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Pas de miracle

5 min

Mercredi dernier, une brève du Parisien nous informait de la mise en vente, de 15 à 115 €, de places pour un spectacle de Gad Elmaleh, le 16 mars, à… l’Opéra Garnier. Gad Elmaleh à l’Opéra ? Pour décrypter cet apparent oxymore, on se reportera utilement à la chronique de Michel Guerrin dans Le Monde de samedi, titrée « Augmente ou crève » . “Le gouvernement , note-t-il, veut économiser des milliards partout . Il a même expliqué comment faire dans la culture. Sa recette est nichée au cœur d’un texte officiel publié le 18 décembre 2013, passé inaperçu. L’Etat demande au Louvre ou à l’Opéra national de Paris de développer « le mécénat, la billetterie, la location d’espaces… » Ce qui revient à dire : débrouillez-vous pour gagner plus d’argent car on va vous en donner de moins en moins. C’est direct mais cela n’a pas provoqué un grand émoi parmi les décideurs culturels. Il est vrai que ces derniers sont souvent de gauche, et qu’on a bien plus entendu leur indignation quand, en 2007, le président Nicolas Sarkozy voulait fixer des « obligations de résultat » aux théâtres subventionnés. Nous y sommes , estime le chroniqueur du Monde . Mais comment un musée ou un théâtre peut-il trouver de l’argent quand le mécénat régresse et que la reprise se fait désirer ? En augmentant le prix du ticket, pardi ! En « tapant » le client, en somme. Nombre de responsables de lieux culturels y réfléchissent. C’est même le sujet du moment pour La Lettre du spectacle du 21 janvier, que le bimensuel développe sous le titre : « Quelles politiques tarifaires face aux baisses des subventions ? » Pas évidente, la réponse. Si l’Etat ou une ville subventionne un opéra ou une salle de ballet, c’est en effet pour qu’ils puissent offrir des prix bas et ainsi attirer un public large, notamment le plus modeste. Déjà que ce dernier objectif est plutôt un échec, vous imaginez le résultat si les billets sont plus chers… Il n’y a en fait que dans l’art lyrique que l’option est possible. Car l’opéra attire un public aisé pour qui une augmentation serait indolore, et la gamme de prix des places de Turandot ou de Carmen est si variée (de 10 à 180 € environ) que l’on peut la moduler. Aussi Stéphane Lissner, qui sera le patron de l’Opéra national de Paris à partir d’août, vient-il de décider, pour la rentrée de septembre 2014, d’augmenter les trois catégories de prix qui sont déjà les plus élevées. « Mais, dans le même temps, dit-il, je réduis de 5 € les cinq catégories les plus basses. » De plus, les billets pour les représentations du lundi baisseront de 20% alors que ceux du samedi augmenteront de 10%. Tout cela fera-t-il gagner de l’argent à l’opéra ? C’est en tout cas un objectif. Pour les théâtres , poursuit Michel Guerrin, c’est une autre histoire. Paul Rondin, le directeur délégué du Festival d’Avignon, résume le climat : « Il est scandaleux de compenser une baisse de subvention par une hausse des tarifs. Aller au théâtre, pour beaucoup, c’est cher. Et venir à Avignon, se loger, c’est déjà un gros effort. » Ce dernier et Olivier Py, nouveau patron d’Avignon, ont donc décidé de… baisser le tarif le plus élevé de 40 à 38 € pour l’édition de juillet. « Quand nous l’avons annoncé aux tutelles, on nous a répondu avec un grand silence ou en fronçant les sourcils. » Avignon joue gros. Car baisser les tarifs oblige à « trouver un mécène, à réduire le nombre de spectacles tout en augmentant le nombre de représentations, en tout cas à bien remplir les salles », reconnaît Paul Rondin. […] Reste que ce phénomène autour du ticket met en péril la priorité actuelle de tout lieu culturel : attirer des jeunes. « Il ne faut pas se mentir, confirme Paul Rondin, les théâtres et opéras sont touchés par un vieillissement des spectateurs. Si on ne sait pas attirer des jeunes, on va mourir. » Olivier Py veut offrir aux moins de 26 ans quatre spectacles du « in » avignonnais pour 40 €. A l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner imagine pour 2015-2016 des places à 10 € pour les moins de 30 ans.”

Sauf que le jeune, qu’est-ce qui l’intéresse, le jeune ? La comédie musicale, pardi, et bien de chez nous ! “Ces spectacles à base de vocalises à trémolos et de guimauve symphonique sont en pleine forme , constate Jean-Michel Normand dans M le Magazine du Monde. Cindy (Cendrillon 2002) avait mis la barre très haut dans le genre tocard, mais nous avons aussi eu droit à Cléopâtre, la dernière reine d’Egypte, aux Amants de la Bastille ou à Dracula, l’amour plus fort que la mort. Là, c’est Robin des bois qui triomphe au Palais des congrès. Et il se pourrait que les limites soient bientôt repoussées par le spectacle qui, dans deux ans, retracera la vie de Bernadette Soubirous. Le projet, dont on ignore s’il s’appellera Soubirousmania ou La Grotte enchantée, n’émane pas d’une chorale de boy-scouts coachée par des dames patronnesses. C’est un pro - Roberto Ciurleo, producteur de Robin des bois – qui s’y colle.” “En se basant sur les succès passés de Robert Hossein, il est convaincu que le filon de la foi est loin d’être tari , explique Véronique Groussard dans Le Nouvel Observateur. Ciurleo est d’ailleurs à l’origine du disque Thérèse. Vivre d’amour, à partir des textes de sainte Thérèse de Lisieux, qui s’est vendu à 120 000 exemplaires – et « c’est parti pour durer car il va être adapté dans plusieurs pays », dit-il. Les trois années qu’il a passées outre-Atlantique l’ont convaincu que tous les sujets peuvent être traités en comédie musicale, « y compris la dépression nerveuse, qui cartonne à Broadway ». Lourdes, c’est un beau marché touristique, puisque c’est la « deuxième ville hôtelière de France derrière Paris, avec 7 millions de visiteurs qui ne connaissent souvent l’histoire de Bernadette que de très loin. »“ “Comme le spectacle réclame une bonne demi-douzaine de millions d’euros d’investissement, il faudra quand même le faire voyager.”

On l’attend donc prochainement au palais des Papes, avant de le voir triompher sous les ors de Garnier. Avec Gad Elmaleh dans le rôle de la Vierge ?

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