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Paul McCartney et Ringo Starr, en concert à Cleveland en avril 2015

Collaborations improbables

6 min

Paul McCartney est en voie de récupérer les droits sur les chansons des Beatles, soufflés par feu Michael Jackson, ex-ami et complice de duos plus ou moins mémorables. Tendance lourde de l'industrie musicale, les duos sont d'ailleurs souvent des bas.

Paul McCartney et Ringo Starr, en concert à Cleveland en avril 2015
Paul McCartney et Ringo Starr, en concert à Cleveland en avril 2015 Crédits : Aaron Josefczyk - Reuters

“Depuis qu'il a perdu le contrôle de son catalogue de chansons, en 1970, Paul McCartney rêve de remettre la main dessus. L'ancien Beatles est peut-être enfin sur le point d'y parvenir, écrit le correspondant du Monde à Londres, Eric Albert. Selon des informations du magazine américain Billboard confirmées au Monde, le chanteur a commencé aux Etats-Unis les démarches légales pour se réapproprier ses œuvres à partir de 2018. Et la maison de disques Sony-ATV, qui les possède actuellement, ne pourra guère s'y opposer.

"C'est juste le business, Paul"

L'histoire, rocambolesque, remonte à 1965. L'optimisation fiscale n'a pas encore mauvaise presse et les Beatles s'agacent de devoir payer des fortunes en impôts. Ils décident d'enregistrer leurs œuvres dans une société cotée en Bourse, Northern Songs : les artistes se rémunèrent ensuite en dividendes, moins taxés. A la rupture du groupe, John Lennon et Paul McCartney ne rêvent que d'une chose : tourner la page. Ils vendent leur participation dans la société. McCartney le regrettera amèrement. L'affaire tourne même à l'obsession quand Michael Jackson, qu'il considérait comme son ami, rachète le fameux catalogue dans les années 1980. McCartney enrage. « Michael m'a dit : c'est juste le business, Paul », témoignait l'ancien Beatles en 2009. Après la quasi-faillite de Michael Jackson, Sony prendra 50 % de participation. Le catalogue ne concerne que les droits des partitions. Les ex-Beatles et leurs héritiers ont conservé le copyright des enregistrements, actuellement chez Universal Music. Mais si un artiste veut reprendre une des chansons signées Lennon-McCartney, ces derniers n'ont pas leur mot à dire. L'affaire pourrait désormais rebondir parce que la loi américaine stipule qu'un catalogue revient à son auteur après cinquante-huit années. Pour les premières chansons des Beatles, cela mène à 2018. Le reste suivra, année après année. Mais pour que le transfert des droits soit effectif, il faut qu'une demande officielle soit déposée auprès du Bureau américain des copyrights. C'est ce geste que les avocats de McCartney ont désormais réalisé. Ce n'est pourtant pas la fin du contentieux. D'abord, presque toutes les chansons étant cosignées avec John Lennon, seule la moitié des droits reviendra au Beatles survivant. Ensuite, l'affaire ne concerne que les Etats-Unis, pas le reste de la planète. Enfin, il faudra bien qu'une entreprise s'occupe de la gestion quotidienne du catalogue et réponde aux demandes incessantes d'utilisation des partitions des Beatles dans des publicités ou des films. Sony-ATV espère conserver ce rôle, en échange d'un paiement à McCartney. Seule la première salve des négociations a été tirée.”

L'homme de l'Atlantide et la petite fiancée de la France

Rappelons qu’avant de se fâcher, Paul McCartney et Michael Jackson avaient signé quelques duos à succès, comme Say Say Say ou The Girl is Mine. “Allez savoir pourquoi, s’étonnent Alexis Bernier et François Blanc dans Libération, dans l’industrie de la musique 1 1 est censé faire 3,. Comme si associer deux artistes qui n’ont rien en commun créait une chimère séduisant les fans de l’un, de l’autre, et ses propres fans en même temps. En réalité, on sait bien que 1 1 = 0. Et pourtant, le duo improbable frappe encore et toujours.” Et les journalistes de Libé de se livrer à un florilège, qui débute “par l’association qui fait scandale en ce début d’année 2016, la rencontre entre le plus bling-bling des rappeurs camemberts et la nouvelle idole pop tricolore [vous aurez reconnu Booba et Christine and the Queens]. Un choc entre deux mastodontes de l’industrie du disque qui a accouché d’un minuscule mulot : Here n’est qu’un remix d’un titre du premier album de Christine, sur lequel Booba pose un couplet égocentrique. Le tout est clippé en un long travelling avant fainéant, où les deux artistes ne daignent même pas croiser le regard. Les cohortes de fans des deux parties se sont insurgées dans des proportions grotesques face à l’absurdité d’une paire pareille. Il nous semble que le résultat ne méritait pas tant de boucan.” Il y eut aussi Regrets, de Mylène Farmer et Jean-Louis Murat, ou encore l’immarcescible Together We’re Strong par Patrick Duffy et Mireille Mathieu. “« L’homme de l’Atlantide » et celle qu’on surnommait « la petite fiancée de la France » en duo. Eh oui, on savait rire, dans les années 80. Rappelons à ceux qui sont malheureusement trop jeunes pour avoir dévoré ce merveilleux feuilleton subaquatique que l’homme de l’Atlantide n’est autre que le beau Patrick Duffy, acteur par ailleurs mondialement connu pour avoir interprété Bobby Ewing dans la série Dallas. Ainsi, pour la plus grande gloire du show-business, ces deux-là ont décidé de chanter en 1983 Together We’re Strong (« ensemble nous sommes forts », donc). La pochette du 45-tours où ils sont habillés comme s’ils venaient de tourner un épisode de Bonanza est aussi laide que la chanson.” Gratiné aussi, le couple Joey Starr Nicoletta. “En 2011, le rappeur déjà vaguement devenu acteur et l’immortelle interprète des Volets clos se sont laissé aller à une interprétation fainéante de Mamy Blue. Les deux ont cabotiné ardemment à l’époque de la sortie pour vendre cette étrange idée. Impossible d’oublier leur embarrassant passage chez Michel Drucker et quelques déclarations grotesques. Joey expliquant qu’il a « trouvé son équivalent en femme », tandis que Nicoletta comparait les textes du rappeur à « du Rimbaud ». Le duo restera comme une des plus vastes blagues du rap français, mais nous aurions aussi pu vous parler des associations entre la Fouine et Patrick Bruel, Rohff et Karim Benzema ou Ministère Amer et Johnny Hallyday.”

Il va devenir de plus en plus difficile de distinguer les ringards des branchés

Ou encore du “punk Iggy Pop invité sur l’album de Noël de Kylie Minogue, Mylène Farmer en compagnie de Shaggy dans une version reggae de son titre City of Love… Le monde de la musique ressemble à un iPod bloqué en mode aléatoire, commente Julien Bordier dans L’Express. A croire qu’un algorithme a été mis en place pour pondre des collaborations improbables. On ne serait pas surpris d’apprendre demain que Stromae compose pour Polnareff ou que Kanye West sample les Bee Gees. Décloisonner les genres, ça donne de l’air. Seulement, il va devenir de plus en plus difficile de distinguer les ringards des branchés. Tout fout le camp, même le bon goût.”

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