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Madonna en concert à Macau le 20 février 2016, Rebel Heart Tour

"Musique et politique, ça ne marche pas !"

5 min

Avec les Rolling Stones à Cuba, un groupe de metal iranien qui risque la peine de mort, Madonna pas en odeur de sainteté à Singapour et à Manille, Enrique Iglesias qui scandalise le Sri Lanka... et les candidats de l'Eurovision 2016 !

Madonna en concert à Macau le 20 février 2016, Rebel Heart Tour
Madonna en concert à Macau le 20 février 2016, Rebel Heart Tour Crédits : Bobby Yip - Reuters

“Les Rolling Stones se produiront [donc] gratuitement à La Havane [demain] 25 mars, trois jours après la visite historique de Barack Obama dans l’île, [comme l’a] annoncé le 1er mars le manageur du groupe de rock, dont le régime cubain qualifiait autrefois la musique de « déviance idéologique »”, a raporté une brève du Monde. Dans cette perspective, “le quotidien_ Granma, l’organe du Parti communiste cubain, a consacré samedi un long article pédagogique sur « Les Rolling Stones, la saga d’un mythe », relève _Le Figaro. Malgré l’enthousiasme que suscite à l’étranger le concert du groupe britannique à La Havane [demain], les Stones sont en effet inconnus de la jeunesse et d’une grande partie de la population cubaine. Et pour cause : la musique du groupe capitaliste a longtemps été interdite.”

Blasphèmes

Ce qui laisse un peu d’espoir à tous les musiciens et chanteurs persécutés peu ou prou par des pouvoirs politiques. “Un groupe de metal iranien risque [ainsi] la peine de mort, nous apprend une autre brève du Figaro. Arrêtés le 10 novembre dernier, deux membres du groupe de metal iranien Confess pourraient être reconnus coupables de blasphème et de propagande contre le régime pour « avoir joué des chansons impies ». Remis en liberté le 5 février, ils attendent leur procès. Ils risquent la peine de mort.” Blasphème encore, “le 22 février, six jours avant la venue de Madonna à Singapour, l'archevêque William Goh a mis en garde les fidèles sur le site Internet de son diocèse contre ceux qui « dénigrent et insultent la religion », a-t-on lu dans Le Monde. Il a avancé qu'« une société multi-ethnique comme Singapour ne peut se permettre d'être trop permissive sur le plan de l'expression artistique. Surtout quand cela se fait au détriment de la religion de certains ». Il a protesté contre « les pseudo-arts qui promeuvent la sensualité, la rébellion, le manque de respect, la pornographie, la corruption des esprits de la jeunesse ». L'homme d'Eglise faisait allusion au morceau Holy Water (« eau bénite » : « Embrasse-le mieux. Embrasse-le mieux. Il n'a pas un goût d'eau bénite ? »), que Madonna chante entourée de fausses nonnes légèrement vêtues, dansant autour de barres de strip-tease en forme de croix. Le gouvernement de Singapour a entendu Mgr Goh : il a interdit le concert aux moins de 18 ans. D'après le quotidien The Straits Times, la Media Development Authority de Singapour a prévenu la chanteuse que l'octroi de la licence de concert n'autorisait aucun contenu portant atteinte à la religion. Toujours d'après le journal, des fans chrétiens ont cependant déclaré qu'ils iraient au concert car ils l'attendent depuis longtemps – et qu'ils pensent que Madonna ne reviendra jamais à Singapour.” “Madonna n’est pas [non plus] en odeur de sainteté aux Philippines, rapporte Le Parisien. Les autorités du pays ont annoncé [le 28 février] qu’elles envisageaient d’interdire Madonna de tout concert dans l’archipel. Motif : elle aurait « manqué de respect » au drapeau national lors d’un de ses concerts à Manille [fin février]. Des vidéos montrent la chanteuse dansant sur scène avec le drapeau philippin sur les épaules. Une loi de 1998 punit d’un an d’emprisonnement le fait d’utiliser l’étendard philippin dans un costume ou un déguisement.”

Amitié, tolérance et Bisounours à l'Eurovision

Si elle continue comme ça, Madonna va finir fouettée au dard de raie. “La raie armée pastenague porte un dard dentelé, acéré et venimeux, qui peut atteindre 30 centimètres. Ses aiguillons occasionnent une vilaine plaie, tandis que son venin déclenche une douleur très vive, entraînant fièvre, spasmes et perte de connaissance. C’est pourtant, nous apprend Le Monde, une séance de fouet « à l’aide de queues de raies armées toxiques » qu’a promis, le 27 décembre, le président du Sri Lanka, Maithripala Sirisena, aux organisateurs du concert qu’a donné le chanteur pop espagnol Enrique Iglesias, à Colombo, le 20 décembre. Ce soir-là, des spectatrices enthousiastes ont lancé leurs sous-vêtements au chanteur, ou encore sont montées sur scène pour l’embrasser. « Cette attitude indécente contrevient à notre culture », a protesté le président, précisant : « Je ne dis pas que ces femmes indécentes devraient être fouettées (…), mais ceux qui ont organisé ce concert devraient l’être. »” Bref, où que ce soit dans le monde, “« musique et politique, ça ne marche pas ! », [comme le] déplorait Lisa Angell, au terme de la finale de l’Eurovision, le 23 mai 2015. Quelle nuit pour l’ambassadrice française, vraiment loin du podium ! Une débâcle même : 25e sur 27, rappelle Julien Jouanneau dans L’Express. Sa chanson, consacrée aux ravages de la guerre, récoltait des suffrages aussi nombreux que ses cordes vocales. Le thème, très casse-gueule, ne flirtait pas avec la gaieté de cette grand-messe. Pourtant, parmi les pays participant à l’édition 2016, qui [avaient] jusqu’au 14 mars pour dévoiler la chanson qui sera envoyée au front en mai prochain, certains ne capitulent pas et soufflent sur les braises. L’Ukraine crée la polémique en présentant 1944, qui revient sur la déportation des Tatars par Staline. La Russie verra rouge, comme en 2014, lorsque ses candidates, boucs émissaires de la situation géopolitique tendue avec l’Ukraine, ont été bombardées de sifflements. L’an dernier, rebelote. L’Arménie a dû modifier le titre de sa chanson, Ne niez pas, pour ne pas froisser la Turquie, qui y voyait une allusion directe au génocide. Voici le plan de bataille efficace afin de ne pas tomber sous le feu de la susceptibilité d’un pays, recommande donc L’Express : fredonner l’amitié, la tolérance, les Bisounours. La plupart des chansons victorieuses mitraillent les oreilles avec des refrains de paix entre les peuples, et personne n’a (encore) déclaré la guerre une fois les votes connus, même si ce n’est pas l’envie qui manque parfois. La France a compris. Cette année, elle appelle sous les drapeaux Amir Haddad, soldat idéal, beau gosse et chirurgien-dentiste. Il interprètera, le 10 mai, un hymne à l’amour avec quelques couplets en anglais. Aucun conflit à l’horizon. La Realpolitik, en somme.”

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