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Manuel Valls et Audrey Azoulay lors d'un débat sur la culture, le 9 juin

Pendant les négociations, le débat continue

6 min

Point d'étape sur le dossier des intermittents et sur la culture à Grenoble, le tout sur fond de tribunes dans la presse.

Manuel Valls et Audrey Azoulay lors d'un débat sur la culture, le 9 juin
Manuel Valls et Audrey Azoulay lors d'un débat sur la culture, le 9 juin Crédits : Alain ROBERT/Apercu - Sipa

Soyons rassurés, « les négociations avancent avec les intermittents », nous assure une brève de La Croix. “La ministre de la culture, Audrey Azoulay, continue ses négociations avec les intermittents afin d’éviter des perturbations des festivals d’été, y lit-on. « Ce qui est en train de se faire, a-t-elle dit sur France 2, c’est les prémices d’une solution durable avec un accord équilibré qui a été trouvé en avril entre les employeurs, les salariés, et maintenant il faut que cet accord puisse cheminer au niveau des confédérations qui gèrent l’Unedic, des partenaires sociaux et pour qu’il puisse être mis en application dès juillet. Je pense que d’ici là nous aurons franchi les bonnes étapes », a-t-elle ajouté.”

Epuisement

Sauf que pendant les négociations, le combat continue. “Une centaine de militants proches de la Coordination des intermittents et précaires ont investi, mardi midi, le siège du Medef, à Paris, a-t-on lu dans Libération. Profitant d’un colloque sur le contrôle fiscal des entreprises, auquel devait participer Pierre Gattaz, ils ont réussi à s’infiltrer dans ce bâtiment, pourtant largement sécurisé, pour protester contre le blocage des négociations sur leur régime spécifique d’assurance chômage. Une action spectaculaire, au cours de laquelle des banderoles ont été déployées, l’une portant l’inscription : « Le déficit de l’Unédic masque les profits du patronat. »” Tout cela, pour Télérama, est le signe d’un « épuisement ». “Le monde de la culture et du spectacle vivant fatigue, las de constater à quel point il est difficile de clore le dossier des intermittents, note Sophie Rahal. Une saga dont l'intrigue est le régime d'assurance chômage des salariés intermittents du spectacle, et le nombre de protagonistes, proche de 115 000 (soit le nombre d'allocataires indemnisés au moins une journée en 2014 au titre des annexes 8 et 10, qui régissent le régime intermittent, selon Pôle Emploi). Pas sûr que la tribune publiée mercredi dans les pages de Libération et sur le site lettreouverte.jimdo.com réchauffe l'ambiance chez les négociateurs, dévoués depuis des mois à ces discussions techniques. Un « collectif », composé de 400 personnalités du monde du spectacle et du cinéma (metteurs en scène, auteurs, réalisateurs, comédiens, techniciens, directeurs de structures nationales... dont Mathieu Amalric, Jacques Audiard ou encore Denis Podalydès) dénonce un débat pourri par les clichés et les idées reçues qui accompagnent l'intermittence : souvent taxés de « privilégiés », « profiteurs » ou « fainéants », les salariés intermittents peinent en effet à se faire entendre (et comprendre) de leurs publics. Mais surtout, ils s'opposent à ce que l'intervention de l'Etat se transforme en « prise en charge durable », craignant (à juste titre) que ce régime spécifique ne devienne « tributaire des budgets de l'Etat et des alternances politiques ». Et de se demander : « que se passerait-il au prochain changement de président à la tête de l'Etat, au prochain changement de gouvernement, de majorité à l'Assemblée ? ».

"Il fallait d'abord répondre à l'urgence et ensuite se battre pour des choix de société en 2017." Manuel Valls

Cette méfiance s'appuie sur les récentes déclarations du Premier ministre, Manuel Valls, qui, en affirmant « vouloir s'engager dans la préparation de la mise en œuvre de "l'accord" afin qu'il entre en vigueur en juillet » (date d'expiration de l'actuelle convention chômage), confirmait la volonté de l'Etat d'assurer l'existence de ce régime spécifique, d'ailleurs inscrit dans la loi. Dans une réponse parue ce jeudi matin (« Pérenniser le régime des intermittents, un acte de confiance », toujours chez Libé), le Premier ministre leur écrit : « il fallait d'abord répondre à l'urgence et ensuite se battre pour des choix de société en 2017 ». […] Pour les signataires, il s'agit là d'incursions dangereuses du politique dans le culturel. Ils rappellent qu'en 2014, le même Valls avait déjà décidé, pour calmer la gronde, d'assumer le surcoût engendré par le report du différé d'indemnisation, une mesure très contestée par les intermittents (parce qu'elle instaurait un délai avant la perception des indemnités). On peut entendre ces préoccupations, et lire en filigrane la crainte que ne disparaisse ce régime si particulier, lié à des professions dont l'intermittence est la caractéristique. Mais a-t-on encore le choix de refuser un coup de pouce provisoire, alors que le conflit s'enlise et que la saison des festivals risque d'en pâtir ? Une dernière réunion interprofessionnelle de négociations doit avoir lieu le 16 juin prochain...” “Le premier ministre joue gros, analyse Clarisse Fabre dans Le Monde : régler le dossier des intermittents pourrait être l’un des – rares – points positifs de son bilan social à un an de l’élection présidentielle. Et il vaudra mieux avoir les artistes de son côté en 2017…”

Bouvard et Pécuchet à Grenoble

Eh oui, car s’il y a des « incursions dangereuses du politique dans le culturel », il y a tout autant des incursions récurrentes du culturel dans le politique : “dans une tribune publiée par Libération (décidément le lieu où ça débat dans le théâtre, en ce moment…) le 2 juin, et relevée par Politis, le dramaturge Joël Pommerat exprime vivement sa déception vis-à-vis de la politique culturelle menée par la ville de Grenoble, sur laquelle il avait fondé des espoirs. Mais, écrit-il, « le maire, Eric Piolle, et son adjointe à la culture, Corinne Bernard […] m’ont fait désespérer un peu plus encore de la situation politique de notre pays par leurs actions, et leurs propos, à peu près équivalents dans la teneur et dans le fond à ce qui se passe partout ailleurs en France ». Et d’énumérer les décisions de coupes budgétaires ou de reprise en main, et les déclarations malheureuses. Cette politique culturelle est, tacle-t-il, « un tout finalement compliqué, contradictoire et paradoxal, mâtiné de suffisance et d’arrogance, de naïveté, à la Bouvard et Pécuchet ». On attend maintenant la réponse des intéressés”, concluait jeudi Politis. Réponse qui n’a pas tardé, publiée, devinez où : dans Libération, naturellement, sous le titre « A Grenoble, une culture ni populiste ni libérale », où le maire Eric Piolle et son adjointe, non à la culture, mais aux cultures, appréciez la nuance, Corinne Bernard, peu ravis de voir leur politique taxée par Pommerat de « libérale » et « populiste » « défendent leurs choix budgétaires et militent pour une ouverture des lieux et projets culturels ». Ce n’est qu’un début, continuons le débat…

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