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Des lieux où l'on fait de la politique grâce à l'art

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"Djihad", une pièce d'Ismaël Saidi
"Djihad", une pièce d'Ismaël Saidi

Rire des djihadistes en Belgique, mobilisation des scènes allemandes pour l'accueil des réfugiés : quand le théâtre joue son rôle.
“C'est l'histoire , racontée par Le Monde, de trois jeunes musulmans belges devenus djihadistes. Le premier, Ismaël, raconte : « C'était un samedi à l'école arabe. Le professeur avait découvert mes dessins et il m'a giflé. Il m'a lu un hadith qui dit que les dessinateurs iront en enfer. » Ismaël arrête de dessiner, se consacre uniquement à la religion, puis devient fondamentaliste. Le second, Reda, est amoureux de Valérie, une Bruxelloise. Il se confie : « Maman m'a dit que Valérie, c'était juste pour jouer, mais pour la vraie, il faut une musulmane. » Reda quitte Valérie, le vit mal, et devient extrémiste. Le dernier, Ben, est fan d'Elvis Presley mais s'aperçoit que le chanteur s'appelait Aaron, un prénom juif. Il déchante : le rock fait donc partie d'un « complot sioniste mondial » ! Ces trois histoires font la trame de Djihad, une tragi-comédie théâtrale sur la radicalisation de trois Bruxellois qui partent se battre en Syrie. Elle a été écrite par Ismaël Saidi, 39 ans, un Belge d'origine marocaine, ancien policier. […] Le public pleure à Djihad, témoigne l’envoyée spéciale du Monde à Bruxelles, Marie-Béatrice Baudet. Mais de ce cauchemar guerrier, on arrive aussi à s'amuser. Ismaël Saidi, qui raffole depuis l'enfance des sketchs de Fernand Raynaud, sert de temps en temps des blagues de potache pour relâcher la tension. […] C'est un « gros déconneur », assurent ses copains de la troupe. Cela ne l'empêche pas d'écrire juste. Quand on rit, c'est de tout : du racisme, des préjugés, de l'ignorance, du dogmatisme, de la bêtise. Personne n'est dédouané, surtout pas les musulmans. […]

Pour la France, il faudra attendre « Cette pièce est évidemment une autocritique de la communauté dont je fais partie, a confié Ismaël Saidi à l'AFP. Je voudrais qu'on analyse d'abord les symptômes, pour soigner le mal en amont. » Il ajoute : « Il y a une maladie dans la manière dont l'islam est inculqué, et pour la soigner, il faut l'admettre. » La pièce a été vue par près de 45 000 spectateurs en Belgique, dont 20 000 scolaires. Elle est passée à la télévision. […] La route de 2016 est déjà tracée : direction la Flandre, puisque la pièce va être traduite en néerlandais, mais aussi la France. Djihad devait être jouée à Lyon, au Théâtre des Asphodèles du 11 au 18 janvier, mais la préfecture a fait annuler les représentations en raison de l'état d'urgence décrété depuis les attentats du 13 novembre. De nouvelles dates vont être choisies. Paris et Nantes sont au programme.”

Au MAxim Gorki Theater de Berlin, la question migratoire nourrit la programmation En Allemagne, c’est sur la question des réfugiés que se mobilise le théâtre, comme en témoigne la correspondante de La Croix à Berlin, Delphine Nerbollier, qui a assisté à une représentation du Maxim Gorki Theater. A la fin, comme il se doit, “les applaudissements éclatent. Sur la scène, les acteurs saluent et quittent la scène. Soudain, une actrice revient, lance un appel aux spectateurs. « Faites un don en partant, et, même, signez une pétition en ligne pour exiger des autorités berlinoises un meilleur traitement des demandeurs d’asile. » Nouveaux applaudissements : les spectateurs seront nombreux à donner quelques pièces à la sortie. « Nous n’avons pas attendu que les médias fassent leurs gros titres de la crise migratoire pour nous mobiliser », explique Xenia Sircar, du Gorki Theater. « En 2014, nous avons soutenu les réfugiés qui occupaient l’Oranienplatz et depuis un an, la question migratoire nourrit notre programmation. » Comme le Maxim Gorki Theater, de très nombreux acteurs culturels participent depuis des mois au mouvement de solidarité envers les demandeurs d’asile qui, chaque jour, arrivent par milliers en Allemagne. Appels aux dons, places de théâtre réservées aux réfugiés, ateliers pour adultes et enfants, participation de demandeurs d’asile à des pièces, les initiatives sont souvent individuelles, parfois structurées. Le projet « Berlin Mondiale » propose des partenariats entre 13 lieux culturels et centres d’accueil afin de « briser l’isolement » des migrants. Le Deutsches Theater soutient ainsi un foyer au sud de la capitale et propose, au-delà des ateliers théâtre, des cours d’allemand. Plus inhabituel, depuis septembre il accueille aussi des migrants, souvent pour une seule nuit. « Nous avons aménagé un vestiaire où 8 personnes peuvent coucher », explique Gaby Schweer, porte-parole de cette institution berlinoise. « Le théâtre possède les infrastructures nécessaires, notamment des douches. La nuit, on fait aussi tourner le lave-linge pour nos hôtes. Et cela, grâce aux salariés du théâtre qui se relaient pour l’accueil, la préparation du petit déjeuner et du repas du soir. »

Un engagement fondamental Hambourg, Munich, Stuttgart… Ce genre d’initiatives existe à travers tout le pays. À Dresde, la mobilisation est d’autant que plus forte que, chaque lundi depuis plus d’un an, ont lieu sur la place de l’Opéra des manifestations du mouvement islamophobe Pegida. L’Opéra répond en projetant sur sa façade des slogans antiracistes. Lundi dernier, le chœur a chanté L’Ode à la joie de Beethoven, lors d’une contre-manifestation. Cet activisme fâche toutefois certains. Début décembre, le metteur en scène letton Alvis Hermani – dont La Damnation de Faust a été huée [en décembre] à Paris – a décidé de ne pas honorer son contrat le liant au Théâtre Thalia de Hambourg : il dit refuser de travailler avec une institution devenue un « centre d’accueil de réfugiés ». « Dans le milieu culturel, nous avons tous été surpris par cet éclat », reconnaît Gaby Schweer, du Deutsches Theater. « Les théâtres sont évidemment des lieux où l’on fait de la politique grâce à l’art. Leur engagement est fondamental. » Polémique ou pas, cet engagement ne devrait pas se tarir en 2016, où l’Allemagne pourrait accueillir autant de migrants qu’en 2015.

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