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Employabilité

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Pour jouer à la Comédie-Française (et dans le théâtre français en général), mieux vaut être Blanc (et entendant)...
“La Comédie-Française l’a annoncé sur son compte Twitter , a-t-on pu lire dans Libération , Le Figaro et Le Parisien : la comédienne fétiche de Patrice Chéreau (de La Reine Margot à Ceux qui m’aiment prendront le train), l’actrice aux quatre Césars et aux deux Molières, Dominique Blanc, sera pensionnaire du Français à partir du 19 mars 2016. Elle y débutera avec le rôle d’Agrippine, dans Britannicus de Racine, mise en scène de Stéphane Braunschweig.” Bienvenue donc à Dominique Blanc. Mais saviez-vous qu’Amélie Nothomb, toute belge qu’elle soit, est elle aussi au Français ? C’est L’Express qui nous l’apprend. D’après l’hebdomadaire, “Amélie Nothomb ne cache pas son plaisir de siéger au comité de lecture de la Comédie-Française. En compagnie notamment de l’ex-garde des Sceaux Robert Badinter, de Jérôme Clément (ex-président d’Arte) et de la philosophe Sylviane Agacinski (à la ville, Mme Jospin), la prolifique romancière belge sélectionne des textes pour le répertoire du Français. Sa plus grande fierté : avoir introduit des pièces de Yukio Mishima, dont la fameuse Madame de Sade. « Il a fait de l’épouse du marquis une parfaite femme japonaise », dit-elle, souriante.”

Faut-il être sourd pour jouer un rôle de sourd ?
La brève ne dit pas si Amélie Nothomb a joué un rôle dans l’entrée au Français des Enfants du silence , toujours est-il que la mise en scène dont nous allons disputer tout à l’heure fait vacarme, comme le raconte Le Parisien. “Faut-il être sourd pour jouer un rôle de sourd ? , s’interroge Thierry Dague. En confiant à des acteurs entendants les personnages des Enfants du silence, pièce culte de 1986 où une jeune sourde tombe amoureuse d'un entendant, la Comédie-Française ne pensait pas déclencher une telle levée de boucliers. [Le 15 avril], devant la salle du Vieux-Colombier, où se tenait la première, une soixantaine de manifestants ont protesté contre ce casting à l'audition parfaite. « Prendriez-vous un Blanc pour incarner un Noir ? » interrogeaient les mécontents. A la tête du mouvement, Levent Beskardes, qui avait mis en scène, en 1992, la première version française de cette pièce américaine. Les Enfants du silence avaient révélé Emmanuelle Laborit, première comédienne sourde couronnée d'un Molière, pour le rôle de Sarah, une forte tête qui refuse de parler et ne s'exprime qu'en langue des signes. Selon Beskardes, l'auteur Mark Medoff souhaite que son œuvre soit « interprétée impérativement par des comédiens sourds ». Medoff , relève Le Parisien, a pourtant bien cédé ses droits à la Comédie-Française, où seuls les membres de la troupe peuvent jouer. Françoise Gillard, sociétaire depuis dix-sept ans, incarne Sarah, dirigée par Anne-Marie Etienne. Pendant près d'un an, elle a appris la langue française des signes. « Nous avons travaillé tous les jours, dans le respect de cette langue, souligne la comédienne. Cela me fait de la peine d'entendre ces réactions. Le propre de l'acteur, c'est de jouer ce qu'on n'est pas. » […] Sur le site de l'International Visual Theatre qu'elle dirige, Emmanuelle Laborit regrette que « les artistes interprètes sourds peinent à trouver du travail ». « S'opposer à un spectacle ne correspond pas à ma philosophie, poursuit-elle, mais se pose la question de la place de l'artiste sourd et de son employabilité. »

Pas courant de trouver une peau noire ou basanée dans les rôles d'Antigone ou de Juliette, du Malade imaginaire , de Lorenzaccio ou de Phèdre
« Prendriez-vous un Blanc pour incarner un Noir ? » , interrogeaient les manifestants du 15 avril. « Prendriez-vous un Noir pour incarner un Blanc ? », c’est en substance la question que posait, lundi 30 mars au soir, un débat qui se tenait au Théâtre national de la Colline, pour clôturer un programme expérimental baptisé « Ier acte ». “En 2014, rapporte Maryline Baumard dans Le Monde , la Colline a sélectionné 21 jeunes acteurs talentueux ayant, dans leur parcours artistique ou personnel, fait l'expérience de la discrimination. « Nous souhaitons promouvoir une plus grande diversité dans le recrutement des écoles d'acteurs et sur les plateaux de théâtre », rappelle Stéphane Braunschweig, son directeur. « Ce qui se passe aujourd'hui en France en matière théâtrale est l'équivalent du contrôle au faciès dans la rue, regrette pour sa part le metteur en scène Stanislas Nordey, à la tête du programme. On ne va pas tout changer avec Ier acte, mais nous sommes des “ouvreurs” et souhaitons, par notre action, poser haut et fort cette question honteuse de la couleur de peau au théâtre en 2015 », insiste le nouveau directeur du Théâtre national de Strasbourg. Contrairement aux scènes britannique ou américaine, la française n'a pas fait sa révolution , juge Le Monde. Pas courant d'y trouver une peau noire ou basanée dans les rôles d'Antigone ou de Juliette, du Malade imaginaire, de Lorenzaccio ou de Phèdre. Les grandes scènes ne s'y risquent guère, confirmant que le théâtre reste une affaire de Blancs, sur les planches comme dans les écoles. « Au concours d'entrée au Conservatoire, j'ai entendu des membres du jury hésiter à sélectionner un excellent comédien à cause de sa couleur de peau. “Ça va être difficile de le distribuer”, plaidaient-ils », regrette le comédien Nicolas Bouchaud engagé dans Ier acte – avec une longue liste de comédiens et metteurs en scène talentueux. Ce raisonnement est ancré même chez les plus progressistes et Stéphane Braunschweig le reconnaît. « J'avoue m'être empêché d'opter pour un acteur de couleur en me demandant quel sens on allait donner à mon choix », confie-t-il, persuadé qu'aujourd'hui, « compte tenu de la montée du Front national, il faut avancer ».” Et la journaliste du Monde de rappeler que “le trombinoscope des pensionnaires et des sociétaires de la Comédie-Française ne montre qu'un visage noir : Bakary Sangaré. Dans l'histoire de ce lieu mythique, un autre artiste à la peau sombre était entré avant lui. Mais Georges Aminel a jeté l'éponge au bout de cinq ans, s'estimant cantonné à des rôles mineurs. C'était en 1972.”

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