la Guinée, sous le signe de l’authenticité Popular Music and Politics in Sékou Touré's Guinea

Écoutez notre playlist spéciale

Bembeya Jazz - Couv Playliste Guinée
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La Guinée Conakry Chronologie :

  • IXe-XIVe siècle :  la Guinée fait partie de l'Empire du Mali, qui, à son apogée, s'étend du Sénégal au Soudan actuels.
  • 1891 :  la Guinée est proclamée colonie française, indépendamment du Sénégal, auquel elle était précédemment rattachée.
  • 1900 :  mort de l'Almamy Samory Touré, souverain qui s'est longtemps opposé au colonisateur français
  • 1906 :  la Guinée devient partie intégrante de l'Afrique-Occidentale française (A.O.F.)
  • 1958 :  le 2 octobre, la Guinée est le premier pays d'Afrique francophone qui obtient son indépendance 
  • 1959 :  le 15 janvier, Sékou Touré devient Président de la République Populaire et Révolutionnaire de Guinée. 
  • 1961 :  la Guinée adhère, avec le Mali et le Ghana, à l'Union des États africains, une fédération qui ne vit que deux ans.
  • 1965 :  la Guinée rompt ses relations diplomatiques avec la France.
  • 1970 :  tentative de coup d'état portugais, déjoué à la dernière minute
  • 1982 :  une nouvelle Constitution est proclamée, elle renforce les prérogatives du PDG au pouvoir
  • 1984 : 26 mars, mort de Sékou Touré. 
  • Le 3 avril, coup d'état militaire qui porte au pouvoir le colonel Lansana Conté

Repères :

  • Superficie :  245857 km2
  • Population :  10,9 millions d'habitants 
  • PIB/habitant :  413 $
  • IDH :  0,344
  • Religions :  islam (85%), christianisme (8%), croyances locales (7%)

La Guinée se compose de trois groupes ethniques principaux : Peuls ou Foulas (environ 40%), Malinkés (environ 30%) et Soussous (environ 20%). Les autres groupes (Kissis, Kpelles, Tomas, etc.) représentent environ 10% de la population.

Homme-clé : Ahmed Sékou Touré

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
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