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Faut wigoler, faut wigoler

5 min

L'annonce de casting polémique sur critères ethnoraciaux était un faux, mais Roger Moore trouve vraiment qu'Idris Elba n'est pas assez "English-English" pour jouer James Bond. Quant à Ben Affleck, il a fait pression pour qu'une émission américaine ne mentionne pas son ancêtre esclavagiste. Bienvenue dans "l’épicerie globalisée du politiquement correct"...
Je vous ai parlé la semaine dernière de cette “annonce de casting [qui avait] fait bondir comédiens et anonymes.” En fait, Lauren Provost a révélé très tôt sur le Huffington Post “que cette annonce polémique n'était pas une vraie offre mais, au contraire, une façon pour deux acteurs de dénoncer les clichés dans leur profession. […] Tout dans cette annonce jouait sur des clichés racistes : le personnage de Mamadou, le noir « agressif », était « comique sachant danser » (pour candidater, « avoir habité en cité était un plus »), Rachid, l'arabe, un « fin voleur », François, le blanc, était « intelligent, beau et riche, héritier d’une grande fortune ». Quant à Henri, il devait savoir « parler et se comporter comme une racaille du ghetto noir (cf. Joey Starr) et parler bourgeois blanc (être né dans le 16e était un plus) ».”

"Citez moi un film français avec un Indien, un Chinois dans le rôle principal ?"
Derrière cette annonce, le Huffington Post a déniché “Andrew Tisba, acteur et réalisateur de 23 ans et Marie Eymel, actrice et productrice de 21 ans. Leur annonce est fausse mais n'en reste pas moins un vrai coup de gueule, un acte de « révolte contre la récurrence des clichés ethniques, dégradants et l'obligation des acteurs de ces ethnies de jouer systématiquement cela », ont tenu à dénoncer les deux comédiens. « Nous avons voulu dénoncer le racisme en publiant une annonce clichée, dénoncer les clichés avec des clichés », a résumé Andrew Tisba, jeune professionnel au « métissage pluriculturel » comme il se décrit dans un entretien avec L'Express , qui les a rencontrés. Pour écrire leur annonce, Andrew Tisba et Marie Eymel expliquent s'être basés sur des descriptions lues dans des annonces sérieuses, sur des rôles qui existent bel et bien dans des films, en commettant des « maladresses volontaires ». « Faire un bon film comique avec des clichés n'est pas forcément mal, reconnaissent les deux acteurs en citant Spoof Movie, Big Mama ou encore Les Lascars et Les Kairas. Le problème en France, c'est de ne pas réussir à faire des films sans clichés ou de systématiquement en faire avec les mêmes clichés. Au fur et à mesure, cela devient rabaissant ou frustrant pour les communautés concernées. Citez moi un film français avec un Indien, un Chinois dans le rôle principal ? Et qui ne joue pas un vendeur de marrons ou un adepte de kung-fu », font remarquer Andrew Tisba et Marie Eymel au HuffPost .”

Propos pas très malins et récriminations outragées
Pendant ce temps-là, grâce aux SonyLeaks, on a appris que l’acteur noir Idris Elba était envisagé dans le rôle de James Bond. Résultat, “Roger Moore, 87 piges au compteur, [s’est retrouvé fin mars] au cœur d’une polémique après ses propos sur [cette] éventualité , rapporte Didier Péron dans Libération. Dans une interview à Paris Match, il [a déclaré] qu’il y a quelques années, il avait évoqué la candidature de Cuba Gooding Jr., mais à titre de « plaisanterie », poursuivant qu’il lui semblait que le personnage devait être interprété par un acteur « English-English » et qu’Elba, par ailleurs né à Londres, n’était pas un choix réaliste. Médias et réseaux sociaux, toujours en recherche d’un coup de chaud, se sont jetés sur la bête passablement déplumée. Moore s’est exprimé sur Twitter pour dire que ses propos avaient été mal traduits. Elba, l’acteur de la série The Wire, qui fait partie de la top-list des remplaçants potentiels de Daniel Craig, n’a pas jugé utile de se mêler au débat ni de participer au concert de récriminations outragées. […] Les propos [de Roger Moore] sur Elba ne sont pas très malins , juge le critique de Libération, mais l’attitude vindicative qui règne dans l’épicerie globalisée du politiquement correct est tout aussi lassante.”

"Un goût amer"
En témoigne cette nouvelle polémique, qui vise cette fois Ben Affleck. “Le 17 avril, raconte Thomas Sotinel dans Le Monde, le Daily Mail révèle que le professeur Henry Louis Gates, universitaire de renom, spécialiste de l'histoire des Afro-Américains, qui est aussi le producteur de l'émission « Finding Your Roots » (« Trouvez vos racines »), a demandé conseil au PDG du studio Sony Pictures, Michael Lynton, au sujet d'une célébrité qui voudrait garder un secret. « Finding Your Roots », qui est diffusé par le réseau public américain PBS, explore la généalogie de personnalités publiques. Ben Affleck a ainsi découvert qu'il descendait en droite ligne de Benjamin Cole, propriétaire d'esclaves à Savannah, à la veille de la guerre de Sécession. On découvre la suite dans un e-mail de Henry Louis Gates à Michael Lynton, envoyé à l'été 2014 : « L'un de nos invités nous a demandé de retirer du montage un élément concernant l'un de ses ancêtres – le fait qu'il ait possédé des esclaves. Personne ne nous a jamais demandé de censurer l'une de nos découvertes. C'est une méga star. Que faire ? » Ce à quoi Michael Lynton répond : « Je l'enlèverais, à condition que personne ne s'en aperçoive. » Mais Lynton s'apprête, au moment où il prodigue ses conseils, à sortir en salles L'Interview qui tue, ce qui entraînera le piratage de toutes les données de Sony Pictures, un butin que WikiLeaks vient de classer et de mettre en ligne. Tout le monde s'est aperçu de la tentative de dissimulation de Ben Affleck, [qui s’est justifié] sur sa page Facebook, faisant valoir que la découverte de cet ancêtre lui avait « laissé un goût amer » et qu'il avait exercé sur le professeur Gates la même influence « que sur un réalisateur ».”

Une blague
Le même jour, Le Monde publiait cette brève de l’AFP : “Plusieurs acteurs amérindiens ont quitté le tournage du film The Ridiculous Six, parodie des Sept Mercenaires, d'Adam Sandler, critiquant les stéréotypes autour des Apaches. Un porte-parole de Netflix, qui détient les droits du film, a déclaré que le film était une « satire » et que tous les acteurs participaient à une « blague ».” Puisqu’on vous dit que tout ça, c’est pour rigoler…

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