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Le cinéma face aux tueries

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Un festival annulé, puis autorisé, un scénario percuté, un film controversé : bienvenue dans l'après 7 janvier...

Image tirée du film "American Sniper" de Clint Eastwood
Image tirée du film "American Sniper" de Clint Eastwood

“Ra rement manifestation n’aura aussi bien porté son slogan : « Le festival du film qui dérange. » , constate Alexandre Hervaud sur le site de Libération. La cinquième édition de Ramdam, à Tournai en Belgique, s’est ouverte mardi [dernier] et devait se prolonger [jusqu’à aujourd’hui] 27 janvier. Jeudi, on apprenait son annulation « en raison de menaces terroristes liées à la programmation » suspectées par les autorités belges d’après le journal Le Soir . Toujours d’après le quotidien, deux films en particulier auraient représenté des cibles potentielles d’actions terroristes. Programmé jeudi soir, le documentaire suédois Essence of Terror , signé Andreas Rochsén, raconte le périple de deux journalistes suédois « blessés, capturés et condamnés à onze ans de prison pour terrorisme dans la région d’Ogaden en Ethiopie, un territoire sous la coupe de militaires tortionnaires » . Le documentaire propose des images de leur arrestation illégale ainsi que des preuves d’exactions (torture, viols, génocide) en cours dans cette zone. Le film franco-mauritanien Timbuktu , de Abderrahmane Sissako, toujours projeté dans plus de 300 salles françaises, était également programmé par le festival. Le film rencontre en France un succès critique et public. La semaine dernière (je l’avais raconté ici), le maire UMP de Villiers-sur-Marne l’a retiré du cinéma municipal par peur des débordements, il ne sera diffusé que la semaine prochaine. Sur le site officiel du festival, les organisateurs [affirmaient] prendre acte de la décision judiciaire prise jeudi de fermer le complexe Imagix, lieu d’accueil de la manifestation, pendant la durée du festival. « Depuis sa création en 2011, le Ramdam Festival a donné la parole à des sensibilités plurielles et a prôné des valeurs d’ouverture sur le monde, de dialogue, de tolérance, de liberté et d’échange. Son succès auprès d’un public toujours plus important et le soutien des artistes sont la preuve de l’attachement de tous à la liberté d’expression » , affirme également l’équipe, qui assure être « plus que jamais » confortée dans l’envie de poursuivre son action. […] Le festival a finalement été autorisé à reprendre ce dimanche 25 janvier” , les autorités estimant que « le niveau du risque [pouvait être] ramené au même niveau que celui fixé pour l’ensemble de la Belgique. »

"Le geste barbare fait de plus en plus partie de notre environnement" “Des artistes moins en prise avec l’actualité immédiate se trouvent [eux aussi] rattrapés par les tueries. C’est le cas de Bertrand Bonello , nous apprend Le Figaro. Le réalisateur de Saint Laurent a sous le coude un scénario écrit en 2011, Paris est une fête. Son pitch : un groupe de jeunes terroristes commet des attentats dans Paris. « J’ai bien sûr relu mon scénario à la lumière des événements récents, confie-t-il [au quotidien] . Je n’y trouve rien d’absurde ni de déplacé. Il rend compte d’un état de la jeunesse et ne contient aucune revendication liée à l’extrémisme religieux ». Bonello revendique, lui, le « temps long » du cinéma, qui permet de récupérer le temps de la pensée.” « Mon film tourne en effet autour de jeunes gens, originaires de différents milieux, qui exécutent des actes terroristes dans Paris. Il n’a pourtant rien à voir avec la nature de l’action meurtrière commise contre les journalistes de Charlie Hebdo, précise Bertrand Bonello dans une interview au site des Inrockuptibles. La concomitance de cet attentat m’a évidemment troublé. Mais, plutôt que de me freiner ou de me faire douter, je me dis qu’il faut faire ce film plus que jamais, et surtout être vigilant pour le placer à l’endroit du cinéma et non du discours – ce qui est aussi un lieu politique. Il est important, chacun à son endroit – moi, c’est le cinéma et la fiction – de rendre compte d’un réel. Là où le film résonne certainement avec le massacre du 7 Janvier, c’est que le geste barbare fait de plus en plus partie de notre environnement, qu’il s’inscrit dans notre quotidien. Nous vivons une nouvelle forme de guerre, sourde et horrible. Je le traiterai à ma manière. » Le terrorisme dans le film sera-t-il affilié à une idéologie ou à une religion ? « Non, surtout pas , assure Bonello. Cela faisait très fortement partie de mon point de départ. Ne pas stigmatiser un groupe ou une idéologie. Mais traiter la tension d’une manière plus générale. Plus diffuse. Je pense que le film sera plus fort sans discours et sans cause pointée. Cette violence est le fruit d’un sentiment de pénibilité extrême et malheureusement largement partagé, dont on n’entend plus assez fort les mots qui le nomment. »

Le nouveau Eastwood, patriote ou antimilitariste ? Et pendant ce temps, aux Etats-Unis, c’est le nouveau film de Clint Eastwood qui fait polémique. American Sniper, et son héros, un soldat tireur d’élite pendant la guerre en Irak, [y] suscite la controverse en ravivant un débat toujours inachevé sur l’invasion américaine du pays , rapporte Le Parisien. Le film, tiré de l’histoire vraie et de l’autobiographie du soldat Chris Kyle, est-il une « tentative de reparler de la guerre en Irak et la vendre aux Américains, ou l’histoire d’un lâche qui dégomme des femmes et des enfants en restant à l’abri ? », écrivait ainsi mercredi un éditorial du Baltimore Sun.” […] Le film, plutôt bien reçu par la critique, a rencontré un vrai succès public en récoltant le chiffre record de 107 M$ au box-office pour son premier week-end d’exploitation.” “Le film marche particulièrement bien dans les zones peuplées de soldats et de vétérans , note Samuel Blumenfeld dans M le magazine du Monde. Pas si illogique qu'il y paraît puisqu'il insiste sur les séquelles de la guerre et sur la difficile réinsertion des soldats dans la vie civile. [Car, assure le critique], à la différence de Kyle (ce redoutable tireur d'élite – il revendiquait la mort de plus de 200 personnes lors de la guerre d'Irak -, qui a été assassiné en 2013 par un ancien marine), Eastwood adopte un point de vue clairement antimilitariste – Jane Fonda compare le film au Retour, sur les vétérans du Vietnam, qui lui a valu un Oscar en 1979, et Michael Moore y décèle « un sentiment anti-guerre ».” Le film sort le 18 février en France, on vous en dira plus dans notre Dispute du mardi suivant…

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