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L'empire (cannois) contre-attaque

5 min

La presse n'a pas aimé la 68e édition du festival de Cannes. Ses dirigeants le lui rendent bien. Que pensent-ils de l'accueil critique américain à United Passions , le film à la gloire de la FIFA, présenté à Cannes en 2014 ? La période post-cannoise est aux règlements de compte contre la presse. Ça a commencé dans La Croix , où le tout nouveau président du Festival de Cannes, Pierre Lescure, réagit “en journaliste” au traitement médiatique de la manifestation. “Trop de critiques n’écrivent que pour eux et quelques copains , déplore-t-il. On ne peut pas étaler un tel mépris, user de mots jamais assez durs pour disqualifier certains et totalement excessifs pour en louanger d’autres, vivre à ce point en circuit fermé et méconnaître la réalité dynamique du 7e art.” Revenant sur sa prestation en ouverture de la conférence de presse de la sélection, où il avait surpris en mettant en avant les sponsors luxueux du festival, Pierre Lescure s’emporte encore : « On m’accuse d’avoir laissé entrer les marchands dans le temple. A-t-on vu, cette année, plus de marchands ? […] Les mêmes journaux qui nous attaquent publient de grandes pages de publicité pour l’industrie du luxe et ont été rachetés par des financiers.”

Complot Second tacle contre la presse, de Thierry Frémaux, cette fois, dans Le Film Français de vendredi. Le délégué général du Festival de Cannes laisse d’abord se répandre comme une odeur de complot : « avec Pierre Lescure , dit-il, nous savons bien ce qui est à l’œuvre derrière certains papiers » . Pas de noms livrés en pâture à notre curiosité, cependant… sauf peut-être un, à propos de sa relation avec son nouveau président : « On va faire du bon travail ensemble – Le Monde, qui parie visiblement sur un déclin de Cannes, sera déçu. » A propos des « marchands du temple » , Thierry Frémaux implique le prédécesseur de Pierre Lescure, Gilles Jacob : « Le Festival n’a pas plus de partenaires qu’avant. Gilles Jacob, qui a fait entrer les marques à Cannes, avait défini qu’un financement privé à 50% du budget était raisonnable. Pierre Lescure en a prolongé le principe. Rien n’a changé, l’équilibre est strictement le même et nous ne voulons pas, en temps de crise, faire appel à davantage d’argent public. […] Quant à nous soupçonner d’avoir pris le film de Luc Jacquet (La Glace et le Ciel , qui a fait la clôture) parce qu’il était coproduit par Kering (anciennement Pinault-Printemps-Redoute), j’hésite entre rire et pleurer. Ces insinuations nous ont choqués, comme l’emballement médiatique autour d’un supposé retour du bling-bling alors que c’est la presse elle-même qui met ces sujets à l’honneur, en trouvant bling-bling cette année ce qu’elle jugeait glamour auparavant… Je suis le premier à déplorer qu’on ne parle pas assez de cinéma. […]

"Faire de la critique, c’est exercer et poser une pensée, ça ne se résume pas à 140 signes écrits à la fin du générique" Thierry Frémaux L’attitude de certains journaux autrefois supporters du festival est étonnante , poursuit Thierry Frémaux en visant Le Monde et Le Journal du Dimanche . […] Le degré de fantasme que Cannes suscite n’autorise pas à écrire n’importe quoi. Sur Internet, un article est jugé sur son nombre de clics, la civilisation progresse ! C’était le premier vrai festival Twitter où chacun décide de dire ce qui lui passe par la tête. Cela crée une course contre la montre permanente entre les journalistes et ces néocritiques amateurs. Faire de la critique, c’est exercer et poser une pensée, ça ne se résume pas à 140 signes écrits à la fin du générique. A Cannes, pas sûr que les réseaux sociaux fassent du bien à l’esprit général. » “Ce qui tourmente à l’évidence les barons de la Croisette, commentent Julien Gester et Didier Péron dans Libération, c’est ce qui s’écrit sans quémander validation de quiconque, à commencer par la leur, et avec le souci, dans le meilleur des cas, de rendre compte de l’expérience d’une intimité tissée avec un film en dépit du barouf qui constitue le cœur même du festival.”

" United Passions est le film le plus irregardable de mémoire d'homme" The New York Times On déconseille en tout cas à Pierre Lescure et Thierry Frémaux de lire la presse américaine, ces jours-ci, en témoigne cet article du correspondant du Monde à New York, Stéphane Lauer, sur la réception critique de United Passions , le film du Français Frédéric Auburtin avec Gérard Depardieu qui retrace les cent onze ans d’existence de la FIFA, et avait été présenté en sélection officielle à Cannes l’an dernier. “Avec l'avalanche des révélations de ces derniers jours, le long-métrage a pris des allures de Gorafi, certains se demandant s'il n'était pas à regarder au troisième degré. « Nous allons faire preuve d'exemplarité dans tous les domaines. Le plus petit écart de conduite sera sévèrement sanctionné », lance Sepp Blatter (joué par Tim Roth) à la veille de la Coupe du monde de 2002 dans une réplique dont l'incongruité frise le comique. « C'est un film épouvantable, résume le site Vice Sports. Les dialogues sont stupides, la structure du film est mauvaise, les acteurs sont pires, l'histoire est révisionniste. » Le New York Times n'hésite pas à en parler comme du film « le plus irregardable de mémoire d'homme ». Quant au Washington Post, il souligne qu'il « faut vraiment avoir un énorme ego pour financer un film dont vous êtes le héros, mais, au moins, Blatter a eu la décence de ne pas engager Brad Pitt pour le jouer », ironisant sur l'âge de Tim Roth, 54 ans, contre 79 pour l'ex-président de la FIFA.

"Un Film sincère, autocritique et extrêmement divertissant" Jérôme Valcke, bras droit de Sepp Blatter à la FIFA La distributrice du film aux Etats-Unis, Suzanne Blench, présidente de Screen Media, avait cru astucieusement programmer le film pendant la Coupe du monde féminine, qui vient de débuter au Canada. Elle affirme qu'il ne s'agit pas « de promouvoir l'image de la FIFA. Nous ne sommes pas là pour essayer de faire quoi que ce soit afin de changer la vérité. C'est un biopic. Des libertés sont prises. Nous donnons juste aux gens une possibilité de le voir. » Frédéric Auburtin déclare assumer son film, sachant qu'à partir du moment où la FIFA le produisait, sa marge de manœuvre serait étroite. Le « baiser de la mort » est venu de la FIFA elle-même. Jérôme Valcke, le bras droit de Sepp Blatter, soupçonné d'être une cheville ouvrière de la corruption, qualifiait le film dans une lettre récente envoyée aux membres de la fédération de « sincère, autocritique et extrêmement divertissant ».” C’est sans doute pour ça, donc, que Thierry Frémaux l’avait sélectionné l’an dernier à Cannes.

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