LE DIRECT

C'est Noël ? Alors chante !

5 min

“Il y a trente ans, rappelle Diane Lisarelli dans Les Inrockuptibles, Bob Geldof lançait l’opération Band Aid afin de venir en aide aux victimes de la famine en Ethiopie. Leur 45t Do They Know It’s Christmas ?, premier effort collectif de pop caritative, dépassait alors les espérances en rapportant plus de 70 millions de dollars. Depuis, les initiatives de ce genre se sont succédé et ressemblé. Ainsi ont-elles toujours en commun ce qu’on appelle une « bonne cause », une chanson plus ou moins soupesque et une brochette de stars filmées en studio – toutes arborant immanquablement un air compatissant en ajustant leur casque d’enregistrement. En bref : de la soupe et des croûtons. De la famine en Éthiopie à Ebola en Afrique de l’Ouest… Le mois dernier en Grande-Bretagne, Bono, Chris Martin, One Direction et un tas d’autres stars reprenaient le refrain de 1984 (seuls les couplets ont été adaptés). Pendant qu’en cinq minutes, la chanson récoltait 1,3 millions d’euros, le clip, alternant images de corps inanimés et stars éblouies par les flashes n’avait pas manqué de faire parler. La version française, pilotée par Carla Bruni (oui, Carla Bruni), brille elle par son refrain bien déprimant , constate la chroniqueuse des Inrocks : malgré la peine, la douleur, l’hiver, l’effroi, le désarroi, bref « malgré tout, pour nous Noël est là ». Certes.” “Une petite trentaine d’artistes y [ont participé], rapporte Eric Bureau dans Le Parisien, dont Vanessa Paradis, Benjamin Biolay, Joey Starr, Nicola Sirkis, Zaz, Yannick Noah, Yodelice, Thomas Dutronc, Louane, Jean-Louis Aubert et ses anciens compères de Téléphone Louis Bertignac et Richard Kolinka, et Renaud, l’instigateur de « SOS Ethiopie », que son ami de trente ans Bob Geldof a convaincu de retourner en studio après cinq ans d’absence. Carla Bruni, indique encore Le Parisien, s’avoue « impressionnée et réconfortée par la rapidité de la mobilisation ». […] En un jour, toutes les voix étaient enregistrées. « Et la chorale n’a pris que quelques minutes, tellement c’était relax et magique », souligne Carla Bruni. « C’était facile et vrai, confie Christophe Willem. Personnellement, j’ai été touché de rencontrer pour la première fois Renaud, de le voir sourire et de voir combien les autres chanteurs ont de la tendresse pour lui. C’était beau. Et puis c’est important que les artistes montrent qu’on peut se mobiliser pour les autres ».” ”Et après ? , s’interroge Diane Lisarelli dans Les Inrockuptibles. Comme le rappelait Damon Albarn réagissant à la version britannique : « il y a un vrai problème avec notre notion de charité, et en particulier avec ces initiatives qui créent des affolements médiatiques. Une partie de la communication se perd, ça donne l’impression que si on donne de l’argent, ça règle le problème. En réalité, parfois en donnant de l’argent, on crée un nouveau problème. » Un phénomène sur lequel les vocalises se font plus rares.” En parlant de chanson française, une ville où les vocalises vont se faire plus rares, c’est Montauban. “En 1983 , rappelle le correspondant à Toulouse du journal La Croix , Jean-Luc Ferré, une bande de copains y fonde l’association Chants Libres, et lance trois ans plus tard le premier « Alors chante », un festival consacré à la chanson francophone. Une douzaine d’artistes (dont Juliette Gréco) se produisent. Le budget de la manifestation avoisine alors les 280 000 francs. Au fil du temps, celle-ci prend de l’ampleur et s’impose comme un rendez-vous incontournable de la chanson française. En mai dernier, elle recevait une quarantaine d’artistes pour un budget dépassant le million d’euros. Avec ses « ateliers », ses « tremplins découvertes », Alors chante s’applique surtout à faire émerger de jeunes artistes. « Benabar, Cali, Renan Luce, Zaz, entre autres, ont grandi avec Alors chante, raconte Jo Masure, 67 ans, le cofondateur du festival qui assure toujours sa programmation. C’est un travail de fond que reconnaît aujourd’hui l’ensemble de la filière. » Alors chante n’est pas épargné par la crise qui touche le monde musical. L’édition 2014 s’est soldée par un déficit de 150 000 €. En cause, la baisse de la fréquentation, mais aussi la perte de 30 % de la subvention municipale (soit 51 000 €). Dès le mois de juin, l’équipe d’Alors chante travaille à une nouvelle formule pour se relancer. Mais parallèlement, la maire UMP de Montauban, Brigitte Barèges, décide une réorganisation de sa politique culturelle : la réunion en un seul événement sur les deux mois d’été de trois des principaux festivals de la cité, Alors chante, Danse en placeS et Jazz à Montauban. La municipalité – qui n’a pas souhaité répondre aux questions de La Croix (mais dont la maire a comme devise, selon L’Humanité : « Mettre la main sur tout ce que je ne contrôle pas encore » ) – argue notamment des économies imposées par la baisse des dotations d’Etat (- 1,2 millions d’euros en 2015 pour la ville). Un comité de pilotage du nouveau « Grand Festival » est mis en place. Lors de sa première réunion début novembre, Alors chante refuse d’adhérer au projet. « Notre vocation n’est pas de participer à une animation estivale en programmant seulement trois ou quatre têtes d’affiches, explique Jo Masure. Ce serait renier le travail de fond que nous accomplissons depuis trente ans. » Le divorce est aujourd’hui consommé entre la mairie de Montauban et Alors chante. Mais pas seulement. Le président de Jazz à Montauban, un temps en charge du comité de pilotage a également démissionné le 24 novembre et annoncé la mort de son festival, né en 1982. Alors chante, pour sa part, « est déterminé à ne pas disparaître ainsi de façon arbitraire, lâche Jo Masure. Nous recevons de nombreux témoignages de soutien des artistes et de la filière musicale. D’autres villes se sont spontanément déclarées pour nous accueillir. Il est encore trop tôt pour l’affirmer, mais nous avons bon espoir de poursuivre l’aventure ailleurs. » D’autant que pour une fois, ce n’est même pas pour « élitisme » qu’on sabre la culture au plan local…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......