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Les Beatles
Les Beatles Crédits : Ricardo Mosner

"Les Insus ?" s'apprêtent à envahir les festivals d'été, après avoir vendu en 3 jours les billets des 21 concerts de leur tournée des Zénith. Les ex de Téléphone sont ainsi les énièmes sur la longue liste des groupes qui se reforment pour des raisons pas toujours artistiques. Certains résistent cependant à devenir leur propre jukebox.
“Etalées du 13 au 17 juillet, les Francopholies de La Rochelle dévoilent leurs premières têtes de série , nous apprend une brève de Libération : Nekfeu, Louise Attaque, etc. La menace « Les Insus ? » se précise puisque, faute de pouvoir récupérer le nom Téléphone qui leur permettrait de remplir le Stade de France, Aubert, Bertignac et Kolinka ont décidé de se venger sur les festivals d’été (comme les Vieilles Charrues et Main Square).” Ceci dit, ce n’est peut-être pas le Stade de France, mais c’est tout comme. “C’est plus que de la nostalgie, c’est un raz de marée ! , s’exclame Le Parisien. Plus de 200 000 billets se sont vendus en trois jours – la plupart dans les huit premières heures – pour assister à la tournée des Insus, soit la reformation de Téléphone sans sa bassiste Corine Marienneau. Les vingt et un concerts de la tournée des Zénith, qui démarrera le 27 avril à Amiens, sont complets. Pas la peine non plus d’espérer trouver une place pour les arènes de Nîmes et la Foire au vin de Colmar. Seuls les billets sur les douze festivals d’été, où ils partageront l’affiche, sont encore disponibles.”

Plaisir de fans et impératif financier On est contents (ou pas) pour eux, mais tout cela n’a rien d’original. “Téléphone , comme le rappelle Myriam Perfetti dans Marianne, n'est que le énième nom sur la longue liste de ces groupes d'autrefois qui cèdent, comme Deep Purple, Pink Floyd, Blur, Pixies, Massive Attack, The Libertines, The Stooges ou NTM à la tentation de la reformation. Et pas toujours pour de bonnes raisons (artistiques). Même si, comme Deep Purple, leurs tournées stakhanovistes, toutes triomphales, y compris en Inde, s'étalent sur trois ans. « Pourquoi nous sommes-nous reformés ?, confiait, en 1999, Chris Stein, le fondateur de Blondie, dissous en 1983. Parce que nous avons eu beaucoup de succès et que je ne voulais pas un jour avoir le sentiment d'avoir raté une opportunité. Sans compter les fans qui attendaient ce moment depuis très longtemps. » Faire plaisir aux fans... C'est sûrement aussi pour ces honnêtes raisons que Noel et Liam Gallagher, les frères ennemis, spectaculairement brouillés, d'Oasis, le groupe de britpop qui a secoué les oreilles et les neurones de l'Angleterre de Margaret Thatcher, juste avant leur entrée en scène, lors de l'édition 2009 de Rock en Seine, s'apprêtent à enterrer la hache de guerre. Et pas parce que leurs carrières solo respectives n'ont jamais franchi que le stade du succès d'estime. Ou parce que Blur, leur compétiteur des années 90, a été tiré de son coma discographique, l'année dernière, par son leader, Damon Albarn, qui souhaite à présent réveiller Gorillaz, sa formation virtuelle à succès des années 2000. Jusqu'à Rod Stewart qui, à 70 ans, veut, avec le guitariste Ron Wood, reformer les légendaires Faces, le groupe de ses 25 ans, au moment même où est édité un coffret regroupant les quatre albums de la formation londonienne culte ainsi que d'inévitables raretés. Au secours, à l'image de Poltergeist, qui, trente-cinq ans après sa première version, est revenu hanter les écrans, Phil Collins menace de faire de même. « Je ne suis plus à la retraite ! » vient-il de déclarer. Comme s'il était celui qui décidait de cela. On craint le pire, car, sous l'argument « quel plaisir de rejouer ensemble, de revivre la flamme de la jeunesse », on sent souvent poindre l'impératif financier : il faut bien payer ses impôts. Ainsi, la reformation de Police, le groupe de rock britannique emmené par Sting, séparé depuis 1984, mais dont les chansons ne cessent d'abreuver la mélancolie des ondes et des auditeurs, aura rapporté à chacun de ses membres plus de 92 millions de dollars grâce aux 150 concerts exceptionnels de leur tournée en 2007. En vingt ans, en effet, l'économie du disque a radicalement changé. Avec la dématérialisation de la musique, c'est le live qui permet réellement aux artistes de vivre, et le téléchargement, illégal ou non, n'en déplaise à Hadopi, est ainsi devenu un élément essentiel de la promotion des concerts. Et, bien sûr, à 80 ou 100 € la place dans un Stade de France qui en compte 70 000, ou dans un Bercy dont la jauge est à 16 000 personnes, certains deviennent vite bons en maths ! […]

Eviter la tournée de trop Heureusement, note toutefois l’enquêtrice de Marianne, certains vétérans opposent un refus salutaire à s'introniser DJ de leur propre répertoire. Même au prix de colossaux émoluments. Le Britannique Robert Plant, par exemple. Le chanteur de l'un des plus grands groupes de rock, Led Zeppelin, a, trente ans après leur séparation, refusé le chèque du PDG de Virgin, Richard Branson, d'un montant de 637 millions de dollars pour relancer dans les airs l'imposant zeppelin, sans le légendaire batteur John Bonham, décédé en 1980. « Je ne fais pas partie d'un juke-box », a tonné Plant. Les Suédois d'Abba ne sont pas plus intéressés par une nouvelle aventure commune. Cumulant plus de 300 millions de disques vendus, une comédie musicale, Mamma Mia, qui a été vue par 50 millions de spectateurs dans le monde entier, des best of, toujours Disque d'or à peine sortis, ils se sont même payé le luxe, en 1999, de renvoyer le milliard de dollars offert par un consortium d'affaires pour écrire un nouvel album et faire une tournée d'adieux. Peu de chances, également, d'entendre ou de revoir un jour ensemble sur scène le duo français Niagara qui, en quatre albums, tous Disque d'or, a fait chanter la France des années 80. Muriel Moreno et Daniel Chénevez ont beau avoir rempli à guichets fermés les salles et les stades, ils ont décidé d'aller de l'avant, séparément. Quant aux Beatles, depuis leur séparation, en 1970, et bien avant l'assassinat du working class hero John Lennon, en 1980, ou le décès de George Harrison, en 2013, ils n'ont jamais cédé aux sirènes de la nostalgie et du mercantilisme. Car, en dépit de leurs dissensions, ils avaient compris que, sans l'album ou la tournée de trop, leur légende pouvait leur survivre. A jamais.”

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