LE DIRECT

Cochons de visiteurs, emmerdeurs de conservateurs !

5 min

Le billet unique à 15 € au Louvre, ça y est ! Une manière d'obliger les visiteurs à voir des expositions temporaires qui, autrement, ne font pas recette ? Ce n'est en tout cas pas la cause de la fronde des conservateurs du musée : non, c'est toujours le déménagement des réserves à Liévin qui leur donne le blues...
<source type="image/webp" srcset="/img/_default.png"data-dejavu-srcset="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/07/0e0ffe5d-2086-11e5-ab01-005056a87c89/838_louvre.webp"class="dejavu"><img src="/img/_default.png" alt="Visiteurs à l'entrée du musée du Louvre" class="dejavu " data-dejavu-src="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/07/0e0ffe5d-2086-11e5-ab01-005056a87c89/838_louvre.jpg" width="838" height="558"/>
Visiteurs à l'entrée du musée du Louvre Crédits : Regis Duvignau

                                                                                                            <em itemprop="copyrightHolder">Reuters</em></span></figcaption></figure> 

“2 milliards d’euros, telle est la valeur de La Joconde, selon les estimations d’Expertissim.com. Le calcul, explique Annick Colonna - Césari dans L’Express, repose sur l’évaluation de la notoriété de la star du Louvre, établie à partir de la fréquentation du musée, de son chiffre d’affaires, le tout étudié sur une période de vingt ans, en regard des records du marché de l’art. A titre de comparaison, la toile la plus chère jamais vendue au monde est le tableau de Picasso, Les Femmes d’Alger , adjugé en mai par Christie’s pour la somme de 180 millions de dollars (soit environ 160 millions d’euros).” Le Louvre est donc très riche, de ses collections en tout cas. La Joconde et son sourire, la Victoire de Samothrace aux ailes déployées ou la Vénus de Milo … Les stars du Louvre attirent toujours des foules de touristes, près de 40 000 par jour , rappelle Marie-Anne Kleiber dans Le Journal du Dimanche. [Depuis aujourd’hui] 1er juillet, il leur faudra débourser 15 € pour admirer Mona Lisa, contre 12 € (jusqu’à hier) , soit une hausse de 25 % ! Ce nouveau tarif permettra de voir les collections permanentes et les expositions temporaires. Auparavant, il existait trois tarifs différents : expo seule, musée, ou les deux pour 16 €. […] Ce changement de tarif traduit un choix stratégique , explique la journaliste du JDD. « Nous souhaitons que les expositions temporaires constituent une porte d’entrée vers le musée , explique Hervé Barbaret, administrateur général, que nos visiteurs viennent par exemple admirer les toiles de Poussin, et aillent ensuite dans les salles XVIIe. »

Les peintres classiques attirent moins le public que les modernes et les contemporains Il faut dire qu’en effet, “au Louvre, « Poussin et Dieu » [n’a pas attiré] la foule (au point que le musée ne communique aucun chiffre) , constatait il y a un mois Olivier Cena dans Télérama. Au Grand Palais, « Velázquez » déçoit : la Réunion des musées nationaux misait sur 4 000 personnes payantes par jour pour que l’exposition (qui coûte cher en assurances) soit à l’équilibre, elles ne sont que 3 407. Le chiffre devient très honorable – 4 970 – si l’on compte les entrées gratuites (pass Sésame, moins de 16 ans, etc.)… mais il atteignait 7 000 pour Monet ou Hopper. On le constate, les peintres classiques attirent beaucoup moins le public, en particulier les plus jeunes, que les modernes et certains contemporains. Jeff Koons à Beaubourg, malgré les tueries des 7, 8 et 9 janvier, qui ont considérablement ralenti la fréquentation, a été un véritable succès. Pour beaucoup, l’art est un divertissement. Cela pousse certaines institutions artistiques à se transformer en salles de spectacles rentables (Koons a été lancé comme un film hollywoodien), statut peu compatible avec la mission de service public qui leur est aussi assignée. Comme l’Etat se désengage depuis des années, ces institutions doivent trouver leur propre financement grâce au sponsoring (terme plus juste que mécénat , pour Olivier Cena ) et aux entrées payantes. Pour multiplier ces dernières, la tentation est grande de monter des expositions susceptibles de séduire un large public. Pour l’heure, écartelée entre service public et rentabilité, la RMN a trouvé un fragile statu quo : une exposition lucrative en soutient une autre réputée plus difficile. Ainsi, au Grand Palais, l’exposition consacrée au styliste Jean Paul Gaultier accueille 2 500 personnes par jour. Peu coûteuse, elle est bénéficiaire et comblera le trou creusé par sa voisine « Velázquez ».”

"Je ne suis pas parano. C'est à moi de convaincre." Jean-Luc martinez Pour revenir au Louvre, mis à part l’augmentation du billet d’entrée, il s’y passe quelque chose d’étonnant, comme l’a constaté Michel Guerrin le 19 juin dans Le Monde. “ Depuis le 8 juin, le site Latribunedelart.com a publié huit entretiens avec des conservateurs ou conservatrices qui, sans donner leur nom – devoir de réserve oblige –, dénoncent la dangerosité, et même la « stupidité », d'un projet piloté par leur président, Jean-Luc Martinez. Jour après jour, tel un lent supplice, ce dernier se fait asticoter par « ses » troupes. « Ça fait bizarre », confie un proche du président. Et ce n'est pas fini. « Je ne sais pas quand je vais arrêter… », savoure Didier Rykner, directeur de La Tribune de l'art. Une fronde pareille, venant d'un corps de métier qui déteste les effets de manche, qui plus est dans le plus grand musée du monde, c'est du jamais-vu – même au milieu des années 2000, quand le projet de Louvre - Abu Dhabi chauffait les esprits.” La discorde vient du projet de déménagement des réserves du Louvre à Liévin, déjà relaté dans cette revue de presse. “Le visage de Jean-Luc Martinez reste souriant, assure le journaliste du Monde, mais la voix est un peu tendue par la fronde. « Bien sûr que ça me touche. Je sais qui se cache derrière tel ou tel entretien, il y a des contre-vérités, mais je ne suis pas parano. C'est à moi de convaincre. » Pour cela, il a publié, jeudi 18 juin, toujours dans La Tribune de l'art, un texte cosigné par douze responsables de département du Louvre. C'est assez étrange, juge Michel Guerrin, cette joute écrite entre hauts cadres et conservateurs, par médias interposés. On imagine l'ambiance au boulot… […]

Nouveau cap Un argument du patron du Louvre est que la tendance, en France et ailleurs, est d'externaliser les réserves. Certaines à côté du musée, d'autres très loin. Avec des résultats contrastés. Un conservateur du Louvre a demandé à un collègue du Rijksmuseum d'Amsterdam comment il faisait avec des réserves à une heure de transport. Réponse : « Eh bien, on n'y va pas. » Plus largement, ce conflit est typique du blues des conservateurs. Avoir des réserves à côté de soi renvoie à une conception traditionnelle du métier : étudier, conserver, restaurer, enrichir la collection. Jean-Luc Martinez jure qu'il est favorable à cette conception, et qu'elle n'est pas incompatible avec le projet Liévin. Mais d'autres missions du conservateur sont en vogue : exposer et valoriser les œuvres les plus « bankables ». Des élus comme des patrons de musée sont friands de ce cap nouveau. Pas sûr qu'ils considèrent les réserves comme une priorité. Beaucoup plus, qu'ils voient les conservateurs comme des emmerdeurs.” Ça change de ces cochons de payants que sont les visiteurs de musée…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......