LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
"Café Society", de Woody Allen, en ouverture du Festival de Cannes

Francocinéphilie

5 min

Quelle place les plates-formes de visionnage en ligne et Netflix en particulier, font-ils aux films français ? Comment les voir aux Etats-Unis ? Le mieux reste encore d'aller dans des salles d'art et essai, à l'exemple du Metrograph qui vient d'ouvrir à New York avec une rétrospective Jean Eustache.

"Café Society", de Woody Allen, en ouverture du Festival de Cannes
"Café Society", de Woody Allen, en ouverture du Festival de Cannes Crédits : Copyright Gravier Productions, Inc. - Sabrina Lantos

Le Festival de Cannes annoncera sa sélection dans 9 jours, le 14 avril, et distille en attendant de menues informations. On a ainsi appris jeudi que, “pour la troisième fois, [c’est] un film de Woody Allen [qui] ouvrira le Festival, le mercredi 11 mai. Il sortira le même jour en France. Café Society, dont la distribution réunit Kristen Stewart, Jesse Eisenberg, Blake Lively, Parker Posey et Steve Carell, succédera ainsi à Hollywood Ending en 2002, et Midnight in Paris en 2011. La présence de ce film à cette position est pourtant une révolution, estime Thomas Sotinel dans Le Monde. C'est la première fois que la sélection officielle du Festival de Cannes fait une place – et pas n'importe laquelle – à un film financé par et destiné à une plate-forme de visionnage en ligne, en l'occurrence Amazon. En France, où Amazon Prime, la plate-forme du géant de la vente en ligne, n'est pas accessible, Café Society sera distribué par Mars Films, l'une des plus grosses sociétés indépendantes du secteur, et suivra ensuite les étapes de la chronologie des médias. Aux Etats-Unis, où les films de Woody Allen ont récemment connu de jolis succès en salles (avec 56 millions de dollars, soit 50 millions d'euros de recettes, Midnight in Paris a battu le vieux record de Hannah et ses sœurs – autre film du cinéaste présenté à Cannes), on observera avec attention le parcours de Café Society. Contrairement à Netflix, qui pratique la politique du « day and date », consistant à sortir simultanément les films en salles et en ligne (ce fut le cas de Beasts of No Nation, sélectionné à Venise), Amazon s'est engagé à laisser ses longs-métrages vivre leur vie au cinéma.”

Netflix n'aime plus le cinéma français

Le « day and date » de Netflix souffre toutefois quelques exceptions. Le Petit Prince se retrouve ainsi privé de cinéma aux Etats-Unis, nous apprend une brève de La Croix. “L’adaptation cinématographique très libre du [livre d’Antoine de Saint-Exupéry] devait sortir aux Etats-Unis [le 18 mars], mais son distributeur, Paramount, a annulé à la dernière minute son exploitation, sans donner d’explication. Selon plusieurs médias américains, le film de Mark Osborne, César du meilleur long métrage d’animation, ne sortira pas en salles, car c’est Netflix qui le diffusera bientôt sur sa plate-forme de vidéos à la demande.” Et ce sera une exception. Car “« Netflix n’aime plus le cinéma français », [a titré] le site Zdnet, cité par une brève de Libération, qui nous apprend que le service de VOD a réduit son catalogue hexagonal de 200 à 84 films français, une offre « anecdotique » qui uniformise les contenus et valorise les créations originales… produites par Netflix.”

                                                                                                                                                                                                                                                                            Un lieu pour les cinéastes et les fans de cinéma                                                                                                            

Comment faire alors pour voir des films français quand on est aux Etats-Unis ? Déjà, il faut aller à New York. “Les salles d’art et d’essai new-yorkaises ne connaissent pas la crise”, nous assure Gaétan Mathieu, qui est parti en reportage pour Télérama au Metrograph. “Début mars, le cinéma d’art et d’essai, inauguré quelques jours auparavant devant l’intelligentsia new-yorkaise, [a débuté] avec succès sa rétrospective Jean Eustache. [La Maman et la Putain affichait complet.] Peu de villes dans le monde sont à même de remplir une salle de 175 places pour une projection d’un film en noir et blanc de Jean Eustache datant de 1973. New York est l’une d’entre elles. […] Situé dans le quartier très vivant du Lower East Side, le lieu comprend deux salles de cinéma, un comptoir de confiseries auxquels s’ajouteront, mi-avril, une librairie centrée sur le cinéma, deux bars et un restaurant. L’endroit a été conçu à l’image des studios hollywoodiens de la MGM et de Paramount des années 1920, qui étaient des villes dans la ville, avec leurs hangars pour les tournages, mais aussi leurs restaurants, cafés, coiffeurs, ou encore leurs bureaux de poste. « Les studios avaient créé tout un environnement autour du cinéma où l’on écrivait, tournait et parlait des films. Je peux tout à fait imaginer des scénaristes s’asseoir au bar du Metrograph et écrire leur scénario », explique Alexander Olch, [son fondateur]. Les salles ont été conçues afin d’être utilisées par les réalisateurs qui souhaitent travailler en journée sur le premier montage de leur long-métrage. Le milieu du cinéma a déjà répondu présent lors de la soirée d’ouverture du Metrograph où se croisaient, entre autres, Sofia Coppola, Jim Jarmusch, Darren Aronofsky, Noah Baumbach et Dustin Hoffman. « C’est un lieu pour les cinéastes et les fans de cinéma », résume son fondateur. […]

Le cinéma français au-delà de la Nouvelle Vague

La programmation est on ne peut plus variée avec la diffusion, cette même semaine, de trois documentaires de Frederick Wiseman, de Boarding Gate d’Olivier Assayas et du court-métrage de Jean Eustache Le Cochon, projeté en 16mm et sans sous-titres. […] L’ouverture du cinéma avec une rétrospective Jean Eustache n’a rien du hasard. « Jean Eustache fait partie de cette génération de cinéastes qui allaient à la cinémathèque pour voir des films du monde entier des décennies précédentes », explique la programmatrice Aliza Ma [une ancienne des festivals de Toronto et de Sundance]. « Ses films reflètent son expérience de spectateur. Nous voulons que Le Metrograph soit une cinémathèque qui inspire des cinéastes. Peut-être auront-ils une révélation après avoir vu La Maman et la Putain ». […] Reste à savoir si une ville comme New York peut apprécier le cinéma français au-delà de la Nouvelle Vague. Lors de son premier week-end, le Metrograph a projeté Masculin, Féminin de Jean-Luc Godard à 23h, devant une salle pleine de jeunes couples. Si les films de la Nouvelle Vague sont perpétuellement projetés dans les salles d’art et d’essai des Etats-Unis, le Metrograph espère désormais amener la nouvelle génération vers un cinéma français plus contemporain.” Et ça, c’est déjà moins gagné : “ mi-avril, Vincent Lindon présentera au Metrograph une rétrospective de sa carrière à l’occasion de la sortie américaine de La loi du Marché. « Vincent est une star en France, il y est omniprésent. Mais aux Etats-Unis, seuls les fans de Claire Denis le connaissent », précise Aliza Ma.” C’est bien la peine de remporter un prix d’interprétation à Cannes, tiens…

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......