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"Batman v Superman : L'Aube de la Justice", de Zack Snyder

Grosse fatigue

6 min

La surenchère de héros en collant montre comment les franchises sont devenues une question de survie pour les studios américains. En France, les prochains mois nous promettent le retour de Jacquouille la Fripouille, Patrick Chirac et Brice de Nice. Du cinéma populaire pas si snobé que ça...

"Batman v Superman : L'Aube de la Justice", de Zack Snyder
"Batman v Superman : L'Aube de la Justice", de Zack Snyder Crédits : © Warner Bros. Entertainment Inc.

« Les super-héros sont fatigants », titre Le Figaro. “Pompier, ennuyeux, dénué d’humour, Batman v Superman. L’aube de la justice [sorti mercredi dernier] signe-t-il le crépuscule du genre au cinéma ?, s’interroge le quotidien. De ce match entre les deux titans de DC Comics, personne ne sort gagnant. Surtout pas les spectateurs.” « Les superhéros sont super fatigants », surenchérit Télérama. “Exploitant la source inépuisable des comics, les blockbusters américains peuplés d’hommes surpuissants envahissent les écrans. Et les studios font dans la surenchère. Jusqu’à l’overdose”, se plaint l’hebdomadaire culturel. Sauf que, comme le décrypte Phalène de La Valette dans Le Point, cette nouvelle livraison est, pour le studio qui l’a produit, « le film de la dernière chance ».

Un besoin impératif de nouvelles locomotives

“En lançant sur les écrans Batman v Superman, Warner-DC joue [en effet] son va-tout dans la bataille des superhéros face au rival Disney-Marvel. Un choc des titans dont voici les enjeux. […] Longtemps, rappelle la journaliste, la collaboration entre DC et Warner s’est faite de façon désordonnée. Le plus souvent, l’éditeur ne prenait aucune part aux adaptations cinématographiques de ses franchises, lesquelles étaient confiées à des réalisateurs rarement versés dans la science des comics. Le studio semblait n’avoir aucune vision d’ensemble, se contentant de piocher dans l’immense catalogue de DC et de produire des suites à tire-larigot. [Sauf] qu’avec la fin de la saga Harry Potter en 2011, la fin de la trilogie du Dark Knight en 2012 et celle du Hobbit en 2014, Warner ne dispose plus d’aucune franchise suffisamment puissante pour concurrencer les Avengers et les Star Wars milliardaires de Disney. Pour éviter de se laisser distancer et redynamiser les ventes de produits dérivés, il lui faut impérativement trouver de nouvelles locomotives. […] Batman v Superman doit permettre d’introduire une cavalcade d’autres superhéros, parmi lesquels Wonder Woman, Aquaman et The Flash. Ils ont chacun leur épisode solo programmé au cours des deux prochaines années, et, sur un modèle similaire à celui des Avengers, seront réunis dans le premier volet de Justice League, le 17 novembre 2017. […] Le problème, c’est que tous ces beaux projets pourraient s’écrouler si la rencontre entre Batman et Superman ne se déroulait pas aussi bien que prévu. Or, étant donné son coût exorbitant (on parle de plus de 400 millions avec les frais marketing), « s’il plafonne à 600 millions de dollars de recettes mondiales comme Man of Steel [le Superman de Zack Snyder lancé en 2013 par Warner], alors ce sera fini », confie [au Point] Mark Millar, le scénariste de comics le plus influent à Hollywood. […] Les observateurs du milieu pointent un autre écueil. Selon eux, il manque à Warner un homme providentiel de la trempe de Kevin Feige, le patron de Marvel Studios, quelqu’un capable d’harmoniser la production de toutes les œuvres DC. Faute de vision d’ensemble, les scénaristes se multiplient (cinq rien que pour Wonder Woman] et les décisions sont prises par une légion de dirigeants. « C’est comme s’ils jetaient de la merde sur un mur pour voir ce qui colle », décrivait une mauvaise langue en 2015 dans le Hollywood Reporter.”

Houellebecq à Saint-Tropez

Et en France, qu’est-ce qu’on jette sur les murs pour voir si ça colle ? “Ils ont Superman, Iron Man et Captain America. Nous, écrit Adrien Gombeaud dans Vanity Fair, nous avons Jacquouille la Fripouille, Patrick Chirac et Brice de Nice. Après Les Tuche 2 cet hiver, Les Visiteurs : La Révolution arrive avec le printemps. Ils seront suivis de Camping 3 en été et Brice 3… parce que j’ai cassé le 2 à l’automne. Créatures de casino, ces drôles de superhéros à la française remettent en jeu leur popularité à chaque retour sur les écrans. Ils n’ont cependant que peu de points communs avec les mastodontes industriels hollywoodiens. Quel que soit leur sort à la roulette du box-office, les « franchises françaises » restent des produits de fabrication artisanale. […] Harry Potter ou Batman peuvent changer régulièrement de cinéastes, mais Le Cœur des hommes et La Vérité si je mens ! restent liés à Marc Esposito ou à Thomas Gilou. […] Fabien Onteniente, le metteur en scène de Camping, n’envisagerait pas qu’un autre poursuive sa franchise après lui : « Même si je sais bien qu’on le range dans la catégorie pop-corn, pour moi, Camping est un film d’auteur. Ce n’est pas du prêt-à-porter, mais du cousu main. Ces films sont construits sur des éléments très personnels, liés à la vie de Franck Dubosc et à la mienne. Il faut aussi comprendre que Camping est un numéro d’équilibriste. Au moindre écart, on bascule dans la vulgarité. […] Les gens voient le personnage de Patrick Chirac comme un simple beauf. Or Patrick Chirac, c’est avant tout une immense solitude ! »” Partagée par beaucoup, puisque “Camping 1 et 2 ont été vus par plus de 9 millions de spectateurs. La saga des Visiteurs a fait rire près de 22 millions de Français. Dessins animés compris, les Astérix représentent quelque 48 millions d’entrées. A cela s’ajoutent les diffusions à la télévision. Bien qu’attendus et aimés par les spectateurs, ces films sont apparemment snobés par la critique et les élites. En apparence seulement. En 2014, rappelle l’enquêteur de Vanity Fair, une caméra de Canal surprend la ministre de la Culture Fleur Pellerin, en pleine conversation avec Michel Hazanavicius : « Mon rêve, lui dit-elle, serait de jouer dans OSS 117 n° 3. Même si je passe derrière, comme Hitchcock. C’est possible ou pas ? » Selon Fabien Onteniente, Camping serait l’une des comédies favorites d’Alain Cavalier, le réalisateur de l’austère Thérèse. Il paraît même que Michel Houellebecq est friand de comédies populaires. « J’étais invité au mariage de Frédéric Beigbeder, se souvient Onteniente, on s’ennuyait pas mal jusqu’à ce que Houellebecq se mette à nous rejouer la saga du Gendarme ! Il connaissait tous les dialogues et il a fait tous les rôles : les hommes, les femmes, Louis de Funès, Michel Galabru, Jean Lefebvre… eh bien, croyez-moi, Houellebecq dans Le Gendarme de Saint-Tropez, c’était le meilleur moment de la soirée ! »” Bientôt sur tous vos écrans ?

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