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"PhonePlay", de Morgane Bicail. Un succès avant même sa sortie en librairie.

Le rêve est possible

5 min

Embûches et réussites sur le chemin du premier roman à la française, du manuscrit envoyé par la Poste aux plateformes participatives sur Internet.

"PhonePlay", de Morgane Bicail. Un succès avant même sa sortie en librairie.
"PhonePlay", de Morgane Bicail. Un succès avant même sa sortie en librairie.

“Lu, par Le Magazine Littéraire, dans le programme des éditions Grasset à propos d’un livre à paraître en mars. « Thomas Thévenoud est né en 1974. Il est toujours député de Saône-et-Loire, après avoir été brièvement secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Manuel Valls. Sa démission, pour des raisons fiscales, a fait l’objet d’un immense scandale. Ce récit est son premier livre. Il l’a écrit lui-même. » Vous avez bien lu : il l’a écrit lui-même. On n’en revient pas nous-mêmes.”

Est-il illusoire d'envoyer son manuscrit aux grandes maisons d'édition ?

Quoi qu’il en soit, comme l’écrivent, eux-mêmes, Mohammed Aïssaoui et Françoise Dargent dans une enquête du Figaro Littéraire consacrée à « la petite fabrique des premiers romans », “deux millions et demi de Français rêvent d'être écrivains (selon un sondage réalisé par l’Ifop), mais une toute petite poignée accède au Graal. Un manuscrit a une chance sur mille d'être publié. Beaucoup d'auteurs en herbe s'interrogent, inquiets. « Est-il illusoire d'envoyer son manuscrit aux grandes maisons d'édition, Gallimard, Grasset… Je sais que je n'ai aucune chance auprès d'eux mais j'aimerais essayer quand même… » Ce genre de discussions, les forums d'apprentis romanciers en regorgent, comme celle-ci, pêchée sur le site du Cercle maux d'auteurs. Et, chaque année pourtant, des milliers de manuscrits continuent d'arriver dans les boîtes aux lettres des maisons d'édition. Ont-ils seulement une chance ? En ce début d'année, seuls 73 premiers romans ont eu l'honneur d'être publiés. Pour arriver en librairie, ils ont emprunté des chemins divers. Certains auteurs avaient déjà leurs entrées dans le milieu en tant que journaliste, universitaire ou même éditeur, mais, pour d'autres, un manuscrit envoyé par la poste s'est transformé en livre. Agnès Mathieu-Daudé, qui publie Un marin chilien chez Gallimard, en est encore tout éblouie. « Il y a deux ans, j'ai envoyé un premier manuscrit à quelques maisons d'édition. Quelque temps après, j'ai reçu un coup de téléphone de Philippe Demanet chez Gallimard qui me demandait si je pouvais le rencontrer. Nous avons beaucoup discuté de ce manuscrit, mais il n'était pas question de le publier. Par contre, il m'a donné des conseils très précieux. En sortant, j'étais plus que motivée pour continuer. » Son second manuscrit emportera finalement l'adhésion du comité de lecture. Cette conservatrice du patrimoine tient à répéter que le rêve est possible.”

"Daenninckx ? Un nom trop difficile pour avoir du succès."

Alors si vous aussi, vous rêvez de voir votre nom sur une couverture, et accessoirement sur un étal de librairies, le mensuel Lire vous a concocté un long dossier, intitulé « Comment se faire éditer », avec quelques conseils de bons sens, comme “envoyer un seul texte, même quand il s’agit d’une trilogie”, en prenant garde à bien “inscrire ses coordonnées – l’oubli arrive plus souvent qu’on ne le croit” tout en évitant de “trop empaqueter le manuscrit : il sera difficile à ouvrir”. Avec quelques témoignages aussi d’écrivains confirmés, se remémorant les avanies de leurs premiers pas. Ainsi de Didier Daeninckx. “Auteur de plus de cent livres, [il] a écrit son premier polar en 1978. Il s’intitulait Mort au premier tour. « J’ai fait dix photocopies, raconte-t-il, je suis allé dans une librairie pour relever les adresses des dix principaux éditeurs de polar et j’ai attendu leur réponse : neuf étaient négatives et le dixième n’a pas répondu. » Découragé, il devient animateur culturel puis journaliste localier. « Quatre ans plus tard, j’ai une réponse de ce dixième éditeur, Le Masque, qui prend mon manuscrit. Ce fut le flop total. Et une seule critique, celle de Michel Lebrun, qui disait à peu près cela : l’auteur a un nom trop difficile pour avoir du succès. »” Ou encore Dan Franck, qui “profite d’une année « sabbatique » à la Sorbonne pour écrire son premier roman qu’il adresse d’abord chez Gallimard. « Quinze jours plus tard, se souvient-il, n’ayant pas de réponse, je l’envoie chez Stock, puis chez Albin Michel, puis absolument partout. Et je ne reçois que des réponses négatives. Je me souviens même d’un compte rendu de lecture d’Henry Bonnier chez Albin Michel qui disait : “Ce livre est un paquet mal cuit, cet auteur ne sera jamais écrivain.” »”

Déjà 3 millions de lecteurs sur Internet

Mais ça, c’était le XXe siècle. Aujourd’hui, les écrivains en herbe publient directement sur Internet, et notamment sur Wattpad, ce “réseau social créé en 2006 par deux jeunes Canadiens, et devenu la plate-forme Web incontournable des amateurs de romans-feuilletons, comme le raconte Renaud Baronian dans Le Parisien. Destiné au partage d’écrits entre lecteurs et écrivains débutants, le site offre des espaces d’écritures très simples à utiliser et permet également à ses usagers de s’échanger des messages en direct. Certains donnent même leur avis instantanément sur ce qu’un auteur est en train d’écrire. Wattpad, qui regroupe près de 40 millions d’utilisateurs mensuels, dont 80 % de moins de 25 ans, permet d’avoir accès à des centaines de milliers de récits.” Et aux éditeurs de repérer leurs futures poules aux œufs d’or. “Elle n’en revient pas elle-même…, raconte encore le journaliste du Parisien. Morgane Bicail, 15 ans, a déjà séduit 3 millions de lecteurs sur Internet avec PhonePlay, l’histoire d’un amour adolescent entre une fille rebelle et un mystérieux prétendant qui lui écrit des SMS sans dévoiler son identité. Et ça n’est pas prêt de s’arrêter. Son récit, qui continue à connaître du succès sur Wattpad, a été repéré par l’éditeur Michel Lafon qui vient de le publier en librairie dans une version plus littéraire. […] Dans son premier récit, le héros [avait] les traits de Harry Styles, le chanteur du groupe One Direction, l’un des plus utilisés pour les fanfictions dans le monde. […] Le récit que l’on trouve aujourd’hui en librairie a gommé le nom et les traits du chanteur et a subi des modifications : « Pour moi, dit Morgane Bicail, c’est une autre version de cette histoire, plus littéraire, c’est ce que je voulais. Avec mon éditrice, nous avons effectué un vrai travail de réécriture, changé des mots et des expressions. ». [Ainsi, nous rassure l’article] ses héros ont beau communiquer par SMS, ils le font sans les abréviations utilisées par beaucoup d’ados. Car Morgane aime la langue française, même dans ces courts messages dont elle use et abuse.” C’était bien la peine de réformer l’orthographe…

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