LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Philippe Faucon reçoit le César du meilleur film pour "Fatima"

C'est quoi, la différence entre les César et les Oscars ?

6 min

En France, on nomine, et on prime, des regards sur la diversité. Mais on s'ennuie ferme. A Hollywood, on ne nomine, et ne prime donc a fortiori, que des artistes blancs. Mais on en rit...

Philippe Faucon reçoit le César du meilleur film pour "Fatima"
Philippe Faucon reçoit le César du meilleur film pour "Fatima" Crédits : VILLARD/NIVIERE - Sipa

“La France peine à admettre que Hollywood ne se situe pas du côté du Bois de Boulogne. Et l’Amérique peine à reconnaître que les frères Lumière ne sont pas nés sur la côte Ouest. Ce contentieux séculaire, écrit Antoine Duplan dans le quotidien suisse Le Temps, ressurgit chaque année à l’occasion de la Nuit des Césars, le raout du cinéma français précédant de 48 heures son précurseur américain, son modèle. […] Un océan sépare toutefois les Etats-Unis de la France. Tandis que du côté de Beverly Hills, ça commence à regimber contre un star-system qui privilégie les vieux mâles blancs au détriment de toute autre forme de vie, la patrie de Voltaire réussit dans le cinéma ce que la politique échoue à mettre sur pied sur le terrain : une reconnaissance de l’altérité. […] Nombre d’œuvres nominées, et primées, abordent des thématiques liées à l’ethnicité, à la réalité sociale, à la condition de la femme et des immigrés.” “Si aucune œuvre ne domine ce tableau d’honneur, on y discerne une certaine idée que le cinéma français se fait de lui-même, considère de même Thomas Sotinel dans Le Monde. […] Cette idée d’un cinéma français internationaliste, en prise directe sur les affaires du monde, était déjà à l’œuvre l’an passé, qui avait vu le triomphe de Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako.”

Philippe Faucon, une trajectoire obstinée dans la marge du cinéma d’auteur

Emblématique, dès lors, le César le plus prestigieux, celui du Meilleur film ? “Fatima, que l’on n’osait pas ranger parmi les mieux placés, et dont l’auteur n’avait pas même été nommé dans la catégorie meilleur réalisateur, a bénéficié à plein d’un bouche à oreille très favorable dans la profession à la suite de nominations dont il paraissait presque l’un des invités surprise – malgré un prix Louis Delluc gagné en fin d’année et tout de même 305 000 entrées depuis sa sortie début octobre, analyse le service cinéma de Libération. […] C’est le plus accompli depuis longtemps d’un cinéaste qui poursuit depuis un quart de siècle une trajectoire obstinée dans la marge du cinéma d’auteur fédérateur, attaché à faire exister au centre de l’écran des figures et des corps occultés ailleurs, de Sabine, en 1992 à la Trahison en 2005. On pourra composer, à présent qu’il a gagné, tout un tas d’explications diversement élaborées ou fumeuses à ce sacre au nez et à la barbe des favoris (entre montée de l’extrême droite, crises identitaires et polémiques relatives à la diversité). Mais il nous semble qu’il n’y avait pas cette année d’autre film qui, comme Fatima, sache coupler une vision à la fois aiguë et non misérabiliste d’une portion de la société avec l’élégance et la profondeur de champ d’un regard de cinéaste, sa capacité à enluminer, à réenchanter les réalités dont il se fait l’écho sans les trahir.”

Arnaud Desplechin, le Leonardo Di Caprio français

Et puis nous avons eu notre Leonardo Di Caprio, lui qui aura enfin reçu son Oscar, trop tard, sans doute : “S'il était le favori incontestable et incontesté au titre de meilleur acteur, cela ne signifie pas pour autant, juge Phalène de La Valette du Point, qu'il n'y ait pas eu meilleur que lui cette année. Et encore moins que c'était son meilleur rôle. […] En fait, le sacre de DiCaprio correspond à une constante des Oscars. Une tradition aux allures de running gag qu'on pourrait résumer ainsi : bon acteur, mauvais moment.” L’équivalent français, c’est bien sûr Arnaud Desplechin !, récompensé malgré “la proverbiale bouderie de la profession vis-à-vis du cinéaste, relevée par Théo Ribeton dans Les Inrocks. Mais le César du meilleur réalisateur, a fortiori en tant qu’unique récompense du film dont l’isolement accentue presque la valeur, écrit un petit fragment d’histoire du cinéma, estime-t-il carrément. Arnaud Desplechin, qui compte parmi les plus grands cinéastes français de notre époque (on pourrait s’aventurer à être encore plus élogieux que ça), se voit enfin célébré par ce cinéma dans lequel il a toujours, malgré sa stature élevée, occupé une place douloureuse, mal-aimé et victime de faux procès (au premier rang desquels un prétendu élitisme).”

Films engagés et paroles plates

Bref, l’important, pour Libération, c’est que “la 41e cérémonie des césars sera parvenue à déjouer (presque) tous les scénarios-catastrophe : pas de dérapage horaire excessif, pas d’intervention de Vincent Bolloré déboulant sur scène pour arroser tout le monde de lettres de licenciement, pas de razzia d’un mauvais plaisant gâchant ainsi la soirée de tous les autres nommés qui se vengent en détruisant le buffet en coulisses. Pas non plus de libelle incendiaire jetée au visage de la nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, à peine asticotée par la nouvelle meneuse de revue très très motivée Florence Foresti.” Ce que regrette tout de même Thomas Sotinel dans Le Monde. “Le contraste le plus saisissant opposait les films à la cérémonie elle-même, écrit-il. Alors que les récentes festivités berlinoises, qui ont mis à l’honneur des films souvent proches de ceux primés aux Césars, vibraient d’indignations civiques et d’appels à la mobilisation, cette soirée au Châtelet a ressemblé à une émission spéciale autour de Florence Foresti, la maîtresse de cérémonie. Les intermèdes comiques ont été souvent longs, et les discours des lauréats très brefs – les organisateurs avaient lourdement insisté sur la question – et généralement uniquement constitués de remerciements. On a pu constater que la réduction du temps de parole diminuait autant les chances de dire quelque chose d’intéressant que le risque d’ennuyer.” A ce titre, la comparaison avec la soirée des Oscars, animée par le comédien noir Chris Rock, fut cruelle, comme le relate sa consœur du Monde, Isabelle Régnier. “Au maître de cette 88e cérémonie des Oscars, écrit-elle, il revenait la tâche délicate de mettre en scène, sans gâter la fête, la polémique qui a violemment agité le milieu du cinéma ces dernières semaines sur le racisme d’Hollywood, et sa conséquence directe, l’absence d’artistes et de techniciens noirs parmi les nommés. Le comédien s’en est sorti avec classe, appuyant là où ça fait mal, tout en réussissant à retomber toujours du côté du rire, et ce dès son entrée en matière : « Eh bien, je suis ici aux Oscars, également connus pour être les trophées du choix du peuple blanc. » Si cette polémique n’est pas née plus tôt, a-t-il estimé, « c’est que pendant longtemps on avait de vrais trucs contre lesquels se battre. On était trop occupé à être violé et lynché pour se préoccuper de qui était le meilleur directeur de la photographie. Quand votre grand-mère pend au bout d’un arbre, c’est difficile de s’intéresser au meilleur court-métrage documentaire… »”

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......