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Qui fait la loi, dans le cinéma ?

6 min

Argent et censure, mais surtout argent, à l’œuvre dans les coulisses du cinéma...
Qui fait la loi, dans le cinéma ? En France, c’est peut-être Luc Besson. Vendredi, Le Figaro et Le Parisien nous apprenait qu’il “aurait obtenu de Bercy et du ministère de la Culture qu’un amendement soit glissé dans la prochaine loi de finances afin d’élargir le bénéfice du crédit d’impôt cinéma aux films français tournés en anglais. Le cinéaste avait fait savoir que s’il n’obtenait pas ce crédit d’impôt, il tournerait à l’étranger, en Hongrie, sa superproduction Valérian, dotée d’un budget de 160 millions d’euros.” Dans cette affaire déjà évoquée ici, Le Canard enchaîné avait raconté début septembre comment l’auteur et producteur du futur “film le plus cher de l’histoire du cinéma français” avait “enrôlé, dès avant l’été, Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l’Assemblée, dans sa bataille. Le 8 juin, l’élu de Seine-Saint-Denis visite la Cité du cinéma en compagnie de la secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire, et il promet son soutien. En juillet, il organise une rencontre entre Besson et Fleur Pellerin, les deux s’étant déjà beaucoup parlé au téléphone. L’affaire est entendue. La ministre de la Culture a convenu que le film du cinéaste « se trouv[ait] dans un angle mort de la réglementation » et que ce serait « réglé » dans la loi de finances, à l’automne, par un amendement du gouvernement en faveur des films « à effort visuel », c’est comme ça que ça s’appelle quand il y a de l’animation et des effets spéciaux.”

Interdire aux mineurs tout film à contenu sexuel explicite ? La ministre avait cet été un autre souci avec un film à gros « effort visuel » . Ayant suivi l’avis, après un deuxième examen par elle réclamé, de la commission de classification des film, elle n’avait interdit Love , de Gaspar Noé, qu’aux moins de 16 ans. Le tribunal administratif, saisi par l’association Promouvoir, a obtenu le 31 juillet du tribunal administratif que l’interdiction du film passe à moins de 18. A la suite de quoi, Fleur Pellerin a saisi le Conseil d’Etat pour casser la décision. Depuis, nous apprend Le Parisien , la ministre “a engagé une réflexion sur les conditions d’interdiction des œuvres de cinéma aux mineurs, « pour que le classification (qui interdit aux mineurs tous les films comportant des scènes de « sexe non simulé »), puisse mieux tenir compte de la singularité des œuvres et de leur impact sur le public », a précisé [mercredi] le ministère.” On suivra tout cela avec attention…

En Chine, l'homosexualité tolérée, la sextape beaucoup moins Il faut dire que même en Chine, les choses changent. “La censure chinoise a le coup de ciseau facile , rappelle Michel Guerrin dans Le Monde. Mais, là, elle a hésité longtemps. Douze mois. Et puis, mercredi 2 septembre, elle a accepté qu'un film dont le sujet est l'amour secret entre deux homosexuels sorte dans les salles du pays. C'est une première. Pas l'amour entre deux Chinois, il ne faut pas exagérer, mais entre un Chinois et un Français – joué par Jérémie Elkaïm. L'auteur du film, Wang Chao, n'a pas bridé son enthousiasme : « C'est un grand pas pour le monde du cinéma. » Dans la vraie vie, le chemin reste long, en Chine, pour les gays et lesbiennes, quand on sait qu'ils étaient encore qualifiés de malades mentaux en 2001. Quant au sexe… Une vidéo a fait monter la température des réseaux sociaux à partir du 15 juillet. Elle montre une étudiante et un étudiant de Pékin faisant l'amour dans une cabine d'essayage d'un magasin [Uniqlo]. Des millions d'internautes ont visionné ces 71 secondes de plaisir tournées à bout de bras par le garçon avec son smartphone. Avant d'être censurées. Cinq personnes ont été arrêtées, dont le couple, qui risque deux ans de prison. L’administration chinoise du cyberespace a dénoncé une vidéo « violant les valeurs fondamentales du socialisme ».”

250 films sur Jésus, 120 sur Moïse, et 40 sur Bouddha. Mais un seul sur Mahomet... Valeurs fondamentales, là encore, pour ne pas dire fondamentalistes. “Le grand mufti d’Arabie saoudite, cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, a jeté l’anathème sur le film Mahomet, de Majid Majidi [l’un des plus grands cinéastes iraniens], sorti fin août en Iran et qui raconte la vie d’enfant du Prophète, de sa naissance à l’âge de 13 ans , rapporte François Darras dans Marianne. Le mufti est catégorique : « C’est un film païen et une œuvre hostile à l’islam. » Et sa projection est « illicite selon la charia ». De son côté, la Ligue islamique mondiale, basée à La Mecque, a rappelé « l’interdiction de représenter le prophète Mahomet ». Son secrétaire général, Abdallah al-Turki, a invité les responsables iraniens « à suspendre et à interdire la projection du film, [qui est] une violation de nos obligations à l’égard du Prophète », exhortant les musulmans à le « boycotter ».” « Bien qu’il existe 250 films sur Jésus-Christ, 120 films sur Moïse, 80 sur les autres prophètes et 40 films sur Bouddha, il n’en existe qu’un sur la vie du prophète Mahomet (Le Message , de Moustapha Akkad avec Anthony Quinn et Irène Papas), précisait fin juin Majid Majidi à L’Humanité . Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à représenter la vie du Prophète au cinéma, ni dans le monde musulman ni dans le monde occidental. […] Mon film est proche du film de Franco Zeffirelli, Jésus de Nazareth. Je tente aujourd’hui d’inscrire Muhammad, l’enfance du prophète dans son époque, celle du cinéma. J’ai voulu faire un être de chair et de sang, tout comme Jésus chez les chrétiens. J’ai travaillé sur la démarche du personnage, sur ses gestes et ses attitudes » , explique le cinéaste, qui a “travaillé pendant plus de huit ans sur ce film, parrainé par l’Etat iranien. Une superproduction de 35 millions de dollars, le plus gros budget de l’histoire du cinéma iranien.”

Le Qatar dégaine son chéquier “Majid Majidi prétendait casser « l’image violente » de l’islam véhiculée par les djihadistes, espérant que son film pourrait unir les frères ennemis musulmans. Il a simplement oublié , constate Marianne, que la lutte entre les sunnites et les chiites, ce n’est pas du cinéma.” Mais elle passe aussi par là. Car “du coup, les Qataris font monter les enchères sur cette rivalité régionale et veulent à leur tour produire leur propre version de la vie de Mahomet , nous apprend L’Humanité. Le Qatar l’a récemment annoncé, leur film ne montrera pas le Prophète. Les Qataris auraient embauché le producteur du Seigneur des anneaux, Barrie Osborne et, comme conseiller scientifique, le très controversé prédicateur de l’islam sunnite, condamné à mort en Égypte et recherché par Interpol, Yusuf Al Qaradawi, longtemps animateur d’une émission polémique sur Al-Jazeera. Bud get de ce projet pharaonique : un milliard de dollars.” Rien à faire, dans le cinéma, c’est surtout l’argent qui fait la loi…

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