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"Mother and Child Divided" de Damien Hirst, à la Tate Modern en 2012

Ego et logo dans les mêmes bocaux

6 min

Certaines œuvres de Damien Hirst s'avèrent nocives pour la santé, mais celle de Michel Houellebecq est excellente, merci pour lui : il va exposer son check-up à la Manifesta de Zurich...

"Mother and Child Divided" de Damien Hirst, à la Tate Modern en 2012
"Mother and Child Divided" de Damien Hirst, à la Tate Modern en 2012 Crédits : Toby Melville - Reuters

“C’est le genre de petites infos qui font s’amuser sur l’inflation des prix dans le monde de l’art, et que nous livre une brève de Libération. La revue scientifique Analytical Methods, éditée par la Royal Society of Chemistry, a publié une étude qui explique qu’un gaz potentiellement dangereux se serait échappé d’œuvres du plasticien Damien Hirst lors d’une exposition à la Tate Modern de Londres, en 2012. L’anciennement « Young British Artist » est en effet connu pour ses carcasses d’animaux plongées dans des réservoirs de divers liquides. Or, la revue avance que les caissons n’étant pas étanches, des émanations de formaldéhyde, un gaz inflammable et cancérigène, auraient pu se révéler dangereuses pour le public.” “Le problème, précise Le Monde, affectait notamment Mother and Child (Divided), œuvre de 1993 montrant une vache et un veau coupés en deux, et Away from the Flock (1994), un agneau préservé dans une solution de formol”.

Comme un ping-pong au ralenti

Autant qu’on sache, Michel Houellebecq ne possède pas d’œuvre de Damien Hirst, en conséquence de quoi, “malgré son visage creusé, sa bouche édentée et son teint décrépi, il pète la forme, nous apprend Roxana Azimi, à nouveau dans Le Monde. C'est le docteur Henry Perschak, de la clinique privée Hirslanden de Zurich, qui l'assure. « Il sait, comme tous les grands fumeurs, qu'il joue à la roulette russe, mais bon, tout va bien », ajoute le médecin. Le bilan de santé de l'écrivain controversé n'a, a priori, pas lieu d'être rendu public. Sauf que l'intéressé a décidé de faire de son check-up une « installation artistique » qu'il présentera dans le cadre de la biennale européenne Manifesta, du 11 juin au 18 septembre à Zurich, à la même période que son exposition personnelle au Palais de Tokyo, à Paris, cet été. L'auteur français avait d'abord été invité à écrire un texte dans le catalogue de Manifesta. Le courant entre lui, l'artiste et le commissaire Christian Jankowski est si bien passé que ce dernier l'a invité à participer à l'événement en qualité d'artiste. Pour cela, il s'est plié au protocole imaginé par le curateur, à savoir collaborer avec un professionnel d'un champ différent du sien. « Il a su très vite ce qu'il voulait, raconte Georgina Casparis, membre de l'équipe curatoriale. Pour lui, une clinique privée helvétique était aussi énigmatique qu'une banque suisse. » Inversement, pour le médecin zurichois, Houellebecq avait tout d'une énigme. « J'avais lu des choses sur lui, mais il est loin de l'enfant terrible qu'on décrit dans la presse, rapporte Henry Perschak, qui l'a gracieusement examiné. Discuter avec lui, c'était comme faire un ping-pong au ralenti : il met du temps à répondre, parle calmement, de manière posée. Il est sarcastique, je n'irai pas jusqu'à dire cynique, et quand il rit, il me fait penser à Puck, le farfadet du Songe d'une nuit d'été. » En trois rencontres, l'affaire était pliée. « La première fois, je lui ai demandé : “Allons-nous parler d'art ?” En fait non, lui voulait parler médecine, poursuit le généraliste. C'est un sujet qui le fascine. Il m'a dit qu'il aurait voulu être médecin. » Lors de leur premier tête-à-tête, l'auteur de Soumission lui présente l'IRM de son cerveau ainsi qu'une angiographie récente. A priori rien à signaler. Suivront deux autres rendez-vous où le praticien pousse plus loin les examens. « Ce qui intéresse Michel Houellebecq, c'est le système sanguin, le flux du sang, les battements du cœur, confie-t-il. Il était fasciné par le son du doppler, qu'il a enregistré pendant plusieurs minutes. » D'aucuns verront dans l'étalage de ses résultats médicaux une énième preuve du narcissisme d'un auteur qui, après avoir semé le trouble dans les cercles littéraires, s'attaque à une sphère artistique qu'il avait passablement égratignée dans son livre La Carte et le Territoire. « Exhibitionniste ? Je ne suis pas sûr, tempère Henry Perschak. Il a eu des moments de doute. Je ne crois pas qu'il aurait montré les résultats s'il avait été malade. »”

Un "Louvre" plus mort que vif

Ceci dit, une telle exposition de l’ego peut être un bon calcul, car, nous apprend L’Obs, “être narcissique a des répercussions financières, surtout [bien sûr] lorsqu’on s’appelle Pablo Picasso ou Salvador Dali. Une étude de la Florida State University publiée dans The European Journal of Finance montre que plus un artiste possède un ego développé, plus il a de chances de voir son œuvre afficher des prix de vente record. Ce trait de caractère augmente le prix d’une œuvre de 16% en moyenne, quand les performances des ventes aux enchères peuvent croitre de 19%.” L’ego se manifeste aussi par le logo. Vous vous plaignez, Yasmine Youssi, dans Télérama, de la disparition du logo “étrange, magnifique et atypique” que Pierre Bernard avait conçu pour le Louvre, avec ses lettres blanches flottant sur des nuages “empruntés à la peinture flamande”. “Le plus célèbre musée du monde a [en effet] voulu changer sa charte graphique, expliquez-vous. L’appel d’offres a été remporté non par des graphistes mais par une agence de communication. Et la création de Bernard a disparu des affiches, au profit d’un bandeau mortuaire frappé d’un « Louvre » plus mort que vif. Qu’on se rassure ! Il n’est pas fait pour durer et sera utilisé le temps que le Louvre et les ayants droit de Bernard (décédé en 2015) s’entendent sur la manière d’intégrer son logo à la nouvelle identité du musée. N’aurait-il pas mieux valu attendre qu’ils s’accordent sur la charte graphique ?, vous interrogez-vous. Et fallait-il, en ces temps de disettes budgétaires, privilégier les dépenses de communication ? Oui, ont répondu en chœur plusieurs institutions culturelles parisiennes ! L’Opéra Bastille, l’Odéon, le Français et l’Ecole des beaux-arts ont eux aussi changé leur logo récemment. Et l’ego (tiens le revoilà) de leurs nouveaux directeurs n’est pas seul en cause : au moment où l’argent public se fait rare, il s’agit, pour certaines d’entre elles, d’attirer le chaland afin de récupérer des recettes propres. Comme n’importe quelle entreprise commerciale. Tous les moyens sont bons. […] L’institution devient une marque, et la culture un produit qu’il convient de vendre au mieux. La stratégie est claire”… comme un bocal de formol.

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