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L'affichage sauvage à Avignon, un "désastre écologique" pour le patron du Off

Effets d'affichage

6 min

L'accord sur l'assurance chômage des intermittents du spectacle du 28 avril entrera en vigueur mi-juillet. De quoi assurer la tenue des festivals de l'été, faute de contrer le désamour du monde de la culture pour ses tutelles. Pendant ce temps, le Off d'Avignon s'attaque à l'affichage sauvage...

L'affichage sauvage à Avignon, un "désastre écologique" pour le patron du Off
L'affichage sauvage à Avignon, un "désastre écologique" pour le patron du Off Crédits : 20 MINUTES - Sipa

“« Paradoxalement, si la négociation Unedic échoue et que l'Etat prend la main, la question des intermittents est réglée ». Jean-Patrick Gille, député socialiste spécialiste de l'intermittence, ne croyait pas si bien dire, note Solveig Godeluck dans Les Echos. Quelques minutes après le constat d'échec de la séance de jeudi, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, a réaffirmé sa volonté de mettre en œuvre le plan d'économies voté à l'unanimité par les partenaires sociaux le 28 avril sur les annexes 8 et 10 de la convention d'assurance-chômage – concernant les techniciens du spectacle et les artistes. « Sans attendre, le gouvernement transposera dans les règles de l'assurance chômage l'accord unanime signé le 28 avril 2016 par les partenaires sociaux du spectacle », assure le communiqué ministériel. « Le projet de décret nécessaire à cet effet sera transmis au Conseil d'Etat d'ici à la fin du mois de juin et publié au Journal officiel d'ici la mi-juillet, date à partir de laquelle il produira ses effets comme nous nous y étions engagés. » La CGT, majoritaire parmi les intermittents, ne devrait donc pas mettre à exécution sa menace de bloquer les festivals en juillet. Le risque était en effet que l'accord du 28 avril ne soit pas appliqué, mais soit remis sur le métier, suite à la prorogation de la convention actuelle. L'Unedic estimait que les réductions de coûts prévues n'étaient pas au rendez-vous et insistait pour faire plus d'efforts. Or si cet accord ne permet pas tout à fait d'atteindre les 105 millions d'euros d'économies par an souhaitées, il promet tout de même 84 à 93 millions de dépenses en moins. « Personne ne perd la face : on revient à la date anniversaire pour l'ouverture des droits, mais on plafonne le cumul des cachets et de l'indemnisation, ce qui aura un effet modérateur », souligne Jean-Patrick Gille, qui applaudit « un bon compromis, étonnant dans la période ! ».”

On disloque et on recolle

Sauf que, comme l’ont relevé aussi bien le député maire de Versailles François de Mazières que le collectif d’artistes et de directeurs d’institutions dont on avait cité ici la tribune publié dans Libération, “si l’Etat finance, même en partie seulement, l’assurance-chômage des intermittents du spectacle, c’est le budget de la Culture qui fondrait comme neige au soleil. […] Audrey Azoulay a beau multiplier les tweets et les communiqués [de victoire], elle a beau se déplacer et prendre parfois la parole, elle se retrouve, estime Armelle Héliot dans Le Figaro, devant ce mur à quelques jours du début des plus grandes manifestations spectaculaires de l’été, le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence et le Festival d’Avignon. Si les Nuits de Fourvière à Lyon, si le Printemps des comédiens, à Montpellier, se déroulent depuis quinze jours sereinement, on sent les tensions monter. Parmi les dernières décisions de la ministre, les nominations coordonnées, à Orléans, de Maud Le Pladec au Centre chorégraphique national et de Séverine Chavrier au Centre dramatique. Les femmes d’abord, les femmes à tout prix, tel est le credo. N’en discutons surtout pas, cela ferait mauvais genre, se défausse la critique théâtre du Figaro. Et puis, comme cela ne suffit pas, voici 7 millions d’euros supplémentaires destinés au fonds d’urgence pour le spectacle vivant, mis en place après les attentats du 13 novembre 2015. Une manne visant à « soutenir le secteur, en particulier à l’ouverture des festivals de l’été ». Il y a dans cette défausse précipitée quelque chose de pathétique qui ne peut cacher le désamour du monde de la culture pour ses tutelles, fussent-elles de gauche, juge encore Armelle Héliot qui, en retrouvant au Théâtre de la Bastille, Pierre Meunier et Raphaël Cottin s’escrimant [dans Buffet à vif] à réduire en miettes un bahut de bois à coups de hache et de boules de démolition, avant d’en disposer religieusement les vestiges sur le plateau, en compagnie de leur complice Marguerite Bordat et du public appelé à la rescousse, se disait qu’on avait là une belle métaphore de l’action politique en matière de culture. On disloque et on recolle.”

Folklore avignonnais

Alors qu’à Avignon, on ne pourra même plus du tout coller. “Avignon Off peut-il vivre sans affiches ?, s’interroge Igor Hansen-Løve dans L’Express. Il faut bien l’espérer, car il y a du changement vert dans l’air. Pour sa première année à la tête d’Avignon Festival & Compagnies – le Off –, l’association qui coordonne le plus grand festival de théâtre du monde, Raymond Yana a décidé de mettre fin à ce qu’il qualifie de « véritable désastre écologique ». Rien que ça. En cause, la quantité effarante d’affiches imprimées à destination des murs de la cité des Papes. Mais avant toutes choses, un peu de mathématiques. En vue des 1 416 spectacles qui s’y produisent, si, selon les chiffres avancés par le nouveau président, 80 % des compagnies collent chacune 1 250 affiches, quel est le nombre total d’affiches placardées lors de la manifestation ? 1 416 000 ! En 2015, 110 agents de propreté ont ramassé plus de 14 tonnes de pancartes, assure la mairie avignonnaise. Un véritable désastre écologique, donc. « Je suis un homme de compromis, tempère Raymond Yana. L’objectif n’est pas d’interdire l’affichage, mais de le limiter. Seuls certains formats, systèmes d’accrochage et matières biodégradables seront autorisés. » Voilà qui est dit. Mais quid du folklore avignonnais ?, s’inquiète le journaliste de L’Express. Ne disparaîtra-t-il pas avec cette nouvelle régulation ? « Il est de notre devoir de le faire évoluer, termine le président. Avec la mairie, nous avons donc proposé à des artistes de street art d’investir les murs de deux places de la ville. » Le dispositif a le mérite d’être moderne. Sera-t-il suffisant ?” Pas de consignes en revanche pour cet autre élément incontournable du « folklore avignonnais » qu’est la parade. Ça ne saurait tarder…

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