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Krzysztof Warlikowski

L'Europe sera théâtrale ou elle ne sera pas

6 min

Alors que plus de 240 00 personnes ont manifesté samedi à Varsovie pour témoigner de leur attachement aux valeurs européennes, un nouveau théâtre vient de s'y ouvrir : le Nowy Teatr de Krzysztof Warlikowski, un de ces metteurs en scène symboles de l'Europe du théâtre, en France comme ailleurs...

Krzysztof Warlikowski
Krzysztof Warlikowski Crédits : Manuel Pascual - Maxppp

“Julien Frison, âgé de 22 ans, est le nouveau visage de la troupe de la Comédie-Française, nous apprend une brève des Echos. A peine diplômé du Conservatoire national supérieur d'art dramatique, il vient renforcer le vivier de « jeunes premiers », suite au départ de Pierre Niney en janvier 2015. Le comédien, qui est d'origine belge, a déjà une petite filmographie derrière lui. Il est en revanche quasiment inconnu au théâtre, où il s'est récemment illustré dans De l'ambition, une création de Yann Reuzeau présentée l'année dernière au Théâtre du soleil. Le comédien interprétera son premier rôle, Bobin, dans la reprise d’Un chapeau de paille d'Italie, la comédie bondissante d'Eugène Labiche reprise Salle Richelieu du 31 mai au 24 juillet.”

Si Europe du théâtre il y a, elle est celle de la conciliation, de la réconciliation

Un Belge dans le temple de la culture française pour évoquer, même de très loin, l’Italie… “S’il est un univers où la notion de frontières est inexistante, c’est bien le théâtre !, constate Didier Méreuze dans La Croix. Partout, sans souci des nations, des nationalités, s’y jouent Sophocle, Eschyle, Shakespeare, Molière, Büchner, Tchekhov, Ibsen, Edward Bond, Harold Pinter, Botho Strauss, Koltès, Pommerat… Partout, sont proposés des spectacles créés par les plus grands noms de la scène européenne, soit avec leurs propres acteurs, soit avec ceux du pays qui les accueillent. Cette saison, on a pu voir, en France, le Russe Vassiliev se confronter à Duras avec les Comédiens-Français au Vieux-Colombier, l’Allemand Peter Stein à Beckett avec Jacques Weber à l’Œuvre, tandis que le Bulgare Galin Stoev révélait, à La Colline, Les Gens d’Oz – une pièce (traduite en français) de sa compatriote Yana Borissova… Pendant ce temps, en Allemagne, Jean Bellorini, directeur du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, a mis en scène Le Suicidé du Russe Nicolaï Erdman avec la troupe du Berliner Ensemble – peu après que, dans ce temple de la docta brechtienne, Emmanuel Demarcy-Mota, directeur de la Ville et du Festival d’automne, n’y ait présenté Rhinocéros de Ionesco –, et peu avant qu’il n’y revienne avec Six personnages en quête d’auteur, de l’Italien Pirandello… Certains n’y verront que de simples échanges commerciaux. Que nenni. Ainsi que le souligne Emmanuel Demarcy-Mota, ces pratiques obéissent à une nécessité plus forte : « La construction d’une Europe des arts et, donc, du théâtre, dont l’existence, en ces temps où l’Europe politique et économique se révèle difficile à bâtir, apparaît comme un symbole. » Si Europe du théâtre il y a, elle est celle de la conciliation, de la réconciliation. De l’ouverture et de la reconnaissance des autres. Comme en a témoigné, dans les années 1950, le Festival du Théâtre des nations, qui permit le retour sur le devant de la scène du théâtre allemand (avec découverte de Brecht et du Berliner Ensemble !) dans une France, pour partie, encore farouchement antigermaniste. Comme en a témoigné, au lendemain de la chute du Mur, le programme Theorem mis en place par Bernard Faivre d’Arcier, directeur du Festival d’Avignon, avec le concours d’autres grands festivals étrangers : « À l’époque, explique-t-il, les ex-pays de l’Est s’apprêtaient à rejoindre la Communauté européenne. Notre but était d’aider des jeunes artistes à s’inscrire dans le circuit de sa création théâtrale. » Parmi ces « jeunes artistes », se trouvaient entre autres deux valeurs aujourd’hui internationalement reconnues : le Lituanien Korsunovas et le Polonais Warlikowski.”

« On travaille, le théâtre est lieu ouvert, de libre pensée et de débats. On ne va pas s’autocensurer à cause du nouveau gouvernement. »

Krzysztof Warlikowski, qui a inauguré le 14 avril à Varsovie, avec son spectacle Les Français, son propre théâtre, le Nowy Teatr, dans un ancien garage municipal, comme l’a raconté Brigitte Salino dans une enquête du Monde consacré à la résistance du théâtre polonais. Un théâtre subventionné pour 7 millions de zlotys (soit 1,6 million d’euros) par “la ville de Varsovie, dont la maire depuis 2006, Hanna Gronkiewicz-Waltz, est membre de la Plate-forme civique (PO), le parti libéral proeuropéen. C’est une chance, dans la Pologne gouvernée depuis novembre 2015 par le parti conservateur eurosceptique Droit et justice (PIS). Le PIS prône une culture populaire au service de l’identité nationale, et ses dérives autoritaires en matière de justice et de médias ont mené l’Union européenne à lancer en janvier 2016 une « procédure de sauvegarde de l’Etat de droit ». « La Pologne est vraiment partagée en deux, maintenant, déplore Krzysztof Warlikowski. Même dans notre troupe, il y a une actrice qui soutient le nouveau gouvernement, populiste, ultra-conservateur, homophobe, anti-avortement… C’est une femme intelligente, une actrice magnifique, quelqu’un de super-bien. Et là, tout d’un coup, il y a chez elle quelque chose qu’on ne comprend pas. Cela crée des tensions, mais on essaye d’apprendre à la respecter comme différente, parce qu’on veut être respectés comme différents. » L’actrice dont parle Krzysztof Warlikowski fait partie des 12 membres de la troupe du Nowy Teatr, où travaillent 41 personnes. A côté des spectacles du metteur en scène-star, l’accent est mis sur le théâtre étranger, peu présenté à Varsovie, faute d’argent, et sur les jeunes metteurs en scène polonais. Karolina Ochab, 43 ans, la directrice du Nowy, insiste sur le désir d’ouverture du théâtre au plus grand nombre, qui se traduit en particulier par des activités éducatives gratuites ou très peu chères, et un prix des places qui s’élève à 7 ou 8 euros en moyenne. Elle voudrait mettre en place une saison totalement gratuite. Apparemment, ce programme n’a pas déplu au ministère de la culture et du patrimoine national, puisque c’est ainsi qu’il se nomme en Pologne. « Le ministre, Piotr Glinski, a annulé sa venue à la conférence de presse du lancement du Nowy Teatr, mais il a envoyé un représentant qui a fait un grand éloge du projet », raconte Krzysztof Warlikowski. Et le ministère a donné 700 000 zlotys (160 000 euros) au Nowy. « Je ne sais pas comment le prendre », se demande le metteur en scène en riant (un peu). Karolina Ochab dit posément, dans son français parfait : « On travaille, le théâtre est lieu ouvert, de libre pensée et de débats. On ne va pas s’autocensurer à cause du nouveau gouvernement. »” Un gouvernement qui a par ailleurs réussi à rassembler, samedi, dans la rue, plus de 240 000 personnes, qui ont manifesté contre lui pour témoigner de leur attachement aux valeurs européennes, l’une des manifestations les plus importantes depuis la chute du communisme…

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