LE DIRECT
"Coup de Tete", sculpture d'Adel Abdessemed sur la Corniche de Doha en 2013

Moins d'art au Qatar

5 min

Avec la chute du prix du baril de pétrole, le Qatar revoit ses ambitions artistiques drastiquement à la baisse. L'enthousiasme culturel des Occidentaux va-t-il se tourner vers l'Iran ?

"Coup de Tete", sculpture d'Adel Abdessemed sur la Corniche de Doha en 2013
"Coup de Tete", sculpture d'Adel Abdessemed sur la Corniche de Doha en 2013 Crédits : Fadi Al-Assaad - Reuters

On avait fini hier soir la revue de presse sur un article de Vanity Fair. Quelques pages avant, on trouve dans le mensuel un long article intitulé « L’appel du Qatar ». “Sur les rivages du golfe Persique, le nouveau haut lieu de l’art mondial ne cesse de se développer, en se dotant de musées magnifiques, véritables joyaux architecturaux, assure ce qui s’avère un publi-reportage. Le Qatar ne manque pas d’attraits, mais c’est sa scène artistique florissante qui fascine le plus, lit-on encore. Le Qatar, c’est « the place to be ». Il ne faut pas rater ça. L’excitation dans l’air est palpable, et si vous voulez la ressentir, c’est le moment d’y faire un saut. Et de vous autoriser une deuxième visite car, c’est certain, vous aurez envie d’y revenir.” Ou peut-être pas.

Le Musée National conçu par Jean Nouvel voit son ouverture repoussée à 2017

Car, “les temps sont durs pour le Qatar, nous apprend Lorraine Rossignol dans Télérama. Finie, la folie des grandeurs, qui prévalait depuis une décennie. Pensez donc, avec un baril de pétrole à 30 dollars (contre plus de 100 il y a seulement deux ans) ! Et, au même moment, un monstrueux budget à assumer pour l’organisation du Mondial 2022 – 189 milliards d’euros, du jamais vu dans le genre (pour comparaison, en 2014, le Brésil avait investi 14 milliards d’euros pour le même événement)… Pour la première fois de son histoire, le minuscule Etat du Golfe a dû, depuis le début de l’année 2016, remettre les pieds sur terre. Et le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, l’émir du Qatar, s’est vu contraint d’opérer, comme tout un chacun, des coupes budgétaires, de procéder à des licenciements, de revoir des salaires à la baisse, de réduire de deux à une le nombre de bouteilles d’eau distribué quotidiennement à ses employés, arguant que « le gouvernement ne pouvait plus pourvoir à tout »... […] Premières touchées : la culture et la communication, même si les secteurs de la santé et des transports sont également concernés. Ainsi Qatar Museums, l’autorité en charge de tous les sites et institutions culturels, aurait-elle vu son nombre de salariés chuter de 1200 à 800, selon le quotidien britannique Financial Times – un chiffre non confirmé par cet organisme d’Etat dont la sœur du cheikh, la princesse Mayassa, a fait son affaire, et qu’a toujours entouré la plus grande opacité – et 400 autres emplois seraient menacés. Les expatriés, qui représentent aujourd’hui 60 % du personnel de Qatar Museums, sont en outre invités à rentrer chez eux, avec leurs exigences de salaire et de train de vie. Objectif : que l’autorité culturelle soit désormais constituée de 90 % de locaux… que ces derniers en aient les compétences ou pas. […] Par ailleurs, de multiples projets ont été repoussés, telle la création d’un musée de l’Orientalisme, à l’étude depuis des années, d’un musée des enfants, ou d’un musée de la Perle (le Qatar n’a longtemps été qu’un pays de petits pêcheurs, côté Golfe, et de bédouins, côté désert). Quant au superbe Musée national, conçu par Jean Nouvel en forme de rose des sables (son coût s’élèverait à 434 millions de dollars), et qui aurait dû être inauguré cette année, il voit son ouverture repoussée à 2017… Alors que l’émirat, qui a toujours pratiqué un jeu double avec l'Occident et l'Etat islamique, comptait sur le secteur touristico-culturel pour s’assurer un avenir – bien conscient du caractère éphémère de son pétrole – voilà ses plans de développement durable contrariés franchement plus tôt que prévu. L’histoire ne dit pas, en revanche, si la famille royale, très consommatrice de chefs d’œuvre de l’histoire de l’art pour sa collection privée (dernière acquisition en date : un Gauguin de la première période tahitienne, Nafea faa ipoipo, acheté 300 millions de dollars en janvier 2015, ce qui fait de lui le tableau le plus cher du monde, juste avant les Joueurs de cartes, de Cézanne, acquis quant à lui pour 250 millions de dollars… par le Qatar aussi, évidemment) a dû également se serrer la ceinture. D’après une source de Qatar Museums, tel ne serait pas le cas : « Ce qui se passe ici est totalement sinistre. Cela ne les empêche pas de continuer à acquérir de nombreuses œuvres pour autant. »” Quoi qu’il en soit, conclut l’article de Télérama, “l’enthousiasme avec lequel certains avaient accueilli l’« ouverture culturelle » des dictatures du Golfe est pour le moins refroidi…”

Wim Delvoye à Téhéran

Un enthousiasme qui pourrait bien se reporter vers… l’Iran. « L’Iran, un marché difficile à reconquérir », titraient lundi les pages saumon du Figaro. Ce qui n’empêche pas, selon une brève de Beaux-Arts Magazine, “après la reprise des relations diplomatico-économiques, le rapprochement culturel entre Paris et Téhéran. Lors de la visite du président iranien Hassan Rohani en France, en février, le musée du Louvre a signé un accord historique avec l’Iran. Au programme : lutte conjointe contre le trafic d’œuvres, exposition sur la dynastie Qajar (1789-1925) au Louvre-Lens au printemps 2018, chantier archéologique de Nishapur, au nord-est du pays. Le projet d’envoyer une équipe sur le site antique de Suse a aussi été évoqué.” Et l’art contemporain n’est pas en reste. “L’artiste belge Wim Delvoye expose un choix de ses œuvres au Musée d’Art contemporain de Téhéran jusqu’au 13 mai, lit-on dans L’Obs. Un signe d’ouverture de la part des autorités iraniennes qui n’en a pas moins incité le turbulent créateur à se montrer prudent : il a renoncé à exposer dans la capitale iranienne l’une de ses œuvres les plus emblématiques, des peaux de porc tatouées.” De l’art oui, mais pas du cochon…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......