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Charrettes

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De la Sibérie à Berlin, en passant par Boulogne-Billancourt et Grenoble, revue des dernières évictions à la tête des théâtres.
Que s’est-il passé dans le théâtre pendant ce quasi mois de conflit social à Radio France ? Eh bien ça a pas mal démissionné, désavoué ou limogé. “Le ministre russe de la Culture, Vladimir Medinski (grand habitué de cette revue de presse), a limogé le directeur d’un théâtre de Sibérie ayant accueilli une version controversée du Tannhäuser de Wagner , a-t-on lu dans Libération. On y voyait notamment un Jésus Christ transformé en personnage de film érotique tourné par le chevalier Tannhäuser, lecture moderniste qui a provoqué la fureur de la très puissante église orthodoxe.”

Au TOP de Boulogne-Billancourt, une marge artistique divisée par deux
Plus près de chez nous, “Olivier Meyer , nous a appris La Croix, a annoncé sa décision de quitter en juin la direction du Théâtre de l’Ouest parisien (le TOP) de Boulogne-Billancourt. Il était en désaccord avec la municipalité UMP sur le financement et sur des travaux de rénovation devant démarrer en juin. Directeur du Théâtre Jean-Vilar à Suresnes depuis 1990, et du TOP depuis 2005 où il devait être renouvelé pour cinq ans, il a expliqué avoir été informé le 15 mars qu’un contrat d’un an seulement lui était proposé, et que la subvention (1,3 million d’euros) serait réduite de 25 % pour la prochaine saison, soit « une marge artistique divisée par deux ».” Pendant ce temps-là, “la ministre de la Culture n’a pas retenu le nouveau projet de pôle chorégraphique soutenu par Jean-Claude Gallotta et son maintien à la tête du Centre chorégraphique de Grenoble. Il devra donc quitter à la fin de l’année la ville où il était installé depuis 1979. Il envisage de fonder sa propre compagnie . Cette décision peut surprendre, estime Le Figaro, vu l’intérêt constant du travail de Gallotta ces dernières années et l’absence dans le paysage chorégraphique français d’artistes de cette envergure.” Réaction de Gallotta, interrogé par France 3 Alpes et cité par Libération : « Je ne demandais pas une statue, mais un blâme quand même, c’est incroyable. »

Fin de règne à la Volksbühne de Berlin
Et enfin, on a appris que Frank Castorf, metteur en scène de réputation internationale, intendant depuis 2002 de la Volksbühne de Berlin, quitterait fin 2017 la direction de cette institution parmi les plus prestigieuses d’Europe. “Si la nouvelle est confirmée, c'est une révolution , estime Brigitte Salino dans Le Monde. Chris Dercon, le directeur de la Tate Modern de Londres, pourrait succéder à Frank Castorf à la Volksbühne de Berlin. La rumeur, qui court depuis plusieurs semaines, prend chaque jour plus d'ampleur dans les journaux allemands, où elle suscite une très forte polémique. Tout a commencé à la mi-mars, quand le Sénat de Berlin a annoncé qu'il ne renouvellerait pas le mandat de Frank Castorf à son arrivée à terme, en 2016, mais qu'il le prolongerait seulement d'un an, jusqu'en 2017. Cette décision annonce la fin d'une époque : Frank Castorf dirige la Volksbühne depuis vingt-trois ans. De ce théâtre situé à Mitte, dans l'ex-partie est de Berlin où il est né en 1951, le metteur en scène a fait la scène la plus vivante, la plus novatrice et la plus polémique des années 1990. Avec le temps, cet esprit s'est un peu émoussé, mais la Volksbühne reste une des salles-phares de la capitale allemande. En 2014, ce théâtre construit pour les travailleurs a fêté ses 100 ans. A cette occasion, Chris Dercon est venu avec Tim Renner, le nouveau secrétaire aux affaires culturelles de Berlin. Né en 1964, cet ancien directeur d'Universal Music en Allemagne entend donner un nouveau souffle à la culture. Chris Dercon, lui, dirige la Tate Modern de Londres depuis 2011. Flamand, né en 1958, il a été en particulier directeur artistique du MoMA et commissaire de nombreuses expositions, avant de rejoindre un des plus grands musées d'art contemporain du monde. Quand la rumeur de son arrivée à Berlin a commencé à circuler, Le Monde l'a contacté, par courriel (le 19 mars). Chris Dercon a alors répondu : « J'ai une énorme admiration pour la Volksbühne (…). Comme vous le savez, je tiens beaucoup à inviter le théâtre et la danse au musée, donc à la Tate Modern. J'espère qu'un jour la Volksbühne – peut-être une pièce de Pollesch qui raconte les exigences du marché de l'art ? – viendra à Londres. » Serait-ce une pirouette, due à la nécessité de se taire, tant que les tractations n'ont pas abouti ? , s’interroge Brigitte Salino.

Une affaire qui fait figure de laboratoire dans l'Europe du théâtre contemporain
A Berlin, la question ne fait guère de doute. Elle suscite une levée de boucliers dans le milieu du théâtre et de la culture. Claus Peymann, le directeur du Berliner Ensemble, qui lui aussi va quitter son poste en 2017, a envoyé une lettre au maire social-démocrate de Berlin, Michael Müller, pour dénoncer « la plus grosse erreur de casting de la décennie » que représente Tim Renner, jugé plus apte à organiser des événements qu'à mettre en place une véritable politique culturelle. Frank Castorf va dans le même sens que Claus Peymann. Il reproche à Tim Renner son « manque de professionnalisme » et sa méconnaissance du théâtre, qui joue un rôle de premier plan à Berlin. L'opposition entre les deux « rois » du théâtre et Tim Renner témoigne d'un choc des cultures et des générations, doublé d'une question financière : l'argent manque à Berlin, depuis la réunification. De ce point de vue, Tim Renner a beau jeu : la Volksbühne est l'un des théâtres les plus subventionnés de Berlin (17 millions d'euros), mais sa fréquentation est en baisse. Quoi qu'il en soit, un débat est engagé, qui porte sur un point essentiel. Si Chris Dercon, quels que soient ses qualités et son goût pour le théâtre, succédait à Frank Castorf, on entrerait dans une nouvelle ère : ce ne serait plus un metteur en scène ou un intendant (directeur artistique), comme cela se pratique en Allemagne, qui dirigerait un théâtre, mais un curateur. Dans un contexte où les frontières entre l'art contemporain et les arts de la scène sont de plus en plus floues (des artistes comme Romeo Castellucci en témoignent), la question risque de se poser de plus en plus souvent. Et pas seulement à Berlin. En ce sens, l'affaire Castorf-Dercon fait figure de laboratoire dans l'Europe d'aujourd'hui.”

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