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Le furieux et les méchantes (et aussi une gentille...)

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Jessica Chastain dans Crimson Peak
Jessica Chastain dans Crimson Peak

Le furieux, c'est Jean-Jacques Annaud : les Oscars ne veulent pas de son film pour représenter la Chine. Les méchantes, ce sont toutes ces stars qui adorent jouer des rôles de sorcières. Quant à la gentille, elle se présente aux élections présidentielles américaines de 2020...
Nous nous demandions il y a trois semaines, avec Didier Péon de Libération , si les Français étaient en train de devenir les meilleurs cinéastes chinois. Eh bien la réponse est non, et il est “furieux, Jean-Jacques Annaud, dont le film Le Dernier Loup, tourné en Chine, avait été choisi par ce pays pour le représenter aux prochains Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger : [il] s’est vu opposer un refus de la part de l’Académie des Oscars , nous apprend Le Parisien. C’est vendredi qu’il a reçu une lettre lui signifiant que « l’apport artistique » du film n’était pas majoritairement chinois. « Ils me font rigoler, s’est emporté Annaud, interrogé par l’AFP. Ils me parlent d’une large équipe française, on était sept ! Et il y avait 600 Chinois sur mon plateau, sans parler des acteurs, et ensuite 2 000 personnes en postproduction, toutes en Chine ! Je suis stupéfait… »” “C’est finalement , précise Libération, la comédie Go Away Mr. Tumor, de Han Yan, succès de l’été, qui bénéficie de cette relégation.” Et donc toujours pas Jia Zhang-Ke.

"I am going to kill you !" Pas d’Annaud aux Oscars, et pas de Valérie Trierweiler au cinéma. “Son livre Merci pour ce moment, dans lequel elle raconte son histoire d’amour avec François Hollande, ne sera finalement pas adapté au cinéma, a annoncé l’ex-première dame sur son compte Twitter , que suivent Les Echos. « J’ai stoppé le projet en janvier après les attentats et refusé de signer le contrat », a tweeté Valérie Trierweiler.” Dommage, les stars se seraient sans doute battu pour jouer ce beau rôle de méchante, tant “jouer une créature maléfique semble être devenu un must” , comme le constate Erick Grisel dans une enquête de Marianne titrée « Mais pourquoi sont-elles si méchantes ? » . Imaginez la scène : “Dans les escaliers d’un château délabré, une femme en déshabillé vaporeux, un couteau de boucher à la main, traque sa rivale apeurée – une godiche coiffée d’un plumeau – en hurlant « I am going to kill you ! » C’est l’une des scènes chocs de Crimson Peak, le dernier film de Guillermo Del Toro, où la star américaine Jessica Chastain, bien que maculée de sang et soigneusement échevelée, n’a jamais été aussi belle… et méchante. « Appliqué à un personnage de fiction, ce mot “méchante” sonne de façon presque comique, fait observer Michèle Agrapart-Delmas, experte en criminologie et auteur du livre Femmes fatales. Mais il a une tout autre portée dans le domaine judiciaire, où il est tombé en désuétude. On ne l’emploie plus ni en expertise ni en cour d’assises. Aujourd’hui on dira plutôt “agressive”. Et si un avocat le réutilise, ce qui est très rare, eh bien c’est direct dix ans de prison pour l’accusée ! »

"Ah ça, elle énerve, la jolie femme !" Faisons le compte de tous les défauts regroupés sous le terme « méchante » : jalouse, cupide, égotique, manipulatrice, menteuse, rancunière – un joyeux florilège, contrepoint négatif à la beauté physique qui, selon les codes en vigueur au cinéma, ne saurait être accompagné de qualités morales. Dans les thrillers, les polars et les films d’action, c’est une convention : la gentille est mignonne et fadasse et la méchante, une sublime créature bouffée par son ego, qui se met en rivalité avec les autres femmes et précipite l’homme dans le malheur. L’Eve pécheresse, et sa pomme tendue à Adam, est un mythe qui n’en finit pas d’alimenter l’imaginaire des cinéastes – rappelons ce chiffre étonnant : aux Etats-Unis, 96 % des films sont réalisés par des hommes. Jessica Lange dans Le facteur sonne toujours deux fois, Sharon Stone dans Basic Instinct ou Demi Moore dans Harcèlement… Contrairement à la méchante au physique ingrat qui annonce d’emblée la douleur (Judith Anderson dans Rebecca, d’Alfred Hitchcock), la belle méchante, selon un canevas éprouvé depuis des lustres, commence par séduire ses victimes puis sème le chaos autour d’elle avant de finir elle-même dans les affres de l’agonie. « Ah ça, elle énerve, la jolie femme !, s’amuse Michèle Agrapart-Delmas. D’abord, les autres femmes qui la jalousent. Ensuite, les hommes qui ne peuvent pas l’avoir. Le châtiment qui lui sera infligé sera d’autant plus terrible… » N’empêche, “Julianne Moore, Meryl Streep, Nicole Kidman, Cate Blanchett… les plus grandes actrices de Hollywood ont au moins une sorcière sur leur CV (trois pour Meryl Streep, dont la vilaine Miranda du Diable s’habille en Prada). Il faut dire qu’entre deux rôles prise de tête, la méchante fée, désormais figure imposée du métier, est comme une pause goûter : reposante et savoureuse. Pas de quoi glaner un Oscar, seulement quelques millions de dollars.”

Jessica Chastain dans Crimson Peak
Jessica Chastain dans Crimson Peak

La sorcière n'a pas d'âge Mais il n’y a pas que ça… “La sorcière n’a pas d’âge , poursuit le journaliste de Marianne : voilà qui arrange bien les actrices ayant dépassé depuis un certain temps la trentaine. Elle est figée dans le temps. Sans mari, enfants ou petits-enfants qui puissent trahir sa date de naissance. Isolée dans sa tour d’ivoire (tiens, tiens, comme la star), elle est une pierre d’achoppement dans une carrière imperceptiblement déclinante. Pour l’interpréter, il faut avoir du vécu, sans les rides. Et aussi le sens de l’humour : « Regardez comme je sais rire de moi-même », nous signifie la star en choisissant d’incarner ce personnage mégalo et narcissique. On ne peut qu’opiner : quelle plus belle mise en abyme du statut d’actrice que cette injonction de la reine dans Blanche-Neige : « Miroir, ô mon miroir, dis-moi si je suis toujours la plus belle du royaume » ?” Ceci dit, les actrices sur le retour ne cèdent pas toutes à la méchanceté. Prenez Lindsay Lohan : “la comédienne, autrefois actrice renommée de la galaxie Disney, plus connue depuis pour ses nombreuses frasques qui lui ont valu cures de désintoxication et séjour en prison, vient d’annoncer (après Kanye West en août) sa candidature à l’élection présidentielle américaine de 2020 , nous apprend une brève du Parisien. Une annonce officielle via son compte Twitter, dévoilant même un début de programme : « La première chose que j’aimerais faire en tant que présidente est de prendre soin des enfants qui souffrent dans le monde. » Si c’est pas une vraie gentille, ça…

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