LE DIRECT

"Il n'y a pas trop d'orchestres en France, il n'y en a pas assez !"

5 min

En France, les orchestres meurent lentement du sous-financement public. Et à l'étranger, comment ça se passe ?
“En tournée à Vienne, Cologne et Berlin, fin mars, les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Radio France ont vu leur prestation saluée dans la presse allemande , rapportent dans Le Monde Clarisse Fabre, Stéphane Lauer et Philippe Bernard. Jean-Pierre Odasso, trompettiste et représentant non syndiqué des musiciens du « Philhar », ne manque pas de relever ces « critiques dithyrambiques » qui [tranchaient] avec le climat français, en pleine grève de Radio France et à l'heure où la Cour des comptes [préconisait] la fusion des deux orchestres que sont le « Philhar » et l'Orchestre national de France (l’ONF). [On sait que la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a tranché depuis pour le maintien des deux formations.] Ces tournées à l'étranger permettent aussi de mesurer que les turbulences ne sont pas propres à la France , rappelle Le Monde. Quel que soit leur mode de financement, public ou privé, les orchestres symphoniques traversent des moments très difficiles, subissant une baisse du soutien public ou la chute des recettes du mécénat.

Les orchestres, un service public

Philippe Fanjas, président de l'Association française des orchestres, laquelle regroupe vingt-sept orchestres – soit la totalité du territoire, moins ceux de l'Opéra de Paris et de l'Opéra de Lyon –, s'inquiète de la « mort lente » qui menace les formations musicales. Il défend l'idée que les orchestres sont des « services publics », à l'image de la santé ou de l'école. En France, alors que les orchestres sont financés essentiellement par les fonds publics, le soutien de l'Etat « stagne en euros constants depuis 2004 », souligne Philippe Fanjas. Certaines collectivités locales prennent le relais, d'autres se désengagent. Les orchestres de Radio France sont, quant à eux, financés sur le budget de la radio publique, lequel repose sur la redevance. « Chaque orchestre reçoit une dizaine de millions d'euros », [indiquait-t-on] prudemment à la direction de Radio France, en cette période où le moindre chiffre [mettait] le feu aux poudres. Le modèle de financement public français n'est pas isolé, ajoute Philippe Fanjas : « Il concerne l'Europe du Nord, la Suède, la Norvège, le Danemark, et tout particulièrement la Finlande, laquelle compte seize [oui, seize !] orchestres permanents pour 5,5 millions d'habitants. Mais aussi l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, et aussi l'Europe de l'Est. »

5 orchestres pour la BBC

“Soyons provocateurs , ose Christian Merlin dans Le Figaro : il n'y a pas trop d'orchestres en France, il n'y en a pas assez ! La confusion actuelle à Radio France (l’article est paru au quinzième jour de grève) invite à se pencher sur l'expérience d'autres pays , propose-t-il lui aussi. Certains offices publics de radio ont déjà opté pour la fusion. C'est le cas de la RAI, qui a réuni en un seul ses trois orchestres de Rome, Milan et Turin, comptant sur les départs en retraite non remplacés pour dégonfler à terme des pupitres disproportionnés : un orchestre aujourd'hui sans profil artistique. Fusion prévue aussi entre Baden-Baden et Stuttgart, au sein de la radio régionale SWR : le monde musical consterné se bat encore pour empêcher cette hérésie, qui tire un trait sur deux phalanges dotées chacune d'une histoire et d'une tradition prestigieuses. D'autres radios entretiennent plusieurs orchestres. C'est le cas de la Radio bavaroise, à Munich, où la coexistence est rendue plus facile par le fait qu'il y a un orchestre A, le Symphonique, l'un des meilleurs du monde avec son chef Mariss Jansons, et une formation B, le Rundfunkorchester, spécialisé dans les récitals lyriques, les opéras en version de concert et la musique de divertissement. La BBC, elle, abrite pas moins de cinq formations. À Londres, le BBC Symphony et le Concert Orchestra, destiné à la musique légère, à Manchester, le BBC Philharmonic, ainsi qu'une phalange pour la station écossaise et une autre pour la chaîne galloise. Berlin offre un exemple réussi d'externalisation d'un orchestre : à la chute du Mur, pour éviter que la Radio de Berlin ne compte deux formations, le Radio-Symphonique est devenu une SARL dans le capital de laquelle la Radio nationale allemande entre pour 40 %, l'État fédéral pour 35 %, le Land de Berlin pour 20 % et la Radio de Berlin pour 5 %. Avec ses trois orchestres symphoniques permanents (Orchestre de Paris, Orchestre national, Orchestre philharmonique), Paris n'est pas en avance sur Berlin et ses cinq phalanges (Philharmonique, Staatskapelle, DSO, RSB, Konzerthaus) ou Londres, qui en compte autant (Philharmonia, London Symphony, London Philharmonic, Royal Philharmonic, BBC Symphony).

"No work no pay"

Les différences de modèles économiques et sociaux n'en sont pas moins importantes selon les pays , précise le critique musical du Figaro. Aux États-Unis, les orchestres n'ont pas de financement public mais les musiciens sont salariés. En Grande-Bretagne, le financement est aussi privé, mais les musiciens permanents ne sont payés que lorsqu'ils jouent, selon le principe «no work no pay». Sans parler des ensembles baroques et de chambre qui ne se réunissent qu'au contrat, pour des projets spécifiques, et non à l'année. En Allemagne, les subventions n'excluent pas un autofinancement important : le Philharmonique de Berlin, dont les musiciens pratiquent l'autogestion, est une fondation de droit public faisant une très large part aux ressources privées, ce qui n'est pas encore dans la culture (ni dans la législation) française.” Tout est dans le « pas encore »

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......