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Du patrimoine national en temps de crise

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Nomination révolutionnaire des directeurs des vingt musées les plus importants d'Italie ; bronca des peintres allemands, dont Baselitz et Richter, contre la ministre de la Culture ; inéditesolution franco-hollandaise pour garder les deux Rembrandt des Rothschild : l'Europe du patrimoine en ébullition...
On parle souvent, ici, de nominations, dernier pouvoir régalien du ministère de la Culture en ces temps de disette budgétaire. Mais imaginez ce qui se passerait si « Le Monde annonçait qu'en un seul décret étaient nommés le directeur du Louvre, celui d'Orsay et du Centre Pompidou ainsi que ceux des Musées de Lyon, Marseille et Bordeaux… » C’est ainsi que le “critique d’art le plus renommé” d’Italie a commenté, dans La Repubblica, une « révolution » : “les directeurs des vingt musées les plus importants d'Italie nommés d'un seul coup : cela ne s'était jamais vu dans le monde un brin poussiéreux de ces institutions culturelles prestigieuses , rapporte le correspondant du Monde à Rome, Salvatore Aloïse. Si l'on ajoute que, parmi les vingt nouveaux nommés, sept sont étrangers (trois Allemands, deux Autrichiens, un Britannique et un Français), et notamment qu'un Allemand se retrouve aux manettes de la Galerie des Uffizi de Florence, fleuron du patrimoine artistique italien avec ses 2 millions de visiteurs par an, on comprend pourquoi on parle actuellement en Italie de « révolution ». […] En Italie, rappelle Le Monde il y avait grand besoin de s'attaquer à ce corps malade représenté par l'immense patrimoine artistique. Et d'énumérer les plaies que le ministre des biens culturels, Dario Fanceschini, a voulu ainsi soigner : une bureaucratisation freinant toute initiative, avec des responsables de musées considérés comme des préfets, défendant souvent positions et privilèges ; des difficultés de mise en valeur de l'immense richesse léguée par l'histoire ; sans oublier le manque de fonds et de personnels.”

Baselitz décroche Autre pays, même souci, mais autre méthode. Pour défendre elle aussi le patrimoine national, “la ministre de la Culture allemande, Monika Grütters, entend restreindre la liberté [des peintres allemands] de vendre leurs œuvres à l’étranger , a rapporté Juliette Bénabent dans Télérama. Fin 2014, un scandale avait suivi la vente, à New York, de deux tableaux d’Andy Warhol par la société de casinos allemande qui les détenait (et les exposait) depuis les années 1970. Pour empêcher que d’autres trésors ne quittent le pays, la ministre propose de soumettre à autorisation l’exportation des œuvres « majeures pour la culture nationale », même au sein de l’Union européenne (des limites existent déjà pour les autres pays). Devant ce projet de loi, qui sera soumis au Bundestag dans les prochains mois, des artistes se révoltent, comme le peintre Georg Baselitz, qui a entrepris de décrocher la dizaine de toiles prêtées au musée Albertinum de Dresde. Egalement furieux, le célèbre artiste Gerhard Richter a menacé dans la presse de « retirer [ses] tableaux des musées, les mettre rapidement sur le marché et les vendre » si la loi est votée.”

Richter déraisonne Gerhard Richter n’embête d’ailleurs pas que la ministre, il “fait [également] trembler les collectionneurs” , nous apprend Beaux-Arts Magazine. [Le peintre] refuse [en effet] de voir une partie de ses œuvres de jeunesse figurer dans son catalogue raisonné. Le peintre allemand a décidé d’exclure de celui-ci une série réalisée au début de sa carrière, entre 1962 et 1968, au moment de son passage à l’Ouest : des paysages industriels qui évoquent la RDA et sa ville natale, Dresde. Richter , rappelle Beaux-Arts Magazine, est, avec Jeff Koons, l’artiste contemporain le plus coté au monde. En 2014, les ventes publiques de ses œuvres ont généré 294 millions de dollars (soit 268,5 millions d’euros).” De quoi s’acheter pas mal de choses, deux Rembrandt, par exemple… Je vous avais parlé ici de ces deux portraits de 1634, “achetés par le baron Gustave de Rothschild en 1877, [et] considérés comme des chefs-d’œuvre du maître flamand. [Toujours propriété de] la branche française des Rothschild, évalués à 160 millions d’euros, ils ont obtenu l’agrément du ministère de la Culture pour être vendus à l’étranger. Il n’y a pas eu de mobilisation pour les retenir” , écrivait encore Le Figaro mardi 25 août. “S’est ensuivie, en France, une belle polémique. Tour à tour, le Louvre et la ministre de la Culture ont été accusés de laisser filer le patrimoine national à l’étranger.”

Pellerin innove Et voilà que le vendredi suivant, le même Figaro nous apprend, sous la plume de Claire Bommelaer, que ces tableaux “pourraient, si les vents sont favorables, vivre une nouvelle vie franco-hollandaise. […] À quelque chose malheur est bon ? , s’interroge-t-elle. Mise sur la sellette y compris dans la presse internationale, accusée de n’avoir même pas essayé de trouver les 160 millions d’euros, Fleur Pellerin a suggéré cet été à son homologue hollandais de la Culture, Jet Bussemaker, une porte de sortie. Dans une lettre envoyée mi-juillet à la famille Rothschild, les deux ministres proposent que les portraits soient acquis par [le Louvre et le Rijksmuseum] (chacun en achetant un). La paire serait ensuite présentée alternativement dans les collections de l’un puis de l’autre, avec des rotations de deux ou trois ans. « C’est une solution politique, inédite et qui plus est, européenne », explique-t-on dans l’entourage de la ministre. […] Aujourd’hui, plusieurs conditions sont nécessaires pour aboutir à la « solution » franco-hollandaise. La première, c’est une évidence, est que les différents membres de la famille acceptent le deal. Représentés par Éric de Rothschild, ils gardent pour l’instant un silence avisé. Selon [les] informations [du Figaro], ils ont déjà une autre offre. Les tableaux seront donc vendus, par un biais ou un autre. Les deux musées, eux, doivent trouver l’argent. En France, le Louvre se dit prêt à lancer des souscriptions, à faire appel au mécénat et à puiser dans son budget acquisitions. L’Élysée serait intervenu pour que Bercy joue le jeu. À Amsterdam, le Rijksmuseum affirme être « très intéressé par ces tableaux », refusant d’en dire davantage. Pour l’un comme pour l’autre, dénicher 80 millions d’euros est une gageure. Cette somme serait d’ailleurs un record pour l’achat d’une œuvre par le Louvre. Autre polémique en vue, en ces temps d’austérité ?” On n’a pas fini d’en reparler…

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