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Baissers de rideau (dans le privé) et effets d'annonce (à la Comédie-Française)

5 min

Alors que le théâtre privé rentre dans sa période creuse estivale, le nouvel administrateur général, Eric Ruf, annonce sa première saison à la Comédie-Française et explique pourquoi il a dû en rabattre sur ses ambitions.

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Eric Ruf Crédits : OLIVIER LEJEUNE

“Créé en 1990 et dirigé par Patrice Martinet, le festival pluridisciplinaire Paris Quartier d’été a lieu cette année du 14 juillet au 8 août. L’une des rares occasions , déplore Jacques Nerson dans L’Obs, de sortir pendant les vacances, période où la plupart des salles de la capitale baissent le rideau. Au fil des ans, la saison théâtrale rétrécit comme peau de chagrin. Directeur et associé du Théâtre de Paris, de la salle Réjane et de la Michodière, Stéphane Hillel en fait le constat, le public afflue plus tard et reflue plus tôt qu’avant. « Septembre a toujours été un mois difficile mais ça démarrait début octobre, se rappelle-t-il. Maintenant, la saison ne bat son plein qu’après la Toussaint. Pic de fréquentation : décembre. Dès mars les locations ralentissent. Et à partir d’avril coup de frein sur les entrées. » Au raccourcissement de l’année s’ajoute celui de la semaine : on ne fait plus salle comble qu’à l’approche du week-end. Les mardis, mercredis et jeudis sont désormais jours creux.

Marche ou crève Difficilement amortissables, les spectacles sont exploités moins longtemps. Les succès d’autrefois, prolongés plusieurs saisons d’affilée ( Patate, de Marcel Achard, 2 225 représentations, 1 100 pour Bobosse, d’André Roussin), c’est fini. Le filon s’épuise en quelques mois. Les théâtres privés se voient presque forcés de mettre à l’affiche chaque trimestre un nouveau spectacle. « En faisant en sorte que le troisième, pas trop onéreux, soit d’humeur légère pour l’été. On ne donne pas Horace en juillet », dit Stéphane Hillel. Qui se souvient qu’en 2007 sa tentative de rester ouvert tout l’été avec Un fil à la patte, de Feydeau, surtitré en anglais, a néanmoins fait un flop ? L’été, c’est la morte saison à Paris. A Londres, c’est le contraire. Le théâtre fait recette. Il est vrai que la majorité des touristes sont anglophones. Et que la majorité des spectacles sont des musicals. Preuve que le prix d’entrée n’est pas en cause, la place y est plus chère que chez nous. Faut-il parler d’une désaffection du public des théâtres privés ? , s’interroge le critique de L’Obs. « Même avec la crise, les chiffres annuels de fréquentation restent identiques : entre 2,7 et 3,3 millions d’entrées. » Mais plus de place pour les demi-succès. Seuls les triomphes se maintiennent. Dernier en date chez Hillel, Nos femmes, d’Eric Assous, avec Daniel Auteuil et Richard Berry. « Là plus rien ne compte, rien n’arrête la demande du public : ni la période de l’année, ni le jour de la semaine, ni le tarif. » En somme, maintenant , conclut Jacques Nerson, c’est marche ou crève.”

Spot d'atterrissage En parlant de saison, côté public cette fois, Eric Ruf a présenté lundi dernier, au théâtre du Vieux-Colombier, sa première saison comme administrateur général de la Comédie-Française. Une rupture avec ses prédécesseurs, qui préféraient la place Colette, et un changement dans le temps aussi : en général c’est en mars qu’est « bouclée » la saison à venir. Signe d’une difficulté certaine à élaborer le programme rêvé, analyse Armelle Héliot dans Le Figaro : les grandes déclarations de Denis Podalydès, l’argumentaire d’Éric Ruf annonçaient des metteurs en scène étrangers de renommée internationale. N’était Anatoli Vassiliev, qui revient (pour un petit Duras au Vieux-Colombier) et vit une grande partie de l’année à Paris, aucun Marthaler, Warlikowski, Castellucci, Wilson, Warner et tutti quanti, perles du chapelet égrené par les opposants à Muriel Mayette…” Explications d’Eric Ruf, interviewé pour Le Monde par Brigitte Salino, qui s’étonne elle aussi qu’il n’ait pas accordé plus de place à l’international : « C'est compliqué, pour plusieurs raisons : ceux qui sont connus internationalement ont beaucoup de propositions ils sont plutôt chers. Certains d'entre eux travaillent d'une façon qui ne correspond pas aux contraintes de la salle Richelieu, où un décor doit être monté et démonté en une heure, à cause de l'alternance s'il y a des décors trop sophistiqués, ou de la vidéo, c'est très difficile à mettre en place. La dernière raison tient à un constat que j'ai fait en rencontrant des metteurs en scène comme Deborah Warner, Katie Mitchell ou Michael Thalheimer : la Comédie-Française n'est pas un spot d'atterrissage, pour eux, en France. Cela fait des années qu'ils ne sont plus invités, il faut discuter avec eux, tisser des liens. Je m'y attelle. Mais je dois dire qu'il y aura un autre maître étranger, en fin de saison, à la Comédie-Française. Je l'annoncerai fin juillet, quand les contrats seront signés. »

Remettre de la pensée A défaut de grand maître international, il y aura une mise en scène d’Eric Ruf : Roméo et Juliette , de Shakespeare, “parce que c'est important, pour [son] équilibre personnel. Quand on est administrateur général, explique-t-il, on passe son temps à organiser et à prévoir ce qui va être programmé, deux saisons à l'avance. L'autorité que je peux avoir en tant que metteur en scène et scénographe, il me faut l'exercer, à la fois pour moi et par rapport à la troupe. Je ne peux imposer des choses, pour le bien ou pour le mal parce que, parfois, on fait des erreurs de jugement, qu'à partir du moment où j'ai maille à partir avec les comédiens. Je ne veux pas renoncer à l'artistique, parce que mon terrain de prédilection, de connaissance et de maîtrise éventuelle, c'est celui du plateau, vraiment.” Et puis Eric Ruf a une ambition, pour sa première saison : « Remettre de la pensée. Ces derniers temps, déplore-t-il, je trouvais qu'on était souvent confronté à des metteurs en scène qui n'avaient pas suffisamment travaillé. Moi qui aime faire entendre au mieux les textes, ce qui est la base même du métier de comédien, je regrettais qu'on ne soit pas assez convoqué à ressentir ce plaisir, et à pratiquer cet art. J'avais donc à cœur de proposer des spectacles qui, dans le mariage entre les metteurs en scène et les pièces, offrent un théâtre qui soit une matière à réfléchir, et permettent à la troupe d'exercer son solfège.” Rendez-vous dans la prochaine saison de La Dispute , pour savoir si la matière grise de nos critiques aura été stimulée par ce que nous promet le Français…

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