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Chou blanc à la berlinoise

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L'Orchestre philharmonique de Berlin est le seul au monde à élire son chef. Encore faut-il réussir à s'entendre... Quelques nouvelles des grands ensembles musicaux dans le monde et de leurs non moins grands chefs. “L’Orchestre symphonique de Cincinnati va survivre , nous apprend L’Obs : après avoir été au bord du gouffre, il a réussi à lever plus de 23 millions d’euros auprès de ses mécènes…” . On se réjouit pour lui, comme pour le chef d’orchestre Ali Rahbari, rentré à Téhéran, a-t-on lu dans La Croix . “Nommé à la tête de l’Orchestre symphonique de Téhéran en 2005, il avait quitté ses fonctions devant « le manque de soutien des autorités ». Sous l’impulsion du président Hassan Rohani et malgré la pression des milieux religieux conservateurs hostiles à la musique occidentale classique, il a pu retrouver ses musiciens lors d’une symbolique IXe Symphonie de Beethoven, le 16 mars, réservée toutefois à un auditoire d’invités officiels, iraniens et étrangers” , faut quand même pas exagérer. Dans la patrie de Beethoven, l’exercice de la démocratie a également trouvé ses limites. C’était lundi 12 mai, et il y eut “onze heures de débats pour rien , rapporte Libération : les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Berlin sont repartis chacun de leur côté sans avoir élu leur nouveau chef. Pas faute de concentration : les artistes du seul orchestre au monde à organiser un tel scrutin s’étaient retirés dans un lieu secret, sans téléphone portable, accompagnés seulement d’une urne, de bulletins et d’un juriste pour vérifier la régularité du vote. La presse était convoquée à 14 heures devant une église berlinoise pour la proclamation du résultat, et avertie que ça risquait de durer longtemps… Mais que le vote soit finalement repoussé à plus tard « dans l’année » , personne ne s’y attendait.

Une atmosphère amicale et collégiale, mais des positions fondamentalement différentes « Tout chef d’orchestre vivant » peut théoriquement être considéré comme candidat. Les favoris étaient l’Israélo-Argentin Daniel Barenboim, 72 ans, défenseur de la musique comme outil social et politique, le mauvais caractère allemand Christian Thielemann, 56 ans, qui dirige l’opéra de Dresde, voire les jeunes Andris Nelsons, letton, ou Gustavo Dudamel, vénézuélien” , accusé, mais ça n’a bien sûr rien à voir, par sa compatriote la pianiste Gabriela Montero, dans un entretien au Berliner Morgenpost , cité par Diapason , de « collaboration » avec la « dictature » au pouvoir à Caracas. “Malgré une atmosphère « amicale et collégiale » , poursuit Libération, des « positions fondamentalement différentes » entre les 124 musiciens n’ont pas permis de dégager une majorité claire, a expliqué Peter Riegelbauer, l’un des deux délégués de l’orchestre. Heureusement, rien ne presse. L’actuel directeur artistique, Sir Simon Rattle, ne quittera son poste qu’en 2018, seize ans après y avoir été nommé.” Pour aller où, d’ailleurs ? En Grande-Bretagne, précise la Croix , pour prendre “la tête du London Symphony Orchestra. Né en 1955 à Liverpool, le musicien qui s’était fait connaître en portant à un haut niveau l’orchestre de Birmingham a fortement déploré que Londres ne possède pas de salle symphonique de qualité. Les pouvoirs publics semblent vouloir y remédier…”

Oiseau rare et petite souris Pour revenir à la difficulté de trouver un successeur à Sir Simon Rattle, Christian Merlin rappelle dans Le Figaro que, “alors qu’en France les musiciens d’orchestre apprennent en général par la presse le nom de leur maestro, le mode de désignation berlinois est unique au monde. Certes, dans le monde anglo-saxon, les membres des orchestres sont étroitement associés au choix du chef, mais la décision n’en revient pas moins au conseil d’administration. Les Berliner Philharmoniker, eux, sont une communauté autogérée, et ce depuis la création de l’orchestre en 1882, issue de la fronde d’instrumentistes d’une phalange privée qui s’estimaient exploités par leur employeur. Voilà qui renverse la perspective du rapport chef/orchestre en termes de pouvoir : responsable des choix artistiques engageant l’orchestre, le maestro ne doit jamais oublier qu’il se trouve sous le contrôle des musiciens autant qu’eux sous le sien. Pas un programme, pas une tournée, pas un enregistrement qui ne se décide sans l’avis des musiciens. La difficulté à trouver l’oiseau rare qui va succéder à Hans von Bülow, Arthur Nikisch, Wilhelm Furtwängler, Herbert von Karajan, Claudio Abbado et Simon Rattle est significative , estime le critique musical du Figaro. Elle est d’abord révélatrice de l’empreinte qu’aura laissée sir Simon : parfois contesté sur le plan musical, il aura ouvert l’orchestre à l’époque moderne, diversifié le répertoire, internationalisé le recrutement, conquis les nouveaux médias et séduit le jeune public. Une vraie révolution. C’est sans doute là-dessus que les débats ont achoppé, et l’on aurait aimé être une petite souris pour assister au conclave secret.” “Une chose est sûre , pour Diapason : le prochain chef des Berliner aura été choisi dans la confusion et la douleur, et devra composer avec cette réalité.” “Mais avant de parler de personnes , conclut Le Figaro, les musiciens devront surtout se mettre d’accord sur l’idée qu’ils se font de la politique artistique de l’orchestre.” Ce qui reste un luxe, à l’heure où la plupart de leurs homologues dans le monde s’inquiètent surtout de leur budget…

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