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L'oeuvre murale de Dani Karavan conçue en 1966 pour la Knesset

Disparitions

5 min

Disparitions en série ce soir, d'Athènes à Bir Zeit en passant par Paris, Copenhague et Jérusalem, où la politique de la ministre de la Culture Miri Regev est toujours plus contestée...

L'oeuvre murale de Dani Karavan conçue en 1966 pour la Knesset
L'oeuvre murale de Dani Karavan conçue en 1966 pour la Knesset

“49. C’est, nous apprend une brève de Libération, le nombre de statues en bronze qu’Athènes veut remplacer par des moulages pour mettre les originaux à l’abri des vandales. Soit un quart des statues de la capitale grecque. Ces derniers temps, les cas de vandalisme et de vols des œuvres en métal pour en récupérer le cuivre se sont multipliés. La plupart des statues concernées sont en plein centre. C’est là que cinq bustes en bronze, ornant la cour du Centre culturel municipal, avaient été volés le 25 mai. Ce fut la goutte qui a fait déborder le vase. Autres cibles, les plaques d’égout en fonte, qui ont tendance à disparaître des trottoirs.” La disparition est le maître-mot de la revue de presse culturelle ce soir, à l’image de cette performance inédite, qui se tiendra au musée Picasso samedi prochain 25 juin à 16 heures, et dont nous informe une autre brève de Libération : “l’artiste espagnol Miquel Barceló, exposé en ce moment au sous-sol, va créer une œuvre sur toile unique, vouée à disparaître, accompagné au piano par une improvisation de Pascal Comelade (le tout durant trente minutes).” Disparition encore, signalée cette fois par une brève du Monde, “le Musée national du Danemark, à Copenhague, a annoncé, mardi 7 juin, avoir supprimé les mots « nègre » et « hottentot » (nom donné par les Hollandais à l'ethnie africaine khoïkhoï) des titres et descriptions de 14 œuvres, parce qu'ils reflétaient la langue de l'époque coloniale. Ces termes avaient été utilisés par des experts du musée ou des historiens de l'art. Les titres donnés par les artistes ne seront pas modifiés. Ces dernières années (on l’avait rapporté ici), le Rijksmuseum d'Amsterdam s'est lancé dans une entreprise similaire de chasse aux termes racistes dans les cartels des œuvres de son immense collection, en se gardant lui aussi d'effacer les titres donnés par les artistes.”

« Qu’est-ce si ce n’est une dictature ? »

Sauf que parfois, ce sont les artistes eux-mêmes qui demandent la disparition de leurs œuvres, comme le raconte Nathalie Eggs dans Le Journal des Arts. “A l’occasion de la conférence d’Herzliya, évènement annuel qui aborde les enjeux internationaux et [réunissait du 7 au 9 juin] des personnalités politiques israéliennes et internationales, l’artiste Dani Karavan a déclaré avoir demandé à plusieurs reprises que l’œuvre in situ qu’il a conçue en 1966 pour la Knesset soit retirée, rapporte le quotidien Haaretz. L’artiste israélien a dit renouveler sa demande jusqu’à ce que le parlement reflète « l’esprit » de la Déclaration d’indépendance d’Israël de 1948. « J’ai réalisé plusieurs commandes publiques, qui appartiennent désormais aux sites, à leur paysage, à leur environnement et qui répondent à leur mission. Mais en ce qui concerne le mur que j’ai conçu pour le Knesset, j’en suis parfois honteux et j’ai demandé plusieurs fois à ce qu’il soit enlevé jusqu’à ce que le parlement représente la Déclaration d’Indépendance », a-t-il déclaré. Dani Karavan, qui représentait Israël à la Biennale de Venise en 1976 et exposait à la Documenta 6 de Kassel en 1977, faisait notamment référence aux dernières mesures annoncées par Miri Regev, la ministre de la Culture et des sports d’Israël. Mercredi 15 juin, Miri Regev a imposé aux structures culturelles qui reçoivent des subventions de l’Etat de fournir une déclaration mentionnant l’organisation ou non de manifestations en Cisjordanie, au Néguev et en Galilée. Les organisations qui ne sont pas actives dans ces régions verront leur subvention baisser de 33 % tandis que l’Etat accordera une aide supplémentaire de 10 % aux structures actives sur ces territoires. Pour Dani Karavan, ces mesures menacent et pénalisent les associations qui refusent d’organiser des évènements sur les territoires palestiniens occupés. « Qu’est-ce si ce n’est une dictature ? », s’est-il exclamé. Ministre de la Culture depuis le 6 mai 2015, Miri Regev appartient à l’aile dure du Likoud, le parti de droite de Benyamin Netanyahou. En janvier (on en avait parlé ici), elle avait déjà suscité la controverse en présentant un projet de loi visant à couper les subventions aux institutions culturelles qui ne seraient pas « loyales » envers l'Etat d'Israël. De son côté, le chorégraphe Ohad Naharin, dont le « biopic » Mr Gaga est actuellement à l’affiche dans certaines salles de cinéma, a gardé son sang froid : « Miri Regev est arrivée et elle repartira. Le gouvernement est arrivé et il repartira. Et ceci n’est pas une opinion. C’est un fait. L’art ne dépend pas de l’argent. Nous créons sans dépendance à l’argent. Vous devez vous souvenir que ce n’est pas le gouvernement qui rend possible et qui rendra possible la personne que nous sommes ainsi que la création. »”

Déclaration d’indépendance culturelle

Chez le voisin palestinien, les politiques culturelles laissent parfois tout aussi perplexe. “La cérémonie d’ouverture du premier musée palestinien, mercredi 18 mai, dans la ville universitaire de Bir Zeit, au nord de Ramallah, a suscité des réactions mitigées, raconte ainsi Nathalie Hamou dans Télérama. La raison : la nouvelle institution dédiée à l’histoire et à la culture palestiniennes, qui [devait ouvrir] ses portes au public en juin, a été inaugurée « vide ». L’édifice de 3 000 mètres carrés reste pour l’heure – et au moins jusqu’à l’automne - dépourvu de toute installation. Et ce, après la récente démission de son directeur, Jack Persekian, acteur majeur de l’art contemporain, dont l’exposition inaugurale, « Never part », n’était pas au goût des initiateurs du projet. Nul ne conteste la portée symbolique du vernissage, en présence du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Porté depuis 1997 par l’ONG Taawon, le projet a été financé à hauteur de 30 millions de dollars par des donateurs palestiniens. L’existence même de ce musée équivaut, comme l’a rappelé son président, Omar al-Qattan, à une déclaration d’indépendance culturelle.” Et l’avantage des musées sans œuvres, c’est qu’elles ne risquent pas de disparaître !

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