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Le Théâtre de l'Odéon occupé par des intermittents du spectacle et des étudiants

"On ne négocie pas avec la culture"

5 min

Le Théâtre de Trouville menacé, le Festival d'Avignon encore amputé cette année de sa subvention municipale, le gouvernement qui assure de son soutien au spectacle vivant sans sembler parvenir à peser sur la négociation du régime des intermittents : la culture reste un combat permanent...

Le Théâtre de l'Odéon occupé par des intermittents du spectacle et des étudiants
Le Théâtre de l'Odéon occupé par des intermittents du spectacle et des étudiants Crédits : Lionel Urman - Sipa

“Le magnifique théâtre à l’italienne de Trouville-sur-Mer est menacé, nous apprend une brève de L’Obs. Située au cœur du casino municipal, cette salle risque d’être détruite par un promoteur immobilier qui envisage d’y installer des chambres d’hôtel. Une pétition a été lancée pour défendre cette merveille de la Belle Epoque.” Sans signer de pétition, il a exprimé sa “colère, Christian Estrosi, le président de la région Paca, en apprenant que la municipalité d’Avignon avait décidé de ne pas revenir sur la baisse des subventions qu’elle accorde traditionnellement au Festival [du même nom], nous informait hier Le Journal du Dimanche. « C’est mettre en péril un événement qui fait le rayonnement de notre Région, a répliqué Christian Estrosi après s’être entretenu avec Olivier Py, le directeur du Festival, qu’il rencontrera cette semaine à Avignon. Dans ces conditions, je suis prêt à me substituer à la Ville. On ne négocie pas avec la culture. » En 2015, la municipalité avait décidé de diminuer ses subventions au Festival de 50 000 €. Mais s’était engagée ensuite à revenir sur ce manque à gagner. La région Paca soutient, elle, de manière constante le Festival, à hauteur de près de 600 000 € par an.”

Audrey Azoulay inquiète pour les festivals et la saison théâtrale à venir

Christian Estrosi est donc tout à fait sur la même longueur d’onde que la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, qui assure dans un entretien à Libération paru le 16 avril que « le soutien au spectacle vivant est au cœur de la politique artistique [du gouvernement]. Nous avons la chance, dit-elle, d’avoir en France un modèle de soutien aux artistes envié à l’étranger, grâce au dynamisme de nos lieux de création et de diffusion. Cela passe par le maintien d’un régime spécifique d’assurance chômage, qui correspond à l’activité intermittente de ces professions aujourd’hui inquiètes pour les négociations sur l’avenir de l’Unédic. En 2015, le gouvernement a pris ses responsabilités et permis de rétablir un dialogue serein avec les professionnels les plus directement concernés. Ils discutent en ce moment et j’ai bon espoir qu’un accord sera trouvé fin avril », se rassure la ministre, qui estime tout de même que « le cadrage adressé au monde du spectacle [par le Medef, qui lui demande une économie de 185 millions] est une provocation, et il est clairement un appel explicite à ce que ce soit le gouvernement qui finance une bonne part des économies. Tout le monde reconnaît qu’une économie se situant autour de 100 millions, après ceux de la précédente convention, constituera déjà un effort très important pour la profession. Le Premier ministre l’a dit, l’Etat ne laissera pas tomber les intermittents, il ne permettra pas que ce régime soit dans l’impasse. Mais la demande des professionnels du secteur est bien de préserver dans la durée un régime d’indemnisation du chômage dans le cadre de la solidarité professionnelle. » Craignez-vous des protestations à Cannes ou à Avignon ?, lui demandent les journalistes de Libération. « Les gens savent que les festivals sont fragiles et ont eu du mal à se remettre des crises précédentes, tente-t-elle encore de se rassurer. Mais je suis aussi inquiète pour la saison qui s’annonce quand je vois le désengagement important de certaines collectivités locales. J’appelle simplement tous les mouvements à préserver les lieux culturels et les événements qui contribuent à renforcer le lien social. Le Premier ministre a annoncé un dégel de 50 millions d’euros pour la culture », rappelle-t-elle enfin.

Patate chaude

Quatre jours plus tard, le 20 avril, “au Conseil des ministres, Audrey Azoulay a consacré une communication au spectacle vivant, rapportait Armelle Héliot vendredi dans Le Figaro. Confirmation d’annonces techniques faites par Manuel Valls lors de sa visite au Centre Pompidou-Metz, telle « la levée partielle de la réserve de précaution » à traduire pour le secteur : 29 millions de crédits d’intervention dans les territoires. La ministre a également annoncé que 8 millions d’euros supplémentaires allaient être dédiés aux conservatoires nationaux, conservatoires très menacés, on le sait, par le désengagement des collectivités et les nouveaux découpages régionaux, ainsi que l’analysent depuis longtemps Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime et présidente de la commission culture, et François de Mazières, député maire de Versailles. Évidemment, dans cette communication officielle, il a été question des intermittents. Phrases rassurantes reprises elles aussi de déclarations du premier ministre. Mais que va-t-il se passer dans la réalité ?, s’interroge Le Figaro, qui rappelle donc qu’à peine arrivée Rue de Valois, Audrey Azoulay avait qualifié de « provocation » le cadrage envisagé par le patronat et trois syndicats (CFDT, CFTC, CFE-CGC) et demandant 185 millions d’euros d’économies au régime spécifique de l’intermittence, tout en espérant que l’État en compense une partie pour 80 millions d’euros. Chacun se renvoie la patate chaude, une fois de plus. Deux jours de manifestation sont fixés par les intermittents les 25 et 28 avril.” Et ça n’a pas tardé : comme le rapporte aujourd’hui le site de Libération, “une cinquantaine d’intermittents du spectacle et d’étudiants ont investi, ce dimanche soir, le théâtre de l’Odéon à Paris, afin de peser sur les négociations en cours sur leur régime d’assurance-chômage, dont le premier round se [termine en ce moment même]. Arrivés à la fin de la représentation de Phèdre, ils ont réussi à pénétrer sur la terrasse du théâtre avant d’y déployer une banderole : « De l’argent, il y en a, construisons de nouveaux droits ! » « Nous voulons que l’on bâtisse un modèle social pour tous les gens qui sont en emploi discontinu, que tous les gens qui sont en CDD permanents comme nous puissent être accompagnés par un système de protection sociale collectif », explique à Libération l’une des participantes à l’opération.” “Les militants, précise Le Monde, ont demandé à l’administrateur de pouvoir occuper le Théâtre de l’Odéon jusqu’à mardi et d’y tenir une assemblée générale [ce] lundi soir.” Assemblée générale qui se tient en ce moment-même, sous la pluie, un cordon de CRS empêchant l'accès au bâtiment. Comme dirait Christian Estrosi, « on ne négocie pas avec la culture ». Mais on se bat pour elle…

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