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Attention, lire ce livre vous expose à un contenu misogyne, grossier et violent

Avertissements de déclencheurs

6 min

Les "trigger warnings" font florès dans les universités américaines, au risque d'infantiliser les minorités considérées comme "vulnérables"... Attention, donc, cette revue de presse peut vous menacer (surtout si vous êtes une femme, un candidat au bac, un robot, ou autre...).

Attention, lire ce livre vous expose à un contenu misogyne, grossier et violent
Attention, lire ce livre vous expose à un contenu misogyne, grossier et violent Crédits : Penguin Books

“Voltaire, José-Maria de Heredia, Albert Samain, Jean Cocteau pour la série L, Victor Hugo, Emile Zola, Anatole France et Paul Eluard pour les ES et S, D’Alembert, Jules Verne, Albert Robida, Michel Serres pour les STT… Rien ne vous choque ?, interroge Libération. Les sujets des épreuves anticipées du bac de français sont tombés [vendredi dernier] avec, comme d’habitude, de grandes absentes : les femmes.” Au moins les sujets n’ont-ils pas fait, cette année, l’objet des traditionnelles contestations. En français, en tout cas, car pour ce qui est de l’épreuve d’anglais, “une pétition a été lancée sur le site Change.org pour demander à l’Education nationale le retrait d’un texte qui « relevait d’une certaine complexité au niveau du sujet et nécessitait une certaine culture »”, lit-on dans Le Parisien. Mercredi matin, 15 000 personnes avaient déjà signé. “Le document en cause est un extrait du roman d’Alice Hoffman (tiens, une auteure…), The Museum of Extraordinary Things, de 2014. Il décrit un homme sortant de son appartement et flânant près de l’Hudson River, en contemplant l’urbanisation galopante de Manhattan au début du XXe siècle. Le hic pour les pétitionnaires, c’est que « les questions du texte A nous demandaient des connaissances géographiques et historiques que nous ne possédons pas tous, même si cela paraissait évident ». Outre les classiques questions sur les protagonistes et leurs actions, il était en effet demandé de donner le nom de la ville où se déroule la scène et à quelle époque. Les auteurs de la pétition réclament qu’à défaut de retirer les questions le barème de correction soit revu.” Voilà ce qui se passe quand on programme le texte d’une auteure…

Les Métamorphoses d’Ovide ? Une longue série de viols...

Peut-être aurait-il fallu, comme c’est maintenant d’usage dans le pays où se déroule l’action du texte de l’épreuve (les Etats-Unis, et New York, précisera-t-on aux candidats du bac), le faire précéder d’un « trigger warning ». “Trigger veut dire « gâchette », nous explique, dans Charlie Hebdo, Marie Darrieussecq (tiens, encore une auteure, mais ça existe donc ?). Il s’agit d’avertir les lecteurs que tel livre risque de déclencher des idées noires et de raviver un traumatisme. La première mention officielle des triggers warnings semble être une motion adoptée le 25 février 2014 par les étudiants de l’université de Santa Barbara, en Californie : ils ont demandé aux professeurs de les prévenir quant au contenu des livres et autres supports, bien en avance, « pour que la personne menacée par ce contenu n’ait pas à souffrir, en plus, de devoir quitter la classe au milieu du cours sous le regard des autres ». On peut lire toute la motion sur le site de leur université. […] Il y a longtemps qu’au journal télévisé on nous prévient que ce qui suit va être pénible. Mais la littérature ? Elle est, par essence, pleine de bruit et de fureur, écrit Marie Darrieussecq. Pourtant, plusieurs universités américaines sont en train d’adopter les trigger warnings, y compris dans leur cursus de lettres. Le New York Times cite un étudiant de l’université Rutgers demandant que Gatsby le Magnifique ne soit proposé qu’après avoir averti de son « contenu misogyne, grossier et violent ». L’université Columbia avertit que Les Métamorphoses d’Ovide sont une longue série de viols. L’université Oberlin prévient que Le monde s’effondre, le chef-d’œuvre de Chinua Achebe, pourrait « renouveler le traumatisme de ceux qui auraient fait l’expérience du racisme, de la colonisation, de la persécution religieuse, de la violence, du suicide et autres ». Ce « et autres » est formidable. Shakespeare, Faulkner, Dante et Homère sont farcis de « et autres ». La vie est salissante, et on espère que l’université reste un lieu qui avertit, justement, qu’il y a de l’injustice et des opinions contraires dans le grand extérieur. […] A force de considérer comme vulnérables des pans entiers de population – les femmes, les Noirs, les transgenres, les handicapés… –, à force de percevoir ces « minorités » comme faibles et à protéger, elles sont de fait minorisées : maintenues comme mineures, comme des enfants. Verra-t-on s’étendre à tous les livres la loi sur ceux destinés à la jeunesse, qui date en France de 1949, et qui interdit d’abord de « démoraliser l’enfance » ?”

Bible en émojis et résurrection cybernétique

Le mieux serait peut-être de s’inspirer de cet Américain anonyme qui, nous apprend Télérama, “pour rendre la Bible plus attirante et plus facile à lire par les jeunes générations, vient d’en publier une nouvelle traduction… avec des émojis. Si l’ouvrage de trois mille pages reprend l’intégralité du texte, deux cents mots ont été remplacés par quatre-vingt de ces symboles nés au Japon dans les années 1990.” Au Japon, où “le jury d’un prestigieux concours littéraire a failli attribuer le prix à une nouvelle coécrite par un humain et un robot, lit-on dans Le Magazine littéraire. Sans fautes, le texte bénéficie d’une structure parfaite et fluide, mais présente « quelques problèmes, notamment la description du personnage ». Le robot – un algorithme créé par une équipe de chercheurs japonais – manquerait en revanche d’humour, d’émotions et d’ironie, difficiles à retranscrire par une machine.” Ce qui n’handicape en rien pour donner un cours. “A l'occasion du centième anniversaire de la mort de Soseki Natsume, considéré comme l'écrivain majeur du Japon moderne, apprend-on ainsi dans Livres Hebdo, des équipes de chercheurs en intelligence artificielle de l'Université de Nishogakusha, à Tokyo, travaillent actuellement à le faire revivre sous la forme d'un robot androïde. L'université tokyoïte, qui a révélé l'information le 7 juin, a en outre annoncé que le robot sera programmé pour donner des cours de littérature dans l'établissement. « Cent ans après sa mort, Soseki va nous revenir sous la forme d'un robot », se réjouit l'Asahi Shimbun, principal quotidien nippon, dans lequel il écrivait. Le visage de l'auteur de Je suis un chat ou du Pauvre cœur des hommes (tous deux chez Gallimard) sera fabriqué à partir du scan de son masque mortuaire. Le petit-fils de Soseki, Fusanosuke Natsume, prêtera sa voix à ce robot de 130 centimètres de haut, présenté en position assise, et qui devrait assurer son premier cours de littérature à l'université Nishogakusha en décembre 2016, d'après l'Asahi Shimbun.” Peut-être même qu’il enseignera l’œuvre d’auteures féminines, allez savoir…

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