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Isabelle Huppert et Hong Sangsoo au Festival de Cannes en 2012

Dragon chinois et panthère jaune

5 min

L'absence de films nationaux en compétition à Cannes n'a pas empêché les Chinois de faire la fête à Cannes, où la question de la censure a également été abordée. Pendant ce temps, en toute discrétion et dans les marges du Festival, le Coréen Hong Sangsoo tournait un film avec Isabelle Huppert...

Isabelle Huppert et Hong Sangsoo au Festival de Cannes en 2012
Isabelle Huppert et Hong Sangsoo au Festival de Cannes en 2012 Crédits : Vincent Kessler - Reuters

Il n’y avait « pas un film chinois en compétition à Cannes, cette année, si ce n’est un court-métrage…, relève David Fontaine dans Le Canard Enchaîné. Une humiliation nationale ou un signe des temps ? La productrice Isabelle Glachant, représentante d’Unifrance à Pékin, explique : « Les producteurs chinois font de gros films pour leur marché national, mais aucun film d’auteur. Ils ne s’intéressent pas aux films jugés “ennuyeux” du reste du monde, qui, à son tour, ne s’intéresse pas à eux. Même à Hongkong, le niveau a baissé. Et, cette année, aucun des trois ou quatre réalisateurs chinois ayant accès à Cannes n’avait de film prêt. » Cela n’a pas empêché les professionnels chinois de se presser toujours plus nombreux au Festival : des centaines de journalistes sur les 4 000 accrédités, souvent affublés des meilleurs badges vu l’audience de leurs médias. Ils couvrent en priorité la montée des marches des stars chinoises venues se montrer, parfois flanquées de nouveaux riches, qui achètent des « packages VIP » à prix d’or… L’équipe d’un des plus gros sites, « sina.com » (dont la fréquentation se compte en milliards de pages vues !), est ainsi passée de trois journalistes à dix depuis 2005. […] Coorganisée par China Movie, chaîne de la télé publique CCTV, la soirée « China Night », tout de rouge éclairée, était fastueuse sur la plage du Majestic, le 13 mai : champagne coulant à flots, vastes buffets élaborés par des chefs, fontaine de chocolat…

Paradoxes des coproductions franco-chinoises

Mais, malgré l’accord de coproduction franco-chinois signé en 2010, les films indépendants peinent à se monter. Car, pour obtenir l’agrément d’un film en France et accéder aux aides du CNC, il faut paradoxalement recueillir aussi l’assentiment de la censure chinoise… Autrement dit, « décrocher le dragon », le logo de la censure d’Etat affiché en début de film, explique Vincent Wang, le producteur des films du Taïwanais Tsai Ming-liang, qui tourne aussi à Pékin. La censure ? Jean-Jacques Annaud, venu participer à une table ronde le 15 mai, ne connaît pas. Il a tourné Le dernier loup dans le cadre de cet accord de coproduction et remporté un franc succès au box-office chinois en 2015, et il prépare deux autres longs-métrages en Chine : « C’est impossible à entendre en France, mais j’ai été totalement libre !, assure-t-il. Il n’y a eu d’intervention que sur la scène où un petit loup est lancé en l’air ; nous l’avons justifiée par les traditions mongoles. » Son producteur français, Xavier Castano, se montre plus circonspect : « Cela n’a pas été simple, il a fallu négocier sept ans avec le China Film Group, l’organisme d’Etat qui a financé 80 % du budget du film. » et de confesser deux autres interventions de la censure… Lors d’une master class, le réalisateur chinois Jia Zhang-ke (régulièrement sélectionné à Cannes) a expliqué courageusement, lui, ses démêlés avec la censure dès son premier film, Xiao Wu, artisan pickpocket. Ses trois premiers films ont été interdits de distribution en Chine, tout comme Touch of Sin, plus récemment. Le réalisateur a précisé comment le passage au numérique, à partir de 2001, a paradoxalement « détendu les autorités, qui ne peuvent plus tout contrôler ». Tout en reconnaissant les vertus du dialogue : « Si on veut faire évoluer la situation, il faut continuer de parler avec les autorités. C’est comme dans le tai-chi, il faut accompagner de sa main le mouvement de la main de l’autre… » Il devrait, conclut le journaliste cinéma du Canard, enseigner sa méthode à Jean-Jacques Annaud, qui a des trous de mémoire !”

Ça peut être ça faire du cinéma…

Et pendant qu’à Cannes, les Chinois s’affichaient ou débattaient de la censure, un très discret Coréen, s’affairait caméra au poing. “La Caméra de Claire, c’est, raconte Jean-Marc Lalanne dans Les Inrockuptibles, le titre (de travail) du nouveau film d’Hong Sangsoo. Le prolifique cinéaste coréen l’a tourné à Cannes, pendant le Festival, à la marge de la manifestation. Il a ainsi bénéficié de la présence parmi les invités de deux de ses comédiennes. La ravissante Kim Min-hee, déjà interprète d’Hong Sangsoo dans Un jour avec, un jour sans [l’an dernier], présentait en compétition Mademoiselle de Park Chan-wook. Quant à Isabelle Huppert, montant les marches en fin de Festival pour Elle de Paul Verhoeven, elle retrouve le cinéaste pour la deuxième fois, quatre ans après In Another Country. Le 19 mai, la comédienne [longeait ainsi] la plage de La Bocca, filmée par une équipe réduite à cinq personnes. La tête enfoncée dans un chapeau, elle [portait] un manteau ceinturé jaune un peu hors saison. « Je porte la même tenue pendant tout le film, raconte Isabelle Huppert. J’ai proposé à Hong Sangsoo plusieurs tenues m’appartenant et il a flashé sur celle-là. Ça donne à mon personnage un côté inspecteur Clouzot. C’est un peu la panthère jaune. » Isabelle Huppert incarne Claire, une Française sillonnant parmi quelques Coréens en plein marivaudage adultérin (un mari, son épouse, sa maîtresse) et prenant compulsivement des photos. Fidèle à sa méthode, Sangsoo avance dans le tournage sans scénario, écrivant les dialogues et les délivrant à ses comédiens à la dernière minute. « Du coup, je n’ai pas une vue d’ensemble du récit, reprend la comédienne. Je ne connais que les scènes dans lesquelles je joue. Je crois néanmoins que le film sera plus sombre qu’In Another Country, qui était une fantaisie. »” Ce tournage, Isabelle Huppert l’a aussi raconté aux Cahiers du Cinéma, qui lui consacrent leur couverture à l’occasion d’une longue interview dans laquelle leur rédacteur en chef, Stéphane Delorme tente de “comprendre (autant soit peu) le mystère de son jeu, et simplement le mystère du jeu.” L’entretien a été réalisé à Paris, quatre jours avant le début du Festival, mais Isabelle Huppert se réjouissait déjà du tournage à venir : « C’est trop drôle, ça me plaît trop. Ça peut être ça faire du cinéma… »

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