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Yann Moix, en froid avec son éditeur pour excès de critique ?

De la publicité du publié

6 min

Un écrivain ou un éditeur peuvent-ils parler librement des livres de leurs confrères, surtout quand ils sont édités par la même maison ? Pour promouvoir un livre, mieux faut finalement la bonne vieille publicité, au cinéma ou sur les murs du métro...

Yann Moix, en froid avec son éditeur pour excès de critique ?
Yann Moix, en froid avec son éditeur pour excès de critique ? Crédits : BALTEL - Sipa

Les Inrockuptibles ont révélé que Yann Moix aurait de plus en plus de difficultés avec son éditeur, Grasset. Motif : ses chroniques dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », où il éreinte quelquefois les écrivains. L’éditeur ferait pression pour que l’auteur de Naissance épargne les auteurs de la maison et aurait communiqué les questions du chroniqueur à Michel Onfray, invité en septembre. Si elles ne sont pas journalistiques, ces méthodes sont, paraît-il, éditoriales”, commente Le Magazine Littéraire, qui nous apprend dans le même numéro que “Richard Millet, l’éditeur notamment des Bienveillantes de Jonathan Littell et L’Art français de la guerre d’Alexis Jenni, a été mis à pied par son employeur, les éditions Gallimard. Il risque le licenciement. L’écrivain avait provoqué la colère du milieu intellectuel en 2012 avec son éloge « littéraire » du Norvégien Anders Breivik, qui avait assassiné 77 personnes.” Mais ce n’est pas pour ça que son éditeur tique. “Cette fois, il lui est reproché d’avoir publié dans La Revue littéraire un éditorial hostile à Maylis de Kerangal. L’article intitulé « Pourquoi la littérature de langue française est nulle ? » interrogeait la place de l’auteur de Réparer les vivants dans le champ littéraire : « Zola écrivait pour la bourgeoisie cultivée ; Mme de Kerangal le fait pour la petite bourgeoisie internationale déculturée », commentait l’éditeur.”

Emmanuel Carrère, prescripteur littéraire

Fort heureusement, tous les écrivains ne sont pas aussi cruels avec leurs confrères. Comme l’a remarqué Mohammed Aïssaoui dans Le Figaro Littéraire, “dans son dernier livre, Il est avantageux d’avoir où aller, Emmanuel Carrère évoque son goût pour le roman culte de Luke Rhinehart, L’Homme-Dé, l’histoire d’un psychiatre newyorkais qui joue les décisions de sa vie avec un dé. Le 11 février dernier, dans « La Grande Librairie », le romancier et François Busnel ont parlé de L’Homme-Dé avec enthousiasme. « Un chef-d’œuvre absolu », selon Busnel. « Extraordinairement jouissif », ajoute Carrère. Et les lecteurs ont suivi. Les ventes sont relancées. « Ce titre appartient à notre catalogue de fonds. Il a toujours bénéficié d’une aura particulière », affirme-t-on aux Editions de l’Olivier, qui l’ont réédité à plusieurs reprises, dont la dernière fois en 2014 dans la collection « Replay ». Alors qu’il se vendait à 3 000 exemplaires par an en moyenne, l’éditeur explique que depuis « La Grande Librairie », 19 000 exemplaires ont été réimprimés après l’émission. Qui a dit que la télévision n’aidait pas la littérature ?”

En France, la publicité pour les livres, c'est "cheap" et racoleur

Plus efficace, plus coûteux aussi, pour promouvoir un livre, une bonne campagne de publicité peut faire l’affaire, y compris dans les salles de cinéma, comme la bande-annonce qu’on voit ces jours-ci pour vanter Indécence Manifeste, le nouveau roman de David Lagercrantz chez Actes Sud. “Pourtant, constate Véronique Richebois dans Les Echos, dans le microcosme littéraire, les démarches ostensiblement marketing demeurent nimbées d’une aura sulfureuse. « La pratique des bandes-annonces et des campagnes de publicité assorties d’extraits de livres est très courante dans l’univers anglo-saxon, alors qu’en France, on juge ça « cheap », racoleur, analyse l’écrivain et publicitaire Grégoire Delacourt, auteur de La Liste de mes Envies et longtemps en charge de la communication de la collection Folio. En France, on a encore beaucoup de mal à assumer qu’un livre soit un produit commercial. » « Nous faisons ce type de campagnes sept à huit fois par an, lorsque nous estimons qu’un livre possède un potentiel impressionnant, précise Manuel Tricoteaux, éditeur et directeur de collection chez Actes Sud. Notre démarche se situe loin de celle de maisons grand public comme XO Editions, où la communication constitue une étape obligée dans la publication d’un livre. » C’est toute la singularité d’Actes Sud que d’être parvenue à concilier ce qui, sur le papier, semble s’apparenter au mariage mal embouché du talent... et de l’épicerie. Mais le cocktail fonctionne. En 2015, la maison d’édition réalise même le grand chelem en décrochant son troisième Goncourt avec Boussole de Mathias Enard, auxquels s’ajoutent le Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, le Nobel de littérature avec Svetlana Alexievitch et la publication de deux des plus gros best-sellers de l’année, le fameux Millenium 4 et Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders.

Paul Auster, Nancy Huston et Nina Berberova aux côtés de Habitat ou Danone

L’aboutissement d’un long chemin et d’une stratégie marketing cousue aux petits points. « Le fondateur d’Actes Sud Hubert Nyssen a réinventé l’objet livre grâce à un format différent de celui des grands éditeurs, un grain de papier particulier et des couvertures n’utilisant pas les photos habituelles », reprend Grégoire Delacourt. Mieux, « Actes Sud a été la première maison d’édition à communiquer dans le métro en 1997 et ça a fait du remous..., confie Estelle Lemaître, directrice de la communication. Nous concevions nous-mêmes les campagnes. » A l’époque Gérard Gros, vice-président de Métrobus, souhaite ouvrir son réseau d’affichage aux musées, aux galeries d’art et aux livres, en accord avec la RATP : « Mon idée était de permettre à un secteur culturel disposant de faibles moyens, de s’adresser au grand public, via l’affichage publicitaire dans le métro, se souvient-il. Inversement, il était nécessaire de donner la possibilité aux gens de connaître l’actualité des livres et des spectacles. » Le vice-président de Métrobus juge que les lecteurs du Monde des Livres ou du Figaro littéraire sont des consommateurs « acquis », car déjà très informés. Pour les autres, c’est une autre histoire. Un système formalisé d’échanges marchandises (beaux livres de fin d’année, places de spectacles...) se met alors en place, permettant aux acteurs culturels de pouvoir figurer dans le métro « en payant 40 % du tarif global », indique Gérard Gros. C’est ainsi que Paul Auster, Nancy Huston et Nina Berberova y feront leur apparition aux côtés de campagnes pour Habitat ou Danone. Très vite accompagnés et suivis par d’autres écrivains, divers... et éclectiques. Comme le 3ème opus de Bridget Jones de Helen Fielding publié par J’ai Lu et placardé, ces derniers jours, sur les murs du métro.” On attend, sur la question, l’avis éclairé de Yann Moix et de Richard Millet…

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