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La soupe et l'écran au secours des dinosaures

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La vogue des chanteurs de pop ou de variétés en version symphonique ou des ciné-concerts réussira-t-elle, en rajeunissant leur public, à sauver les orchestres classiques ? Rien n'est moins sûr... “L’institution symphonique a-t-elle toujours un avenir ?” , vous interrogez-vous gravement, Emmanuel Dupuy, en ouverture de votre éditorial de Diapason . Et de citer ces propos, déjà rapportés ici, du chef Ivan Fischer dans le New Yorker : « Malheureusement, je pense que tous ces orchestres s’éteindront dans vingt ou trente ans. Ils sont devenus trop gros. Comme les dinosaures, ils doivent sans cesse s’alimenter. Et le problème, c’est que ce ne sont plus des organisations où l’on fait vraiment de la musique. Ils existent pour satisfaire d’autres besoins. Ils satisfont la sécurité d’emploi des musiciens ils satisfont la carrière des solistes et des chefs et ils satisfont les intérêts d’une petite marge de la société. »

"J’adore être au piano avec l’orchestre derrière moi." M. Pokora Comment dès lors alimenter la bête et lui assurer un avenir ? En lui servant de la pop, voire de la bonne grosse variété, répond Julien Bordier dans L’Express . “Amateur de fish’n’chips, le guitariste des Who, le Britannique Pete Townshend, vient de tremper son opéra-rock Quadrophenia dans la grande friture du classique. Jacques Higelin, en guise de gâteau d’anniversaire pour son demi-siècle de carrière, mitonne un concert symphonique à la Philharmonie de Paris le 24 octobre. La pop star Mika a travaillé en début d’année avec l’Orchestre symphonique de Montréal. Youssou N’Dour réinterprète aux Nuits de Fourvière son répertoire avec l’Orchestre de l’Opéra de Lyon. Et on annonce, pour la rentrée, If I Can Dream, un disque d’Elvis Presley avec le Royal Philharmonic Orchestra. Le temps d’un album, d’un concert ou d’une tournée, des artistes venus du rock, de la pop, du rap ou de la chanson se confrontent à la majesté d’un grand orchestre. […] Si Julien Clerc a patienté jusqu’à ses 64 ans pour cocher, en 2012, la case « enregistrer un disque symphonique », M. Pokora s’est offert en début d’année, pour ses dix ans de carrière, un Symphonic Show au Châtelet, histoire de se la jouer Frank Sinatra d’un soir. […] Calogero a revisité en 2010 son répertoire en version symphonique. « Je voulais proposer autre chose qu’un simple best of, explique-t-il . Je reste marqué par le souvenir d’Elton John, habillé en Louis XIV, jouant avec un philharmonique. C’était sublime. J’adore être au piano avec l’orchestre derrière moi. » […] A écouter le disque pop symphonique, sorti en 2014 par Sylvain Audinovski, on se dit qu’effectivement tout est « symphonisable », de Smooth Criminal, de Michael Jackson, à Désenchantée, de Mylène Farmer, en passant par Get Lucky, de Daft Punk. […]

La dimension foraine du cinéma des origines Il faut le reconnaître, juge le journaliste de L’Express, un grand ensemble impressionne plus qu’un solo de kazoo. L’orchestre exerce une forme de fascination sur le grand public. Il suffit de constater le succès des ciné-concerts.” “Les ciné-concerts ont le vent en poupe , constate également Nicolas Schaller dans L’Obs. En France, cela fait trois ans que ces séances de cinéma exceptionnelles durant lesquelles la musique du film est jouée en direct connaissent un succès grandissant. Rien que ce mois-ci, le Palais des Congrès à Paris propose Retour vers le futur et Titanic ; l’Auditorium de Lyon présente, du 18 au 20 juin, Spielberg et les musiques de John Williams interprétées par l’Orchestre national de Lyon sur un florilège d’extraits. A la Philharmonie de Paris, sur 520 levers de rideau annuels, on compte plus d’une vingtaine de ciné-concerts. « On voudrait que cela devienne une activité régulière de la Philharmonie », annonce son directeur du département concerts et spectacles, Emmanuel Hondré. L’expérience vaut le détour , pour le journaliste de L’Obs. Elle allie la dimension foraine du cinéma des origines – lorsque les films muets, accompagnés en direct par un pianiste, prenaient vie au-delà des limites de l’écran – à celle, plus prestigieuse et musicalement puissante, du concert symphonique. […] Quand James Horner, le compositeur oscarisé de Titanic, a été contacté il y a trois ans, il doutait qu’il y ait un public pour ce type de spectacle. Il est néanmoins entré dans l’aventure. « Intéresser les jeunes à la musique classique a toujours été difficile, rappelle-t-il . Les ciné-concerts sont un moyen formidable de les amener à elle, de les sensibiliser au pouvoir émotionnel d’un concert philharmonique. »

L’auteur de My Generation , va-t-il sauver Mozart et Beethoven ? De même, rapporte Julien Bordier dans son enquête de L’Express , “Pete Townshend espère bien que sa nouvelle version de Quadrophenia attirera « des gens qui n’iraient sans doute pas voir jouer un orchestre symphonique s’il n’y avait ni lumières, ni feux d’artifices, ni écran de cinéma ». L’auteur de My Generation, va-t-il sauver Mozart et Beethoven ? Selon une récente enquête du sociologue Stéphane Dorin, l’âge médian du spectateur de musique classique est de 61 ans. Il était de… 36 ans en 1981. Les orchestres ont besoin d’un auditoire, les salles, elles, de se remplir. Jouer avec un artiste de variété offre une image moderne à une formation. Est-ce suffisant pour redynamiser le genre ? Pas sûr. « En général, c’est le public de l’artiste qui vient au concert, note Vincent Anglade, programmateur des musiques actuelles à la Philharmonie de Paris . Il serait utopiste de croire qu’on va attirer de nouveaux spectateurs vers le classique. Mais le phénomène participe à faire tomber les préjugés sur l’aspect élitiste de cette musique. Beaucoup de gens vont pour la première fois découvrir un orchestre en live à l’occasion du concert Higelin Symphonique . » On dira que c’est déjà ça…

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