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"Le cinéma ne change pas le monde, mais il a pour vocation de le montrer"

5 min

Made in France, de Nicolas Boukhrief
Made in France, de Nicolas Boukhrief

Suite aux attentats de vendredi, les distributeurs de Made in France ont décidé de repousser sa sortie, le film évoquant la radicalisation de jeunes terroristes et leur projet d'attaquer les Champs-Elysées. D'autres films à venir pourraient connaître le même effet boomerang...
« Les salles de cinéma sont un lieu de lumière, qui éclaire la ville, qui relie les spectateurs au monde , déclare, dans Le Parisien , le fondateur de MK2, Marin Karmitz, qui après avoir fermé de mauvaise grâce l’ensemble de son réseau parisien samedi, a rouvert dimanche. Ce n’est pas pour rien qu’on s’attaque aux salles de spectacle. Instaurer une ville morte, c’est dire à ces barbares qu’ils ont gagné ! On est en guerre, c’est vrai, mais justement : croyez-vous que Churchill, en 1939-1945, ait motivé les citoyens de Londres en leur disant : Restez chez vous ? »

Eviter toute provocation On est en guerre, et des films le racontent, même s’il “faudrait être amnésique , relativisent Marie-Noëlle Tranchant et Etienne Sorin dans Le Figaro, pour parler de films prémonitoires au sujet de Made in France, des Cowboys et de Taj Mahal – trois longs-métrages français dont les sorties devaient s'étaler entre le 18 novembre et le 2 décembre 2015. […] Les cinéastes n'ont pas attendu les attentats de vendredi pour trouver l'inspiration. Des modèles de terroristes, ils en ont sous les yeux depuis plusieurs années. Et le cinéma n'est pas un commentaire de l'actualité. Le temps long du septième art permet un autre regard que celui des médias. [Mais] parfois, l'à-propos d'un film lui revient dans la figure comme un boomerang.” Il en est ainsi de Made in France, le nouveau film de Nicolas Boukhrief, [qui] devait sortir mercredi 18 novembre sur les écrans. A la suite des attentats du 13 novembre, et en raison du sujet sensible abordé par le réalisateur français, les milieux intégristes de la banlieue parisienne vus à travers le regard d'un journaliste de culture musulmane infiltrant une cellule djihadiste, son distributeur, Pretty Pictures, a décidé de repousser sa sortie, possiblement en janvier 2016 , raconte Samuel Blumenfeld dans Le Monde. Dans Made in France, la cellule prévoit un attentat sur les Champs-Elysées, en coordination avec d'autres opérations simultanées dans la capitale. A peu de chose près, le mode opératoire du 13 novembre. « Nous sommes sous le choc, explique James Velaise, le président de Pretty Pictures. L'idée est de faire profil bas. Les salles n'ont fait aucune pression pour retirer le film. C'est une décision que j'ai prise avec les producteurs pour éviter toute provocation. »Une chose est certaine : lorsque Made in France sortira, ce ne sera plus avec son affiche d'origine – une kalachnikov posée à la verticale, accolée à la tour Eiffel, avec comme accroche : « La menace vient de l'intérieur » – qui avait commencé à apparaître sur les murs du métro parisien le 12 novembre. […] Ce n'est pas la première fois , rappelle le critique du Monde , qu'un film, par un effort de documentation et d'enquête rigoureux, anticipe de manière crédible un attentat terroriste. En 1998, Couvre-feu, un film d'action américain d'Edward Zwick, avec Denzel Washington et Bruce Willis, mettait en scène un groupe de terroristes islamistes attaquant le quartier général du FBI à New York, des bus et un théâtre de Broadway. Couvre-feu restait un film à part, passé inaperçu lors de sa sortie, anticipant si bien le chaos du 11-Septembre, qu'il allait connaître une nouvelle carrière après l'effondrement des tours jumelles du World Trade Center.” “

"Depuis vendredi, le Taj Mahal, c'est Paris…" Les gens auront-ils […] envie d'aller voir Taj Mahal, le nouveau film de Nicolas Saada, dont la sortie en salle est prévue le 2 décembre ? , s’interroge Le Figaro. La question taraude le cinéaste, trop bouleversé pour avoir les idées claires et s'exprimer si tôt dans la presse. Son film relate les attentats perpétrés à Bombay en 2008, quand des terroristes islamistes sèment la mort dans plusieurs endroits de la ville, notamment dans l'hôtel de luxe le Taj Mahal Palace. Saada raconte l'événement du point de vue d'une victime. Il s'inspire de l'histoire vraie d'une jeune Française enfermée dans sa chambre et qui tente de survivre grâce à l'aide de ses parents au téléphone, sortis dîner au restaurant. Taj Mahal est un huis clos, un film sur la peur. Il trouve un écho terrible dans les récits des rescapés du Bataclan qui ont réussi à se cacher pour échapper à des « mecs armés jusqu'aux dents ». […] Est-il trop tôt pour supporter sur grand écran une telle expérience, même passée par le filtre de la fiction? « Je n'ai pas la réponse, avoue Mathieu Robinet, codirecteur avec David Grumbach de BAC Films. Déplacer le film pourrait être un aveu de faiblesse mais vis-à-vis des victimes, c'est délicat. C'est un dilemme moral et non commercial. Depuis vendredi, le Taj Mahal, c'est Paris… » [Depuis cet article, paru hier, BAC Films a annoncé cet après-midi, dans un communiqué, maintenir la sortie du film le 2 décembre...]

Des gens simples, projetés dans le fracas d’un monde qui les dépasse Qu'en est-il des Cowboys, dont la sortie en salle est prévue le 25 novembre ?” “Le scénariste de Jacques Audiard passe à la réalisation avec ce premier long-métrage qui nous plonge au cœur de la nébuleuse djihadiste internationale de la Belgique au Pakistan , explique Jacques Mandelbaum dans Le Monde. L'argument renvoie aux canons du western : une famille du nord de la France, qui fréquente assidûment les rassemblements country, voit sa fille disparaître, du jour au lendemain, aux côtés d'un jeune islamiste. Fou de rage et de douleur, le père (François Damiens), part à la recherche du couple, au point de tout sacrifier à sa quête. Produit par Alain Attal (les Productions du trésor) et distribué par la société Pathé dans environ deux cents salles, le film ne sera vraisemblablement pas déprogrammé. « La vie doit continuer, répond Thomas Bidegain, et la vie des films aussi. Le cinéma ne change pas le monde, mais il a pour vocation de montrer le monde. Si nous repoussions cette sortie, jusqu'à quand faudrait-il la repousser ? Jusqu'à l'arrêt des attentats ? Mais c'est quand ? Ce film a été rythmé de toute façon par les attentats, il a été rattrapé par le fracas du monde. Mais il ne se préoccupe pas de la monstruosité des bourreaux, j'en aurais été bien incapable. Il est au contraire aux côtés de ceux qui restent, il montre la folie qui nous atteint nous aussi, et le temps que cela prend pour que l'on s'en remette. »” « C’est l’histoire de gens simples projetés dans le fracas d’un monde qui les dépasse , déclare-t-il encore au Point. C’est ce qui vient encore une fois d’arriver avec ces attentats à Paris. Dans le film, il faut quinze ans et une nouvelle génération pour que la communauté retrouve un équilibre. C’est ce à quoi on aspire tous : que nos enfants aient une meilleure vie que nous. Mais aujourd’hui, ça paraît long… »

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