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Nomination express (et compensatoire ?) à l'Odéon

5 min

Stéphane Braunschweig
Stéphane Braunschweig Crédits : Corinne Amar - Radio France

La rapidité de la nomination de Stéphane Braunschweig à la direction de l'Odéon-Théâtre de l'Europe, peu après le décès de Luc Bondy, et la qualité des concurrents écartés font débat dans la presse.
Il y a trois semaines, la Dispute rendait hommage à Luc Bondy, décédé le 28 novembre. Depuis, “tout est allé très vite , comme l’écrit Brigitte Salino dans Le Monde. Moins d'une semaine après [son] enterrement, auquel assistait Nicolas Sarkozy, l'ancien président de la République qui l'avait fait nommer à la direction de l'Odéon-Théâtre de l'Europe, le ministère de la culture et de la communication a annoncé, dans un communiqué daté du mercredi 16 décembre, que Stéphane Braunschweig sera le nouveau directeur [du théâtre]. La décision a été prise dans un contexte qui ravive le débat sur la nature et la fonction d'un théâtre de l'Europe aujourd'hui” , juge Le Monde.

Le plus "européen" des directeurs ? “Considérant que le ministère met en avant le caractère « européanophile » des directeurs ainsi qu’une volonté de rajeunissement des artistes programmés, le nom de Braunschweig était particulièrement adapté , estime Guillaume Tion dans Libération. A la recherche « du plus européen » des directeurs, et sans attacher d’importance à sa nationalité, le ministère a privilégié un projet « cohérent » au service du théâtre… européen. Jusqu’à faire de cette nomination un développement naturel du parcours de Braunschweig, qui a monté du répertoire européen en France, ainsi qu’en Europe. Et dont le nom était déjà pressenti en 2008 pour accéder au même poste. Olivier Py avait alors été préféré. Braunschweig traîne aussi une réputation de bon gestionnaire, que ce soit au TNS ou à la Colline, qu’il quitte sur un « très bon bilan », fait-on savoir au théâtre. C’est-à-dire hausse des abonnements (plus de 10 000) et ouverture aux jeunes metteurs en scène (Michael Thalheimer, Lucia Calamaro…). « En termes d’efficacité, de curiosité et de découverte, c’était parfait ! » Par contre, en terme de timing, ça en a choqué certains, comme Armelle Héliot. “Quelle célérité ! , s’exclame-t-elle dans Le Figaro. Au lieu de citer Derrida devant l'urne des cendres de Luc Bondy, la ministre aurait pu parler de ses projets. Cela aurait été encore plus vite. Et là, dans un cimetière, nul n'aurait songé à discuter. Le mandat de Luc Bondy allait jusqu'en mars 2017 , rappelle-t-elle. Il est bien clair que dans une maison aussi importante que l'Odéon-Théâtre de l'Europe, les programmations sont élaborées très en amont. Pierre-Yves Lenoir, administrateur, et Éric Bart, directeur de la programmation, travaillaient depuis longtemps sur les saisons à venir. Ajoutons que Pierre-Yves Lenoir a tout à fait les épaules pour assurer un long intérim dans l'esprit de Luc Bondy. On voit donc mal quelle obscure raison a précipité la décision.” “Au ministère de la Culture, rapporte Libération, on met en avant le fait que la question de sa succession était envisagée depuis déjà deux ans. Le précédent directeur savait qu’il ne ferait qu’un mandat. Pour le bon fonctionnement du théâtre et de ses équipes, il n’était de surcroît pas nécessaire de retarder une décision validée.”

Des épaules solides “La nomination surprend” cependant aussi à Télérama. “Pourquoi une telle précipitation, alors que l'équipe, comme le monde du théâtre, est encore sous le choc ? , s’interroge Emmanuelle Bouchez. Pourquoi n'avoir pas pris le temps d'observer les projets de tous les candidats potentiels ? Pourquoi, enfin, enlever Stéphane Braunschweig de La Colline, où il a été reconduit pour trois ans, il y a un an à peine, où il vient de relancer sa politique de soutien aux compagnies indépendantes ? Lui qui ne voulait plus être candidat nulle part depuis sa candidature malheureuse à La Comédie-Française, l'année dernière, face à Eric Ruf... Nommer pour réparer ou compenser n'est pas la meilleure façon d'envisager l'avenir de ces maisons théâtrales qui ont chacune leur spécificité.” “Il y a évidemment un côté compensation dans ce choix, mais pas seulement , relativise Philippe Chevilley dans Les Echos. L’homme est respecté en tant qu’artiste, il a les épaules solides, connaît bien les institutions culturelles françaises. Il a travaillé en régions (Orléans, Strasbourg). Il a fait des mises en scène en Europe et a fait venir des Européens à la Colline … Car il ne faut pas oublier que l’Odéon est le Théâtre de l’Europe depuis 1990, ouvert à la création de nos voisins. Il a ainsi été dirigé par un Italien (Georgio Strehler), par un Espagnol (Luis Pasqual), par le suisse Luc Bondy, mais aussi par des Français : George Lavaudant et Olivier Py. Piloter ce vaisseau théâtral réputé, fort de deux salles (l’Odéon et les Ateliers Berthier) n’est pas une sinécure. Stéphane Braunschweig est attendu au tournant par ceux qui espéraient la nomination d’une star étrangère.”

"L'Europe de la culture doit s'incarner dans des actes forts, puissants." Jack Lang

“Il y avait en lice et en cours de belles candidatures étudiées par le ministère de la Culture , rappelle en effet Télérama : Thomas Ostermeier (finalement pas retenu car il ne voulait pas lâcher la Schaubühne de Berlin) ; Ivo Van Hove, le metteur en scène belge travaillant à Amsterdam dont le travail séduit de plus en plus en France ; et surtout le Polonais Krzysztof Warlikowski, artiste déchaînant les passions d'Avignon à Paris. Sa candidature s'organisait dans un partenariat avec Joël Pommerat comme artiste associé principal... A l'heure où les instituts français ferment dans toute l'Europe, réfléchir pour nos institutions à de tels metteurs en scène est une autre façon de construire cette utopie, de la faire rayonner malgré tout.” C’est aussi l’avis de Jack Lang, qui avait cofondé le Théâtre de l’Europe avec le metteur en scène italien Giorgio Strehler en 1983, et déclare au Monde : « Symboliquement, la nomination d'un directeur qui ne soit pas français a un autre poids. Je pense que la France se grandit lorsqu'elle choisit à la tête du Théâtre de l'Europe une personnalité internationale, et que l'Europe de la culture doit s'incarner dans des actes forts, puissants. » “Reste à savoir, concluent Les Echos, dans ce jeu de chaises musicales, qui remplacera [Braunschweig] à la Colline. Le jeu est ouvert. Christian Schiaretti, qui avait lui aussi postulé à la Comédie-Française, n'est pas candidat. D’autres noms pourraient apparaître, comme celui du metteur en scène Éric Vigner, qui quitte la direction du théâtre de Lorient. Au train où vont les choses du côté de la rue de Valois ces jours-ci, on pourrait être fixé assez vite.”

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