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Les chiffres contre les lettres ?

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Le Marathon des mots à Toulouse
Le Marathon des mots à Toulouse Crédits : Radio France

Régis Debray démissionne de l'Académie Goncourt, pour, dit-il, avoir le temps de lire des livres hors actualité. Peut-être aussi par désaccord avec les livres primés ? Quant au CNL, il obtient que les écrivains soient rétribués pour leurs participations à des festivals littéraires. Ce qui agace un rien ces derniers...
“Régis Debray, 75 ans, quitte l'Académie Goncourt , nous apprend La Croix. « L'âge vient, avec la nécessité de compter au plus près le temps qui reste, pour resserrer les boulons, relire tout à loisir Musil, Garcia Marquez et Maurice Leblanc, et se replier sur sa propre librairie », écrit-il dans une lettre adressée, le 12 novembre, à Bernard Pivot, le président de l'Académie Goncourt. Régis Debray, qui avait remplacé Michel Tournier en 2011, ajoute : « Je n’ai plus la disponibilité, ni peut-être, je l'avoue, la générosité que requiert, avec nos cinq prix annuels dans divers genres, l'appréciation pondérée des nouveautés qui défilent. C'est en prenant acte de ce regrettable handicap lié à mes obligations de travail, et dans la crainte d’occuper un poste en manquant aux devoirs d’attention qu'il exige, que je me résous, tristement, à te présenter ma démission. »” “Cette démission, il ne cache pas qu’il y avait pensé plusieurs fois , rapporte Astrid de Larminat dans Le Figaro. Sans doute en 2013, lorsque Pierre Lemaitre emporta le prix Goncourt contre Frédéric Verger. Régis Debray n’avait pas caché sa mauvaise humeur et regretté que les Goncourt ait préféré un livre grand public à un roman d’une meilleure tenue littéraire. « C’est la librairie contre la littérature ! Les chiffres contre les lettres ! », avait-il déclaré.”

"Pourquoi un auteur serait-il le seul artiste à ne pas être payé ?" Marie Sellier, présidente de la Société des gens de lettres En parlant de chiffres et de lettres, “le Centre national du livre peut crier victoire , a-t-on lu dans la rubrique « Ecrits et Chuchotements » du Canard enchaîné : les écrivains invités à des salons et à des festivals toucheront quelques émoluments lorsqu’ils feront de l’animation : 150 euros pour une « rencontre autour d’un livre », 226 euros pour une « rencontre ayant nécessité un travail préparatoire » et 450 euros pour une « lecture-performance ». Holà ! , commente le Canard , il ne faudrait pas que les cachets en viennent à dépasser les droits d’auteur.” Si les écrivains sont sans doute ravis de cette mesure, tout le monde ne l’est pas, comme le constatent Hubert Artus et Thomas Rabino dans une enquête de Marianne. Pourquoi ? Parce que “ces nouveaux frais [seront] supportés par les festivals, sans que les éditeurs ou d’autres acteurs de la « chaîne du livre » ne soient concernés. L’annonce a, bien sûr, du mal à passer. […] Ça gronde du côté des organisateurs de festival (déjà sous le coup de baisses de subventions publiques drastiques). Ces derniers ne comprennent pas pourquoi ils devraient être seuls à payer. Impliquée dans l’idée de cette directive, la Société des gens de lettres, qui représente quelque 6 000 adhérents, estime, par la voix de sa présidente, Marie Sellier, qu’une certaine égalité est enfin rétablie : « On rémunère toujours un musicien ou un comédien. Pourquoi un auteur serait-il le seul artiste à ne pas être payé ? », dit-elle. Vincent Monadé, le président du CNL, de poursuivre : « La littérature vit la même chose que la musique : droits d’auteur en baisse. Les musiciens compensent par le spectacle vivant. Pourquoi l’auteur ne ferait-il pas pareil ? » Une réflexion qui s’appuie sur les exemples allemand et anglo-saxon, où les écrivains sont parfois grassement rétribués pour effectuer des « tours » et arpenter les librairies, au gré d’opérations 100 % promotionnelles sans rapport avec la philosophie républicaine de nos festivals littéraires, attachés à l’accès gratuit du public et à la démocratisation culturelle. Véronique Ovaldé, écrivain reconnue et habituée des salons, a participé à une des dernières réunions du CNL sur la question. Elle considère aussi que « le job d’un auteur est d’écrire un livre. Lorsqu’il se déplace dans un festival, c’est du temps qu’il ne passe pas à écrire, donc c’est du plus. » Elle précise : « C’est souvent un effort de parler en public de son livre… et de celui des autres invités à son débat, qu’il faut lire, et c’est là aussi du temps passé. » Cette mesure éclaire néanmoins l’énorme diversité des manifestations littéraires. Si la majorité d’entre elles reposent sur des débats et des dédicaces, d’autres se fondent aussi sur des mises en scène, des lectures musicales ou des performances. […]

"J’ai l’impression qu’on nous prend pour des gens qui exploitent les auteurs, alors que nous les accompagnons !" Hélène Fischbach, directrice de la programmation du festival Quais du polar Un des reproches faits à cette loi-cadre est, justement, son manque de distinguo entre les festivals de création, où les auteurs sont rémunérés (ce qui ne souffre évidemment aucune discussion), et ceux où leur présence assure aussi leur promotion et celle de leur éditeur. Le volet administratif peine lui aussi à faire l’unanimité : « On m’a assuré que, si j’appliquais la directive de cette année, mes salons toucheraient plus de subventions, mais le flou subsiste évidemment. Et doit-on vraiment payer à l’identique les auteurs qui font une table ronde d’une heure ou un débat de trente minutes ? », lâche un organisateur. Pour lui, d’autres problèmes se posent : « Ce sont plutôt les auteurs connus qui prennent la parole sur les salons. On devrait donc payer des gens qui n’en ont pas besoin, au détriment de jeunes auteurs qui seraient encore plus marginalisés ? » Parmi les solutions envisagées : rendre payante l’entrée des salons d’ordinaire gratuite… Commissaire générale du Livre sur la place à Nancy (180 000 visiteurs pour la 37e édition en septembre), Françoise Rossinot s’y refuse, préférant « réduire le salon s’il le faut ». Bien qu’embarrassée, elle compte « [s’]aligner » mais lance « un appel au CNL, pour qu’il accompagne sa propre mesure. Sinon, les auteurs et les libraires en pâtiront ». Du côté de Lyon et du festival Quais du polar, Hélène Fischbach s’étonne : « J’ai l’impression qu’on nous prend pour des gens qui exploitent les auteurs, alors que nous les accompagnons ! » La commissaire du festival lyonnais tient à préciser : « Dans un monde idéal, rémunérer les auteurs est logique. Mais est-ce du ressort de la manifestation, qui paye déjà les frais de voyage et de logement ? Pourquoi ne serait-ce pas à l’éditeur, qui promotionne ses livres ? L’équation est simple : le “surplus” équivaut à un poste à temps plein (30 000 €). C’est de l’argent qu’on n’a pas. » Bref , conclut Marianne, tout le monde est d’accord pour que les écrivains gagnent leur vie mais personne ne veut payer.”

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