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L'orifice de la discorde

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Comment et pourquoi Kapoor Versailles fait polémique à l'extrême droite.
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L'oeuvre "Dirty Corner" d'Anish Kapoor, à Versailles Crédits : Charles Platiau

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C’est l’histoire d’un trou, creusé par Anish Kapoor dans les jardins du Château de Versailles, et qui fait beaucoup parler de lui. “Si Léviathan , [son installation au Grand Palais à l’été 2011 dans le cadre de la Monumenta], avait été unanimement saluée et vue par le chiffre record de plus de 277 680 visiteurs, rappelle Ingrid Luquet-Gad sur le site des Inrockuptibles, il en va tout autrement pour Kapoor Versailles , alors que grondent déjà les prémisses de la discorde.” De quoi s’agit-il ? Est-ce à cause de ces propos peu amènes, délivrés à Roxana Azimi dans M le Magazine du Monde ? « En France, on a l’habitude de faire de jolies invitations, mais sans dépenser un penny. C’était déjà le cas quand j’ai fait Monumenta au Grand-Palais et ça se répète à Versailles , lâche Anish Kapoor. J’en ai assez de faire des cadeaux à la France. La prochaine fois qu’on voudra m’inviter, il faudra avoir l’argent et ne pas demander que je le trouve moi-même.” Non, c’est le fond même de son intervention qui énerve d’aucuns. Comme un “pied de nez au Roi-Soleil et à son jardinier , estime Paris Match. Avec ses six créations monumentales exposées [depuis hier], l’artiste britannique d’origine indienne redessine les jardins du château de Versailles. Anish Kapoor a labouré la pelouse de l’allée royale pour y planter un vaste orifice (sous le nom de Dirty Corner), déformé la façade avec ses miroirs géants, les célèbres Sky Mirrors, et recréé une pièce d’eau qui trouble l’ordre et la géométrie chers à Le Nôtre. [Des] provocations, qui vont jusqu’à l’intérieur de la salle du Jeu de Paume où est installé un canon-phallus.”

Test de Rorschach “L’art contemporain, c’est un peu comme un test de Rorschach : la plupart du temps, ce qu’on y voit en dit plus long sur la personne qui regarde que sur l’objet regardé , analysent Les Inrocks. Alors que l’exposition au Château de Versailles d’Anish Kapoor [n’avait] pas encore ouvert ses portes, de nombreux sites d’extrême droite [s’indignaient] déjà. En cause ? La symbolique sexuelle – soi-disant manifeste – des installations et sculptures de l’artiste britannique d’origine indienne dans les jardins de Versailles. […] « Art contemporain : un vagin géant au château de Versailles (ainsi qu’une sculpture éjaculatrice) » , «Après le godemichet place Vendôme, le vagin de la reine dans les jardins de Versailles » . Tels étaient les titres des articles dévolus à la question [le] 2 juin, respectivement sur Fdesouche.com, navire amiral de la fachosphère, et sur Egaliteetreconciliation.fr, le site de l’idéologue d’extrême droite Alain Soral. Deux billets qui, en réalité, reprenaient un entretien avec Anish Kapoor paru dans Le Journal du Dimanche du 31 mai. Nettement plus nuancé dans son titre, préférant parler de « chaos » à Versailles, le JDD se faisait l’écho de la volonté de l’artiste de « bouleverser l’équilibre et d’inviter le chaos » , tout en «préservant l’intégrité de ce lieu historique ». « Je me suis permis une incursion à l’intérieur, dans la salle du Jeu de Paume, là d’où est partie la Révolution française, où ont été prononcés les mots “liberté, égalité, fraternité”, un symbole du pouvoir encore imprégné d’une formidable tension, expliquait l’artiste . Face au tableau de David, j’ai placé un canon qui tire 5 kg de cire, une matière évoquant des corps en bouillie, dans un coin de la pièce. Un symbole phallique évident pour une installation controversée qui interroge sur la violence de notre société contemporaine. » « Face au château, annonçait-il encore, il y aura une mystérieuse sculpture en acier rouillé de 10 m de haut, qui pèse plusieurs milliers de tonnes et avec des blocs de pierres tout autour. Là encore, à connotation sexuelle : le vagin de la reine qui prend le pouvoir ».

"Le boulot des artistes est de prendre des risques. Et je veux que les institutions qui m’invitent en prennent aussi." Anish Kapoor « Symbole phallique » , « vagin de la reine » : il n’en a pas fallu davantage pour déclencher l’ire de la fachosphère. Et permettre par là de mesurer tout l’écart qu’il y a entre l’intervention d’un artiste dans un lieu cloisonné réservé aux amateurs d’art et aux promenades en famille le dimanche, et l’installation de pièces très similaires en plein cœur d’un symbole national.” Pourquoi l’installation d’Anish Kapoor suscite-t-elle autant d’émoi ?, a demandé Julien Gester à la philosophe Fabienne Brugère dans Libération . « Je pense que cela cristallise des questions de pouvoir, de territoire , analyse-t-elle. On assiste à une résurgence du pouvoir royal et de son histoire : ce pouvoir fait périodiquement l’objet de retours d’attachement nostalgique. Ce qui soulève des protestations, c’est aussi l’inscription de ce type d’art, et de ce qu’il propose concernant un personnage supposé sacré comme une reine, dans un lieu comme Versailles, qui est encore habité par le pouvoir royal. On est donc tout d’abord face à un problème politique. Il y a aussi une difficulté à appréhender les formes de l’art contemporain. En particulier quand celles-ci jouent avec le mauvais goût ou l’impertinence. On a tendance à oublier que l’art est avant tout une forme de production qui a à voir avec la liberté, l’irrévérence, l’incertitude. Enfin, ce qui dérange, c’est qu’il s’agit de la reine. Tout ce qui peut renvoyer à une prise de pouvoir de la féminité, c’est tout à fait scandaleux pour une société très largement structurée par des formes de virilisme, de retour de l’autorité. » « Je sais que ce que je propose va faire grincer les dents , déclarait Anish Kapoor à Roxana Azimi dans M. Mais notre époque a besoin d’autre chose qu’une esthétique plaisante. […] Il faut chatouiller ces lieux, autrement ils deviennent sanctifiés et ils finissent par mourir. Le boulot des artistes est de prendre des risques. Et je veux que les institutions qui m’invitent en prennent aussi. » Pour le coup, c’est tout à fait réussi !

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