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James Ellroy à Paris en mai 2015

Confidentiel

5 min

Avec James Ellroy en grand homme discret, la découverte d'inédits de Harper Lee et de Lovecraft, des Hugo Awards minés de l'intérieur et toujours pas d'auteure au bac L en 20 ans. Bah, l'Académie Nobel aura bien mis 27 ans à soutenir Salman Rushdie...

James Ellroy à Paris en mai 2015
James Ellroy à Paris en mai 2015 Crédits : JEROME MARS/JDD - Sipa

“Certaines choses ne changent pas, se désole Libération. Il y a un an, [le journal] vous parlait de l’absence d’écrivaines dans le programme de littérature du bac L, et plus largement parmi les auteurs étudiées au collège et au lycée. Rebelote cette année, avec André Gide au programme. Sur son blog, Françoise Cahen, professeure de lettres, déplore : « Depuis vingt ans que j’enseigne au lycée, pas une auteure n’a été au programme de littérature en terminale L. Je ne demande pas la parité. Mais qu’il y ait au moins UNE femme en vingt ans, ce ne serait pas complètement fou, non ??! »” Bah, “l’Académie suédoise, qui décerne le prix Nobel de littérature, aura [bien] mis vingt-sept ans pour condamner la fatwa contre Salman Rushdie. Dans une tribune du quotidien Dagens Nyheter publiée le 24 mars [et remarquée par Le Magazine Littéraire de mai], Tomas Riad, membre de l’Académie, a pris position après que des médias iraniens ont annoncé augmenter de 600 000 dollars la prime de 3,3 millions offerte pour tuer l’auteur des Versets sataniques. Arguant de son « indépendance » en 1989, l’Académie avait refusé alors de prendre position.” Ceci dit, on peut être solidaire sans forcément l’afficher. “La totalité de ses droits d’auteur en France pour l’année 2015 : c’est, a-t-on appris il y a un mois et demi, ce que James Ellroy a tenu à reverser aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 dans la capitale. Une décision prise tout de suite après, raconte Delphine Peras dans L’Express, sur l’air de « Je suis parisien » et motivée par sa reconnaissance pour le peuple français, le premier à avoir célébré son talent. C’est effectivement d’abord dans l’Hexagone que James Ellroy a rencontré le succès, avec Lune sanglante, et surtout son best-seller Le Dahlia noir – écoulé à quelque 700 000 exemplaires. Pudique et prudent, l’auteur de Perfidia, son dernier roman, paru en mai 2015 et vendu à près de 75 000 exemplaires l’année dernière, avait exigé le silence absolu à propos de ce don, de crainte que cela ne puisse être interprété comme une façon de se faire de la publicité. Silence que quelques admirateurs ont pourtant fini par briser. Le montant de son geste devrait atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros, en tenant compte du fait que ses polars, du Quatuor de Los Angeles à American Tabloid, en passant par le célèbre L.A. Confidential, continuent à se vendre régulièrement en poche.”

Harper Lee et Lovecraft se cachaient dans une revue pour policiers et un magasin de magie

En parlant de roman policier, on a appris dans L’Humanité que “comme Truman Capote, Harper Lee écrivait sur l’affaire De sang-froid. Après la publication, quelques mois avant sa mort, de Va et poste une sentinelle, le second roman d’Harper Lee, on s’était pris à rêver d’un nouvel opus, posthume, de l’auteur de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, décédé le 19 février 2016. Des manuscrits prometteurs s’étaient avérés de simples brouillons de ces deux romans. Mais Charles J. Shields, son biographe, lui a attribué un article publié en 1960 dans Grapevine, une revue pour policiers. La trouvaille est d’autant plus intéressante qu’Harper Lee relate le quadruple meurtre de Garden City, dans le Kansas, qui avait donné à Truman Capote la matière de son livre De sang-froid. On sait qu’Harper Lee l’avait accompagné dans son enquête, et avait, par sa simplicité et sa gentillesse, favorisé ses contacts avec les habitants peu enclins à accueillir l’esthète newyorkais. On ne savait pas qu’elle avait elle-même écrit sur cette affaire. Ce texte, qui sera prochainement republié, éclaire d’un jour nouveau les relations des deux amis et l’implication personnelle de la romancière.” Un autre texte surprenant a récemment refait surface : “un inédit écrit à quatre mains par Lovecraft et le magicien Houdini a été découvert dans un magasin de magie, dévoile Le Magazine Littéraire. Le prestidigitateur avait contacté le maître de l’épouvante en 1926 afin de réaliser un ouvrage consacré aux croyances et aux superstitions, mais il décéda quelques mois plus tard. On pensait que le projet avait été abandonné. Or The Cancer of Superstition, un texte de 31 pages structuré en trois parties, avait été conservé par la veuve de Houdini et avait été perdu après la mort de celle-ci.”

Hugo noyauté par des chiots

Pour rester dans le fantastique, “les historiques prix Hugo, qui récompensent chaque année depuis 1953 les ouvrages de science-fiction et de fantasy de langue anglaise, sont de nouveau ébranlés, lit-on dans La Croix. Ils doivent être remis le 20 août prochain aux Etats-Unis. Mais l’annonce de la sélection, le 26 avril, a provoqué une vive émotion parmi les passionnés. Pour la deuxième édition consécutive, les prix sont parasités par la mobilisation de deux groupes de votants concertés, portant le nom de Sad puppies (chiots tristes) et Rabid puppies (chiots enragés), qui se mobilisent pour sélectionner dans plusieurs catégories des auteurs dits « conservateurs » aux propos radicaux, parfois racistes ou homophobes – et lutter contre une science-fiction socialement et politiquement plus progressiste. L’auteur de la série au succès planétaire Le Trône de fer, George R. R. Martin, lui-même primé à plusieurs reprises par le passé, s’est notamment indigné de cette action l’année dernière. A la suite d’une mobilisation, aucun des nommés soutenus par les Puppies n’a reçu de prix en 2015. Mais des auteurs et lecteurs craignent que ces prix, qui ont autrefois distingué Tolkien, Isaac Asimov ou encore J.K Rowling, l’auteur de la saga Harry Potter, ne soient brisés par cette tentative de noyautage.” En effet, comme l’expliquait Hubert Prolongeau l’an dernier dans Télérama, la particularité des Hugo Awards est que “le prix est décerné non par un jury de professionnels mais par le public d'une grande convention, la « Worldcon », qui vote aussi bien sur place que par Internet. Ce mode de scrutin a d'ailleurs déjà parfois posé problème : en 2001 le prix décerné à Harry Potter et la Coupe de feu avait provoqué une bronca des fans purs et durs.” On comprend l’horreur de ces chiots, tristes ou enragés : un prix de littérature, qui plus est fantastique, qui récompense une auteure, c’est inconcevable !

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