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Colosses aux pieds d'argile

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Succession ouverte à la présidence du Centre Pompidou, appel à postuler à la direction des musées italiens : le financier prendra-t-il (encore plus) le pas sur l'artistique et le scientifique ? “27 259 tweets ont été postés avec le mot-clé #Museum-Selfie le 21 janvier, « Journée annuelle du selfie au musée » inventée par la Londonienne Mar Dixon , nous apprend Libération. Le jeu consiste à se tirer le portrait devant l’extérieur, l’intérieur d’un musée ou l’une de ses œuvres pour s’impliquer davantage dans la visite, en garder un bon souvenir et inciter les autres internautes à faire de même.” Qui va se faire bientôt un beau selfie dans le bureau de président de Beaubourg ? “La course à la succession d’Alain Seban, président du Centre Pompidou depuis 2007, est lancée. Si ce dernier, dont le mandat expire en mars 2015, espère pouvoir rempiler, Eric de Chassey, nommé en 2009 directeur de la Villa Médicis à Rome par Frédéric Mitterrand, serait l’un des premiers candidats au poste à s’être déclaré, croit savoir Beaux-Arts Magazine. Historien de l’art, spécialiste de l’abstraction, Eric de Chassey n’a toutefois aucune expérience dans la gestion d’un établissement public. Le Centre Pompidou compte en effet plus de 1 000 salariés et bénéficie d’un budget annuel de 100 millions d’euros. La cohabitation avec Bernard Blistène, nommé fin 2013 directeur du Musée national d’art moderne, et figure très respectée du milieu de l’art, pourrait également s’avérer compliquée. Par ailleurs, Sylvie Hubac, ex-directrice du cabinet du Président de la République, [a quitté] fin décembre l’Elysée. Est-ce parce que l’on parle aussi d’elle à la présidence du Centre Pompidou ?” , spécule encore Beaux-Arts Magazine.

Musées à prendre Les candidats malheureux pourront en tout cas toujours postuler à la direction d’un musée transalpin. Mais il leur faudra se dépêcher : les intéressés ont jusqu'au 15 février pour adresser leur candidature, soit un CV et une brève lettre de motivation , prévient Eric Biétry-Rivierre dans le Figaro. Selon le formulaire, rédigé en italien et en anglais, accessible depuis le 8 janvier sur le site du ministère italien des Biens et Activités culturels et du Tourisme, si vous pouvez vous prévaloir « d'une formation et d'une expérience dans le domaine de la protection et de la mise en valeur du patrimoine », et d' « au moins cinq ans de gestion d'institutions publiques ou privées, ou d'entreprises publiques ou privées, en Italie ou à l'étranger », vous pouvez prétendre à la direction d'un des grands musées de la péninsule. Telle est la première conséquence concrète de la réforme des administrations italiennes dans le secteur culturel. Une politique voulue par le gouvernement de Matteo Renzi et mise en œuvre, pour les musées, par son ministre Dario Franceschini. Officiellement, vingt hauts lieux transalpins des arts et de l'histoire cherchent donc leur tête. Outre le plaisir de travailler, voire de vivre, dans ces palais et au milieu de trésors inestimables, les salaires correspondent aux standards européens pour les musées publics. Entre 78 000 et 145 000 euros, avec des bonus de 15 000 et 40 000 euros, avance le site Blouin Artinfo. Les musées concernés sont le Bargello, l'Accademia et la Galerie des Offices à Florence (même si Antonio Natali a déclaré vouloir s'y représenter), celles de Modène, Urbin et Pérouse, l'Accademia de Venise, le Musée Capodimonte de Naples et le formidable Museo Archeologico de cette ville, le palais ducal de Mantoue, ceux, royaux, de Turin et de Gênes, la Pinacothèque de Brera à Milan, les musées archéologiques de Calabre, Tarente et du Paestum, le palais de Caserte, les Antiquités romaines ou encore, toujours dans la Ville éternelle, le Musée d'art moderne et contemporain voire le très convoité et richissime Musée Borghese. Revers de la médaille, nuance le journaliste du Figaro, les heureux élus devront mouiller leur chemise pour dégager des fonds propres et trouver plus de mécènes, cela avec moins de fonctionnaires à leur disposition. En plus, ils devront assurer des tâches auparavant imparties aux superintendants régionaux, notamment la gestion des prêts. Puisque les postes sont garantis par la tutelle et leurs contrats à durée indéterminée, les partants seront affectés dans d'autres institutions. Une fois ces mouvements effectués, une autre vague de procédures de sélection devrait être déclenchée, visant d'autres musées italiens. Bien sûr, depuis qu'elle a été annoncée, la réforme fait l'objet d'une vive contestation. Beaucoup craignent que la composante financière prenne le pas sur la mission de conservation et le sérieux scientifique.” Ça, au moins, les candidats français ne seront pas dépaysés !

David a les chevilles qui flanchent Le nouveau directeur de la Galeria dell’Accademia de Florence aura en tout cas un dossier urgent à gérer. “A la mairie de Florence, on s'est [en effet] beaucoup inquiété, les 19 et 20 décembre 2014, pour le David de Michel-Ange, le chef-d'œuvre dressé dans la Galleria dell'Accademia, a-t-on lu dans Le Monde. Quelque 250 secousses sismiques de faible intensité ont secoué la région toscane du Chianti ces jours-là, causant de menus dégâts, et beaucoup ont craint pour l'admirable statue devant laquelle, chaque année, plusieurs touristes perdent la tête, victimes du « syndrome de Stendhal ». Car ce colosse de cinq mètres de haut, pesant cinq tonnes, tout en marbre de Carrare, dont une copie est présentée sur la piazza della Signoria, a les jambes fragiles. Une étude publiée le 30 avril 2014 par le Conseil national de la recherche a diagnostiqué que sa cheville gauche ainsi que la souche d'arbre sculptée sur laquelle s'appuie sa jambe droite présentent des microfractures et des craquelures, qui menacent de s'aggraver. Depuis les secousses, la sauvegarde du David est devenue une affaire nationale. Le 20 décembre, Dario Franceschini, le ministre de la culture, rappelons-le, a annoncé que l'Etat italien allait dégager une somme de 200 000 euros pour équiper la statue d'un socle antisismique, afin de la protéger de toute vibration : travaux ou séismes. Il a assuré que c'était un « projet urgent » et qu' « un chef-d'œuvre absolu comme le David ne devait courir aucun risque ». Un colosse aux pieds d’argile, en quelque sorte… Belle image du système muséal, et pas seulement italien !

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