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Quoi de neuf à Beaubourg ?

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Serge Lasvignes, le nouveau président du Centre Pompidou, dont la nomination en mars fut fort contestée par les milieux culturels, a présenté son projet. Mise en avant de la jeune création, biennale internationale d'artistes émergents : le Musée national d'art moderne cherche les artistes de demain. Façon de lutter contre la "désespérance" qui frapperait l'art contemporain, ou tentative de se placer en dehors du marché, à rebours du consumérisme culturel ?
Quoi de neuf à Beaubourg ? “Serge Lasvignes, nouveau président du Centre Georges-Pompidou, dont la nomination en mars a été contestée par les milieux culturels qui lui reprochaient sa méconnaissance du monde de l’art, a présenté jeudi [dernier] son projet pour l’établissement , rapporte Sabine Gignoux dans La Croix. Le Centre Pompidou a « été créé, après 1968 pour permettre d’ouvrir la société, a rappelé d’emblée Serge Lasvignes . Sa vocation aujourd’hui est d’empêcher la société de se refermer, de céder à la crainte, au moment où les fanatismes fleurissent, où des artistes sont assassinés, où des œuvres sont détruites ou vandalisées de Palmyre à Versailles… ». Le président s’exprimait devant une photographie de migrants sous des couvertures de survie publiée par Paris Match et une œuvre presque identique, Ghost, réalisée par l’artiste Kader Attia en 2007. Un bel exemple, selon lui, de « la capacité de l’art à décrypter la société » et à stimuler « le débat notamment sur les grandes questions sociales ». Le nouveau président entend ainsi « faire vivre la fonction politique du Centre Pompidou » à travers des expositions qui « doivent donner de la profondeur de champ », à rebours du consumérisme culturel. Une grande exposition sur le travail aura lieu en 2017. Dès 2016, le festival Hors pistes s’intéressera aux luttes civiques, à la démocratie directe, aux lanceurs d’alerte. Le forum du Centre Pompidou accueillera, lui, une nouvelle « école de la pensée sensible, sorte d’université populaire faisant se rencontrer des artistes, des penseurs, des conservateurs et le public ». À l’avenir, un espace de 400 m2 sera dédié à la jeune création, à la suite des collections permanentes. Une biennale, Cosmopolis, ouverte à des scènes étrangères, […] sera lancée dès 2016 pour une exposition en 2017.”

Faire entrer au musée les oeuvres de demain avant qu'elles ne deviennent inaccessibles « Je veux arriver à saisir la création artistique dans ce qu'elle a de plus fragile, de plus actuel, de plus divers , explique Serge Lasvignes à Harry Bellet dans Le Monde. […] Nous travaillerons avec une communauté d'artistes de scènes émergentes, plutôt à l'écart des circuits de validation classiques. La première année, ils viendront ici en résidence, ils découvriront ou redécouvriront Paris, le Centre Pompidou, ils commenceront à réfléchir à ce que peut être un projet dans ce lieu. A distance, ils mèneront leur travail et reviendront la deuxième année présenter leurs œuvres. La première édition aura lieu en 2016-2017. Ce sera une façon d'actualiser une des valeurs du Centre, qui est l'ouverture à l'international. » Pourquoi ? « Pour prendre en compte la mondialisation, la multiplication des centres de culture. Notre intérêt, c'est d'aller vers des cultures différentes, en profonde évolution : il y va de notre rayonnement, de nos réseaux, de nos partenariats, et il s'agit de préparer les collections de demain, découvrir les œuvres, les faire entrer au musée, avant qu'elles deviennent inaccessibles. »

Vitrification et assèchement dans l'art contemporain Une façon aussi de lutter contre la « désespérance » qui frapperait l’art contemporain ? Le lendemain de cette interview, Le Monde publiait sous ce titre une enquête du même Harry Bellet, avec sa consœur Roxana Azimi. Ils y racontaient comment “certains [des] plus ardents défenseurs [de l’art contemporain] s'inquiètent d'une vitrification et d'un assèchement. « On est à un moment d'interrogation », concède Christine Macel, conservatrice au Centre Pompidou. Chris Dercon ne cache pas que sa décision d'abandonner la direction de la Tate Modern de Londres pour celle du théâtre Volksbühne de Berlin tient à une lassitude face à la médiocrité des propositions actuelles dans les arts plastiques. Ces positions-là ne sont pas nouvelles. […] Ce qui est nouveau aujourd'hui (sauf à remonter cinquante ans en arrière), c'est que ce sentiment d'un passage à vide touche tout le monde, ou presque. […] [Pour] Stéphane Corréard, qui a assuré pendant quatre ans les belles heures du Salon de Montrouge, le vrai problème tient à la « professionnalisation », c'est-à-dire au formatage, à la mise en boîte et en moule. « En son nom, on est passé un peu à côté de ce qui faisait le charme de l'art contemporain : sa diversité et une certaine fragilité, parfois », dit-il. « La professionnalisation est allée de pair avec la délimitation du champ de l'art, qui ne devait répondre qu'à lui-même, ajoute Jean de Loisy, directeur du Palais de Tokyo, à Paris. De là viennent l'ennui et l'extinction d'artistes qui avaient d'autres modes de lecture. » Avis aux 12 000 étudiants en beaux-arts de France qui rêvent du Graal. […]

Le marché exige des formes simples et digestes, rassurantes Un autre facteur est venu pervertir la jeune création : le marché, [qui] exige des formes simples et digestes, rassurantes. « La création a été brutalement confrontée, sans y être préparée, à un phénomène totalement nouveau pour elle : l'industrie culturelle, explique Stéphane Corréard. Pour la première fois, le marché domine l'ensemble des facteurs de reconnaissance. La Palme d'or de Cannes peut aller à un film expérimental qui ne réunira que quelques centaines de milliers de spectateurs, le prix Nobel peut distinguer un poète dont les recueils sont publiés confidentiellement. Mais quel grand musée peut aujourd'hui organiser une rétrospective d'un artiste “hors marché” ? » Aucun, à en croire Christine Macel. La conservatrice du Centre Pompidou déplore « une pression de rentabilité sur les institutions » – l'exposition Jeff Koons, au Centre Pompidou, à Paris, a reçu 650 000 visiteurs, soit une moyenne de 5 000 entrées par jour. « Je trouve toujours des perles, mais je ne peux pas facilement les valoriser, explique-t-elle. Il y a une attente de fréquentation qui va dans le sens contraire de la révélation. On n'explore pas assez, on se base sur la sélection faite par les galeries, on ne donne pas de temps à la recherche. » En voilà donc au moins une qui doit se réjouir des annonces de son nouveau patron. Beaubourg hors marché ? On demande à voir…

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