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Le Louvre, ça déménage !

5 min

Le Louvre augmente ses tarifs, mais n'a pas pour autant les moyens de s'acheter deux Rembrandt, qui risquent de quitter la France. Pendant ce temps, ses conservateurs s'arc-boutent contre le déménagement de ses réserves à Liévin.
“Le 1er juillet , a-t-on lu dans Le Figaro, le Louvre instaurera une entrée unique à 15 €. Actuellement, le visiteur doit débourser 16 € pour un billet jumelé ou 13 € pour les seules expositions temporaires et 12 € pour les collections permanentes. Ce tarif unique , est-il précisé, est similaire à ceux d’Orsay (11 €), Pompidou (14 €) et Versailles (15 €), et il reste inférieur aux prix des musées étrangers.” Malgré ce qui reste tout de même une augmentation du ticket d’entrée, le Louvre n’a pas les moyens de s’acheter deux Rembrandt. « Leur départ constituerait un désastre pour notre patrimoine », déplore (dans L’Express ) Jean-Pierre Cuzin, ancien directeur du département des peintures du Louvre. La France , déplore pareillement Beaux-Arts Magazine, ne semble pas prête à tout pour garder deux chefs-d’œuvre de Rembrandt appartenant à la famille Rothschild depuis le XIXe siècle, le portrait de Marten Soolmans et celui d’Oopjen Coppit, son épouse. Des œuvres majeures du maître hollandais qui n’ont pas été classées « trésor national ».” “Le ministère de la culture , a-t-on en effet lu dans Le Monde , a estimé que « la procédure de classement (…) ne peut être mise en œuvre pour ralentir la sortie d’œuvres. L’Etat doit être en capacité financière d’acquérir celles-ci. Dans ce cas précis, leur acquisition s’avérait malheureusement difficile. »

Un dangereux précédent
“Le musée du Louvre , poursuit Beaux-Arts Magazine, a en effet décidé de ne pas se porter acquéreur des tableaux, évoquant un problème de financement. Le ministère de la Culture a donc autorisé, en toute discrétion, le collectionneur Eric de Rothschild à les vendre hors de France. Pour sortir du territoire, un bien culturel doit en effet obtenir un certificat d’exportation (9 000 sont ainsi délivrés chaque année). Les propriétaires, qui espèrent obtenir de la vente 150 M€, laissent entendre qu’ils chercheraient une solution pour que ces tableaux restent dans l’Hexagone. L’affaire risque en tout cas de créer un précédent , estime le mensuel. D’autres œuvres majeures du patrimoine français pourraient ainsi prendre le chemin de l’étranger sans que le ministère de la Culture ne fasse tout ce qui est possible pour les protéger.”

Des conservateurs pétitionnaires, voire grévistes
De toute façon, pourquoi acheter des nouveaux tableaux, alors qu’on en a plein ses caves? “Les réserves du Louvre , raconte en effet Didier Péron dans Libération, représentent quelque 230 000 œuvres conservées hors des galeries accessibles au public, et disséminées un peu partout dans le bâtiment – en particulier dans les vastes sous-sols, dans une cinquantaine de réserves différentes. Une brutale montée des eaux de la Seine (la dernière crue historique date de 1910) exposerait 70% de ces réserves à un danger de noyade. La préfecture de police relance le Louvre depuis 2002 sur cette menace. En 2013, après l’abandon d’un premier projet de déménagement à Cergy-Pontoise jugé trop coûteux, la ministre de la Culture alors en place, Aurélie Filippetti (vous vous souvenez ?), annonce que l’option retenue est désormais la ville de Liévin, dans le Pas-de-Calais, en plein ancien bassin minier, à 200 kilomètres de Paris et à dix minutes en voiture du Louvre-Lens. Un bâtiment de 20 000 mètres carrés va être construit pour 60 millions d’euros, financé à 51% par le Louvre et à 49% par la région, fief du socialiste Daniel Percheron, sénateur (depuis 1983) et président du conseil régional (depuis 2001). A l’été 2014, les personnels du Louvre comprennent que ce ne sont pas seulement les œuvres entreposées dans les locaux inondables qui devront partir mais bien l’intégralité des réserves. Le projet Liévin, d’évidence, n’a pas leurs faveurs, et ils détaillent un argumentaire offensif dans une lettre ouverte à Fleur Pellerin (via leur président-directeur Jean-Louis Martinez), en octobre, signée par quarante-deux conservateurs sur les cinquante-trois en poste. Ils y critiquent aussi bien le choix du lieu unique que son éloignement du navire amiral parisien, mettant en avant la constante et nécessaire circulation des œuvres entre le in et le off, les galeries et les réserves, mais aussi la nécessité de cette proximité pour les chercheurs du monde entier qui bénéficient à la fois de l’expertise des personnels en place dans les centres de conservation et de la richesse du fond bibliographique de l’Ecole du Louvre.” “Moins spectaculaire qu’à Radio France, mais plus rare , rapporte même Sophie Cachon dans Télérama : une partie des conservateurs étaient en grève le 9 avril.”

Le pire ennemi des pièces de musée est la multiplication des transports
“Mais , poursuit Didier Péron dans Libération, la ministre répond que la phase de diagnostic est achevée, et réaffirme « l’urgence et la nécessité de ce projet ». Une pétition intitulée « Annuler le projet des réserves du Louvre à Liévin » est mise en ligne, en février, assortie d’un texte virulent où l’on peut lire notamment que « le Louvre […] est aujourd’hui confronté à l’un des plus graves dangers de son histoire », et que le projet Liévin est une « aberration artistique, culturelle et financière sans précédent… » Elle a été, jusqu’à présent, signée par plus de 2 700 personnes – dont quelques poids lourds du monde de la recherche historiographique, tels que le professeur au Collège de France, spécialiste de la Mésopotamie, Dominique Charpin, le philosophe et historien Krzysztof Pomian, ou encore l’archiviste paléographe Geneviève Bresc-Bautier – et doit être envoyée bientôt au président de la République. Les volets du budget de fonctionnement du nouvel entrepôt, du recrutement des nouvelles équipes à Liévin, de la mobilité aussi bien des œuvres (dans des camions sécurisés) que des conservateurs et des spécialistes de la restauration entre Paris et Liévin, demeurent aussi des sujets d’inquiétude.“ En effet, rappelle Télérama, “le pire ennemi des pièces de musée est la multiplication des transports. Avant, c’était l’argument principal pour refuser certains déplacements aujourd’hui, c’est un choix délibéré.”

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